Maubeuge s’étend de part et d’autre de la Sambre, sur le penchant d’une colline inclinée au sud, aux confins du Hainaut et de l’Avesnois. La rivière la divise en ville haute et ville basse, celle-ci longtemps sujette à ses débordements. Chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe, elle est aujourd’hui la première ville de l’Avesnois par sa population.
Ville fortifiée dotée d’institutions urbaines dès le Moyen Âge, Maubeuge présente une singularité rare dans la région : son autorité temporelle n’appartint pas à un seigneur laïc, mais à un chapitre de chanoinesses nobles.
Étymologie
La forme latine la plus ancienne et la plus fiable, Malbodium, apparaît dans les chartes rédigées à Maubeuge même — actes de l’abbesse, du magistrat ou du comte de Hainaut. Deux variantes existent : Melbodium, simple équivalent sans descendance, et Melbarium, tenue pour une altération de copiste étranger à la ville.
Le nom se décompose en malum (mauvais) et bodium (demeure, habitation — de l’ancien germanique boden, sol ou territoire). Malbodium signifiait donc littéralement « la mauvaise demeure », le mot bodium ayant directement donné bouge en français. La forme actuelle procède d’une évolution phonétique régulière : Malbodium, Malbodjum, Malbodgium, Maubeugium, Maubeuge — sur le modèle de solus devenu seul, ou mobilis devenu meuble.
Le testament de sainte Aldegonde, léguant « le village même où son monastère est bâti », prouve que Malbodium existait déjà comme lieu habité avant sa fondation religieuse — les tristes commencements attestés par l’étymologie n’ayant en rien empêché la ville de prospérer par la suite.
Géographie
La Sambre traverse la ville d’ouest en est. Le site occupait autrefois la lisière de la forêt d’Aridugamantia (l’Arouaise), qui s’étendait des sources de la rivière jusqu’aux confins du Vermandois et du Cambrésis. Un petit cours d’eau local, le Maubiguel — aujourd’hui ruisseau de la Pisselotte —, alimentait avant Vauban les fossés, moulins et brasseries de la ville par un réseau de canaux entretenu depuis le Moyen Âge.
Histoire
Fondation et premières traces
Vers le milieu du VIIe siècle, sainte Aldegonde, fille de Walbert IV, comte de Hainaut, établit à Maubeuge un monastère dont elle dote les religieuses des droits seigneuriaux hérités de son père. Des découvertes d’antiquités gallo-romaines — une statuette de Mercure en bronze en 1703, des médailles romaines en 1722 et 1815, près de l’ancienne voie de Bavai à Trèves — attestent une occupation antérieure du site.
Le Chapitre, seigneur de Maubeuge
Une abbaye de femmes ne pouvant, à l’époque, défendre seule ses droits par la force, le Chapitre de Sainte-Aldegonde s’assura la protection d’un avoué : les comtes de Hainaut, qui exerçaient ainsi la tutelle militaire de la ville sans en être les seigneurs propres. À chaque avènement, le comte prêtait serment solennel sur le corps même de la sainte. En 1599, l’abbesse et les chanoinesses rappelèrent par lettre à l’Archiduc Albert et à l’Infante Isabelle, tout juste mariés, ce devoir resté en suspens — épisode qui illustre la vigueur avec laquelle le Chapitre défendait ses prérogatives face au pouvoir comtal.
Fortifications médiévales
Un château comtal existait dès une époque ancienne ; presque entièrement ruiné par un incendie en 1396, il ne fut jamais reconstruit et son emplacement devint plus tard le fief de la Mairie héritable. En 1339, le comte Guillaume de Hainaut autorisa les habitants à enclore la ville de nouvelles murailles, financées par des taxes sur les boissons et les marchandises — travaux encore inachevés en 1361.
La révolte de 1293
Maubeuge fut alors une prospère cité drapière, comptant plus de deux mille métiers battants et recevant chaque semaine des marchands espagnols, lombards, flamands ou allemands venus à sa halle aux draps. En décembre 1293, Jean II d’Avesnes, comte de Hainaut, vint lever un impôt pour financer ses démêlés avec Valenciennes. La nouvelle mit la ville en émoi : les métiers s’arrêtèrent d’un coup, le beffroi sonna le tocsin, et la foule en armes se dirigea d’abord vers l’église Sainte-Aldegonde. Malgré les supplications de l’abbesse, elle en sortit la châsse de la sainte jusqu’au milieu du cloître, l’accablant d’injures pour ne pas avoir protégé le peuple. Puis elle força le château, où le comte et sa famille durent subir menaces et injures avant de pouvoir se retirer sans dommage. La ville, incapable de soutenir un siège, se soumit peu après : les échevins durent faire acte solennel de repentance à la ferme de La Motte, terre du Chapitre choisie précisément parce qu’elle échappait à la juridiction municipale.
Rattachement à la France et fortifications de Vauban
Restée espagnole après la guerre de Dévolution, Maubeuge fut cédée à la France par le traité de Nimègue, le 10 août 1678. Louis XIV en confia la fortification à Vauban, qui l’intégra à la première ligne de son « Pré carré ». Les travaux, menés de 1679 à 1685, démantelèrent l’enceinte médiévale — n’en conservant que deux portes, celle d’Avesnes au sud et celle de Mons au nord — pour lui substituer une enceinte heptagonale à sept bastions, fossés inondés par la Sambre et la Pisselotte, arsenal et magasins à poudre.
Patrimoine
La porte de Mons, édifiée en 1682, classée monument historique depuis 1924, demeure le vestige le plus emblématique des fortifications de Vauban. La ville conserve également le souvenir du béguinage des Cantuaines et, à Feignies, du fort de Leveau, élément de la ceinture défensive du XIXe siècle.
Assiégée en 1793 par l’armée autrichienne du prince de Saxe-Cobourg, Maubeuge fut dégagée à l’issue de la bataille de Wattignies. Place forte à nouveau assaillie en 1914, elle capitula après deux semaines de résistance et resta occupée jusqu’en 1918. Le 16 mai 1940, l’aviation allemande la bombarda massivement : 90% du centre historique fut détruit. La reconstruction, confiée dès 1945 à l’architecte André Lurçat, dessina la ville moderne, aérée et claire que l’on connaît aujourd’hui — marquant profondément son urbanisme.
Sources
Jennepin, Histoire de la ville de Maubeuge depuis sa fondation jusqu’en 1790 (1889, tome I — source primaire fondée sur des archives municipales et capitulaires aujourd’hui détruites dans l’incendie de mai 1940), complétée pour la période postérieure à 1790 par des sources secondaires usuelles.
Illustration photo Chatsam