Présentation
Liart, commune de la Thiérache ardennaise, se trouve à 18 kilomètres au nord-est de Rozoy-sur-Serre. Le bourg, dont l’église fortifiée domine encore la place, doit sa prospérité passée à une terre fertile en pommiers, au point d’avoir inspiré un dicton local sur les années de fruit et les années de disette.
Étymologie
Une tradition locale fait dériver le nom du village de « Notre-Dame-du-Lierre » : une statue de la Vierge, trouvée par hasard dans les bois enlacée de lierre, aurait d’abord été vénérée sous ce vocable dans un oratoire, avant de donner son nom au bourg.
Géographie
Le territoire, d’environ 1 340 hectares, relevait de la coutume de Vitry. On y exploitait des sables pyriteux et des marnes crayeuses. Plusieurs cours d’eau s’y rejoignent, dont le ruisseau du Ton, celui des Rigoles et un ruisseau prenant sa source sur la butte de Marlemont qui devient l’Aube en aval. Un dicton local, attaché à la récolte des pommes à cidre, ressource essentielle du pays, résumait ces alternances de prospérité et de disette : « nous sommes de Liart » se disait-on fièrement les bonnes années, « pauvre Liart » les mauvaises.
Histoire
Fondation et rattachement ecclésiastique
Attesté comme village dès le début du XIe siècle et comme paroisse au XIIe, Liart fut rebâti vers 1100 par Nicolas, seigneur de Rumigny — dont la lignée fonda l’abbaye de Bonnefontaine, où il fut inhumé —, conjointement avec Gui, abbé de Saint-Nicaise de Reims, sur les terres du prieuré Saint-Pierre de Rumigny, dont les revenus furent alors partagés entre les deux fondateurs. En 1215, l’archevêque de Reims rattacha la paroisse, avec plusieurs voisines, aux revenus de son chapitre ; un pouillé de 1346 la range dans le doyenné de Rumigny, et une transaction de 1390 l’attribue à Antoine de Rumigny.
Guerres et destructions
Liart eut, à deux reprises, à souffrir des incursions espagnoles ; le prince de Condé occupa le pays en 1710. Un château y fut détruit vers la fin du XVIe siècle par des troupes calvinistes — Meyrac se demandait s’il fallait l’identifier au château du Bois-Bigot, ruiné en 1590 sur la butte voisine de Marlemont, question restée ouverte.
Chef-lieu de canton, gare et notable
Liart fut, de 1793 à 1801, le chef-lieu d’un canton éphémère, avant d’être rattaché au canton de Rumigny. La gare, mise en service en 1885 par la Compagnie des chemins de fer de l’Est, devint un nœud ferroviaire secondaire desservant Hirson, Laon et Tournes ; le trafic voyageurs y a cessé après 2022. Le sénateur des Ardennes Charles Goutant (1847-1906) y est né.
Patrimoine
Église Notre-Dame
L’église fortifiée Notre-Dame, propriété de la commune, est inscrite au titre des monuments historiques depuis le 19 juillet 1926. Sa campagne de construction principale, en pierre calcaire, remonte aux XVe et XVIe siècles : le chœur fut financé par l’abbaye Saint-Nicaise de Reims, qui exerçait la tutelle de la paroisse, et le donjon-porche par les habitants eux-mêmes. Sa silhouette défensive combine une tour-porche fortifiée à deux étages, percée d’ouvertures de tir étroites et pourvue d’une bretèche sur trois consoles, et un chevet flanqué de deux tourelles polygonales percées de meurtrières. La nef fut reconstruite en 1859 par l’architecte Reimbeau, de Rocroi.
L’édifice conserve deux couleuvrines (petite pièce d’artillerie à canon long apparue à la fin du Moyen Âge) en fonte de fer, longues d’environ 1,20 mètre, datées du dernier quart du XVIe siècle et classées au titre objet depuis le 5 juillet 1929.
Sources historiques
Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900 — Chanoine C.-G. Roland, Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891 — notice PA00078458, base Mérimée — notice PM08000293, base Palissy.
Illustration photo Marc Roussel