Landouzy la ville – 02140

Présentation

Landouzy-la-Ville est un village de Thiérache situé à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Fourmies, sur un plateau à environ 179 mètres d’altitude. La commune s’étend sur près de 16 km² et compte un peu plus de 500 habitants, les Landouziens. Ses quatre hameaux — la Cense des Nobles, la Rue Heureuse, l’Ange Gardien et la Gilotterie — s’organisent en étoile autour d’une place centrale dont le plan remonte à la fondation même du village, au XIIe siècle. Les rues en pente de la Gilotterie offrent des points de vue ouverts sur le bourg, la forêt de Plomion fermant l’horizon au sud.

Étymologie

La forme la plus ancienne connue est Landoccium Villa in Silva Theorasia, attestée en 1134 — littéralement « le domaine de Landoccium dans la forêt de Thiérache ». Le cartulaire de Bucilly mentionne un Landoulis dont l’identification avec Landouzy-la-Ville est probable. Le suffixe -la-Ville distingue cette commune de sa voisine Landouzy-la-Cour et rappelle que Landouzy a effectivement reçu le statut de ville neuve par sa charte de fondation en 1168.

Géographie

Le territoire communal est drainé par la rivière de Landouzy et plusieurs ruisseaux — celui des Marais, celui de la Fontaine du Frêne et le Robinet. Il se situe dans le canton historique d’Aubenton, à la charnière entre la Thiérache boisée et les plateaux ouverts du Laonnois. La forêt de Plomion, au sud, formait historiquement une défense naturelle, bien qu’elle fût déjà partagée entre les terroirs de Plomion et de Landouzy dès le Moyen Âge — le hameau de la Rue Heureuse reste aujourd’hui encore coupé par la limite des deux communes.

Histoire

Le territoire de Landouzy appartenait initialement à l’abbaye de Saint-Jean de Laon avant de devenir une copropriété de l’abbaye cistercienne de Foigny et des seigneurs de Coucy-Vervins. En 1168, Raoul de Coucy-Vervins et les religieux de Foigny fondent une ville neuve par une charte qui détache la portion sud du terroir d’Éparcy et prévoit le défrichement du bois de la Haye Commune. Le village est bâti selon un plan défini : au centre, une place publique en parallélogramme de quatre jalois d’étendue ; sur l’un des côtés, un hôtel de ville abritant le logement du gouverneur et servant de halle ; sur un autre, l’église paroissiale Notre-Dame, édifiée aux frais de Foigny par les frères convers. La charte accorde des privilèges de liberté aux habitants.

La ville neuve se dote rapidement d’institutions : un hôtel-Dieu, une maladrerie, un couvent de cordeliers et une maison de béguines. Les deux autorités de tutelle font construire chacune un château — celui de la Converserie pour Foigny, et celui des Coucy-Vervins sur le site de l’actuel cimetière. En 1185, la fondation de Rochefort, entre Hirson et Chimay, est placée sous la coutume de Landouzy-la-Ville, signe du rayonnement juridique de cette charte. Thomas de Coucy, seigneur de Vervins, Fontaine et Landouzy-la-Ville vers 1200, y fonde une lignée dont Thomas II reformule la charte communale en 1243 avec l’abbé Matthieu de Foigny, et établit en 1225 une chapellenie dans l’enceinte de son château, desservie par les religieux de Foigny.

Le XVe siècle est dévastateur. En 1423, Jean de Luxembourg prend le château des Coucy-Vervins et fait pendre ses quatre-vingts défenseurs aux arbres. Les Bourguignons ruinent la place à nouveau en 1470. L’épreuve majeure vient avec les guerres de Religion : en 1591, protestants et catholiques s’affrontent à Landouzy-la-Ville, le château de la Converserie est partiellement détruit et l’église brûle. Les Espagnols achèvent le travail en 1653. La halle-hôtel de ville, reconstruite en 1526 puis en 1600, doit être rebâtie une fois encore après cette dernière destruction. Reconstruite en 1791-1792, elle subsistera jusqu’en 1922-1923.

La tradition locale rapporte qu’Henri IV, passant à Landouzy-la-Ville en 1591, aurait fait planter un chêne près du hameau de la Cense des Nobles, en souvenir de son arrêt à cet endroit.

Patrimoine

L’église Notre-Dame-de-l’Assomption a été bâtie avant 1172 aux frais des moines de Foigny, puis fortifiée au XVIe siècle — des salles fortes surmontent les chapelles latérales. Brûlée en 1592, reconstruite en 1660, elle est à nouveau détruite en 1855. L’édifice actuel conserve de l’église médiévale l’arc triomphal à l’entrée du chœur et la première travée de la nef, où subsistent les traces d’un grand arc de décharge brisé. La chapelle du transept sud conserve une voûte qui date peut-être de la seconde moitié du XVIe siècle. Le clocher a été restauré en 1827-1828 et la façade édifiée en 1888. L’église abrite un reliquaire de saint Hubert en médaillon d’argent de style Louis XV, contenant des reliques extraites du maître-autel de Foigny en 1741.

Le site du château des Coucy-Vervins, reconverti en cimetière communal en 1893, conserve une terrasse quadrangulaire fossoyée. Ce transfert est lié à la personnalité de Narcisse Greno, libre-penseur et bienfaiteur local mort en 1892, qui avait légué le terrain et doté le village d’établissements charitables.

Landouzy-la-Ville est l’un des principaux foyers du protestantisme en Thiérache depuis la première moitié du XVIe siècle. Des temples s’installent d’abord dans des granges avant que la communauté ne soit dispersée par la révocation de l’édit de Nantes. Le réveil protestant du XIXe siècle se concrétise par la construction du temple actuel entre 1861 et 1865, au hameau de la Cense des Nobles, connu alors sous le nom de l’Ange Gardien.

Sources

Mennesson, « Fondation de Landouzy-la-Ville — Charte de 1168 », La Thiérache, t. XVII, 1896, p. 161-171. — Piette, « Landouzy-la-Ville, accord entre Thomas de Coucy et l’abbaye de Foigny », La Thiérache, t. II, 1872, p. 6-14. — Melleville, Dictionnaire historique de l’Aisne, 1865. — Bercet, Notices sur les communes du canton d’Aubenton, 1888. — Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA02000763. — Cartulaire de Saint-Michel (1883). — Beuzart, Le protestantisme en Thiérache, 1931.