Laigny est un village de la plaine thiérachienne, à une demi-douzaine de kilomètres au nord-ouest de Vervins. Sous l’Ancien Régime, la paroisse appartenait au doyenné rural et à la subdélégation de Vervins, ainsi qu’au ressort du grenier à sel du même canton — signe d’une intégration ancienne et continue à l’aire administrative vervinoise.

Toponymie

Le nom est attesté sous les formes Laegnis en 1236, Latignies en 1248, Laaingnis en 1260, Laaignis en 1265 et Lasgny en 1565. La forme composée Laignis-et-Beaurepaire apparaît en 1568, rappelant l’union ancienne du bourg avec son hameau. Selon Morlet, Laigny dériverait de Latiniacum, formé sur le gentilice Latinius, lui-même diminutif de Latius — une filiation qui rapproche le toponyme de Lagny (Oise, Seine-et-Marne) ou de Laigné (Maine).

Préhistoire

Le lieu-dit la Sablonnière a livré un gisement moustérien à denticulés, étudié par Roger Agache et publié en 1972 : une industrie lithique du Paléolithique moyen associée à l’Homme de Néandertal, qui atteste une occupation humaine du site dès les temps les plus anciens.

La seigneurie

Le comté de Laigny relevait en partie de la châtellenie de Voulpaix et comprenait, outre Laigny, Haution et la Vallée-aux-Blés. La liste des seigneurs, dressée par Melleville, s’ouvre en 1215 avec Clémence, dame de Laigny, puis Pierre de Voulpaix (1238), Jean de Sains (1420, dont la fille Anne vendit la terre) et Guillaume de Flavy (1436). À partir de 1473 s’installe la famille d’Anglebelmer (ou Englebermer), qui tient la seigneurie, avec une interruption (Antoine de La Neuville en 1535, Louis de Maubeuge en 1590-93), jusqu’au milieu du XVIIIe siècle : Nicolas d’Anglebelmer vers 1650, puis Robert d’Anglebelmer, écuyer, seigneur de Laigny et Juvincourt en 1760. La seigneurie passa en dernier lieu au duc de Coigny.

Cette famille d’Anglebelmer/Englebermer était déjà implantée dans la région deux siècles plus tôt : un Jean de Englebermer, chevalier, seigneur châtelain d’Hirson, est attesté entre 1300 et 1328, fondateur d’une chapelle dans l’église d’Hirson — la tradition familiale la fait originaire d’Allemagne. Le lien généalogique précis entre cette branche hirsonnaise et les seigneurs de Laigny du XVe siècle reste à établir.

Le château de Laigny était autrefois entouré de vastes jardins comptés parmi les plus beaux du pays, ornés de fontaines et de jets d’eau.

L’église fortifiée Saint-Martin

L’église actuelle fut construite en 1673, le duc de Guise ayant, selon la tradition, autorisé la vente d’une partie des terres pour financer les travaux ; sa fortification, ornée de briques vernissées noires, daterait de la même campagne. L’édifice est une vaste église à transept dotée de l’un des clochers les plus élevés et les plus élancés des églises fortifiées de Thiérache, en grès à la base et en brique au sommet. La tour, trop étroite pour un escalier intérieur (trois mètres sur trois au sol), obligeait les habitants à utiliser une échelle extérieure pour rejoindre l’espace de refuge en cas d’attaque ; des meurtrières y sont encore visibles. La sacristie serait la plus ancienne conservée en Thiérache, et le mur nord de la nef garde quatre grandes arcades murées, vestiges probables d’un ancien collatéral. L’édifice est surnommé localement « le Fort Rouge ».

Les hameaux

Beaurepaire, attesté dès 1238 sous la forme Bellus reditus, est rattaché à Laigny depuis la Révolution ; il donne son nom à un petit cours d’eau qui rejoint le Vilpion. Le ruisseau de Laigny proprement dit, qui prend sa source dans la commune et alimente plusieurs moulins, se jette également dans le Vilpion, à Voulpaix, au terme d’un parcours d’environ 10 kilomètres. Bois de Laigny, second hameau, faisait aussi partie de l’ancienne seigneurie.

Sources

Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne (notice et liste des seigneurs) ; Matton, notice toponymique (cartulaires de Thenailles, Saint-Martin de Laon, Saint-Michel) ; Morlet, dictionnaire toponymique ; fonds de travail Terascia (personnages d’Hirson ; fiche de lecture Vervins-Melleville-Matton-Morlet) ; Wikipédia (notice communale, église Saint-Martin, Beaurepaire, Bois de Laigny) ; R. Agache, L’Anthropologie, 1972.