Présentation

La Neuville-aux-Joûtes, village fleuri de la Thiérache ardennaise, se trouve à deux pas de l’Aisne et tout proche de la Belgique. Avant 1789, elle relevait de la Thiérache de Guise — un rattachement qui a longtemps pesé sur son destin administratif comme sur son histoire.

Étymologie

Nova Villa juxta Glant et Signy — la Neuve Ville jouxtant le Gland et Signy — donne, par contraction, la Neuville-aux-Joûtes : forme attestée par la charte de 1258 du cartulaire de Foigny.

Géographie

Les débris de la forêt de Thiérache couvrent une grande partie du territoire, dont le bois des Mille Arpents, ainsi nommé parce que Claude de Lorraine, tout en accordant aux habitants de Tarzy, d’Any et de la Neuville l’usage de ses bois et de ses étangs, s’en était réservé mille arpents. Les étangs d’en Haut et d’en Bas alimentent la Mule, qui reçoit aussi les ruisseaux de Brognon et de Blanzy. Le sous-sol associe un étage ardoisier (schistes bleus et rouges, quartzites) et un étage moderne (minerai de fer, sable rouge). On y comptait, en 1900, plusieurs écarts — le Grand Riaux, le Pavillon, la Pichelotte, le Gravier du Bois entre autres.

Histoire

Un collège de druides ? Deux érudits en désaccord

Hubert, dans sa Géographie des Ardennes, présente la Neuville comme un bourg très ancien où la légende plaçait un collège de druides près d’un temple de Jupiter, s’appuyant sur la découverte, rapportée par la Nomenclature des Communes, de puits, de tombes en pierre et d’une Vénus en plâtre. Dom Noël conteste cette antiquité : la paroisse lui semble « relativement moderne », le passage des Romains par ce pays ne prouvant en rien qu’elle existait alors. La première mention documentaire assurée reste une charte de 1258 du cartulaire de Foigny, par laquelle le chevalier Robert de Rumigny, seigneur du lieu, autorise les moines de Foigny à agrandir leur vivier de Watigny.

La guerre de Cent Ans et Clugnet de Brébant

En 1410, le duc Jean sans Peur soumet la Neuville à une lourde contribution. L’année suivante, le brigand Clugnet de Brébant, repoussé du siège de Rethel, se venge sur le Porcien et la Thiérache qu’il ravage ; la Neuville souffre particulièrement de ces exactions en 1412. Les pillages répétés contribuent à la grande famine qui désole alors la région.

Rachat et protection des Guise, 1439-1613

Engagée avec Fligny et Tarzy à Guillaume de Lorraine, la Neuville est rachetée en 1439 par Antoine de Vaudémont, seigneur de Rumigny. Peinant plus que ses voisines à se relever de ces épreuves, elle sollicite en 1549, avec Fligny, Any et Tarzy, la protection de la maison de Guise. Le terrier du duché de Guise de 1612-1613 confirme cette seigneurie, exercée en haute, moyenne et basse justice depuis Rumigny.

Patrimoine

Église Saint-Nicaise

Reconstruite sur plans de l’architecte rémois Dautreville, l’église fut bâtie de 1880 à 1884 — non sans mésaventure, puisqu’en 1882 le flanc sud menaçait déjà ruine avant même l’achèvement du chantier. Elle fut bénite le 9 juin 1884, ses vitraux datant pour l’essentiel des années 1890. Un ravinement des eaux et un affaissement de terrain, en 1954, ébranlèrent l’édifice au point qu’une partie de la voûte du chœur s’effondra ; des travaux de confortement du flanc sud furent menés en 1957.

La forge d’En-Bas

Le millésime 1555, porté sur la façade du logement patronal, atteste l’ancienneté de la forge d’En-Bas. En 1755, Nicolas-Joseph Raux, administrateur de Signy-le-Petit, en fait l’acquisition, puis achète en 1764 la forge d’En-Haut, aujourd’hui disparue ; son fils Léopold-Augustin Raux, grand maître de forges, exploite l’ensemble jusqu’à sa mort en 1815. L’activité métallurgique cesse vers 1883, après plusieurs changements de propriétaires. Le logement patronal du XVIe siècle, à quatre tourelles d’escalier d’angle, sert aujourd’hui de ferme et d’habitation ; la digue et le canal de fuite subsistent.

Sources historiques

Dom Albert Noël, Notice historique sur le canton de Signy-le-Petit, 1881, p. 64-69 — Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 509 — Hubert, Géographie des Ardennes, 3e éd., Jolly, Charleville, 1856 — cartulaire de Foigny — Inventaire général du patrimoine culturel, région Grand Est, dossiers IA08001562 et IA08000289 — Wikipédia.

Illustration photo Havang(nl)