Présentation

Section de la commune de Momignies (Foidje-Filipe en wallon), Forge-Philippe est un village-clairière de la Thiérache belge, situé dans la province de Hainaut, au bord de la Wartoise qui y marque la frontière française. Le village doit son nom aux forges installées le long de la rivière dès le XVIe siècle. C’est ici, au hameau de Cendron, que les premiers soldats américains sont entrés en Belgique le 2 septembre 1944. Avec environ 220 habitants et une densité de 17 hab./km², Forge-Philippe est l’une des localités les moins peuplées de Belgique.

Étymologie

Le toponyme associe le mot forge au prénom Philippe. Selon le chroniqueur chimacien Le Tellier (XVIIe s.), il rendrait hommage au fils de Charles Quint, de passage en Thiérache en 1549. L’hypothèse est aujourd’hui écartée : le nom désigne Philippe de Lalis, propriétaire d’une forge sur la Wartoise, attesté dès 1549 avec étang, moulin à poudre, maison et héritage. En 1575, il demande à Philippe III de Croÿ l’autorisation d’établir une forge d’affinage. En 1606, le besogné de Chimay mentionne encore « le fourneau de la veuve Philippe de la Lys ». Le lieu-dit Vieux Gauchy, entre Forges et Forge-Philippe, dérive du latin calceata (chaussée) et signale le passage d’une voie ancienne.

Géographie

Le territoire s’étend entre l’Oise au nord et la Wartoise au sud — cette dernière y prend sa source à l’étang de Cendron avant de descendre vers le Gland, en France, à Saint-Michel-en-Thiérache. L’ancien territoire de Chimay situé au sud de l’Oise, le Vieux-Gauchy, est rattaché à Forge-Philippe depuis 1903. Les hameaux principaux sont Cendron, Vieux Gauchy, Saut Piquet, Les Loges et l’Air d’Oiseau. Le territoire fait partie du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse et comporte une zone Natura 2000.

Histoire

Des origines à l’Ancien Régime

Une bulle pontificale de 1193 indique que les biens de l’abbaye Sainte-Monégonde de Chimay, fondée en 887 à Salles et transférée à Chimay au Xe siècle, s’étendaient jusqu’à la Wartoise. Le territoire de Forge-Philippe faisait donc partie du domaine primitif de ce chapitre avant d’entrer, probablement au XIe siècle, dans le patrimoine des seigneurs de Chimay, dont il relèvera jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

La Forge Philippe est citée pour la première fois en 1549 dans les ordonnances de Philippe II de Croÿ. En 1622, le village ne compte encore que quatre maisons autour du « vivier de la forge Philippe ». La forge connaît une activité intermittente sous le régime français et s’éteint définitivement en 1869 ; ses bâtiments sont rasés peu après.

L’utopie de Lamarcheville

En 1853, la Société Agricole Liégeoise, fondée par l’industriel Charles Lamarche, achète quatre mille hectares de forêt au prince de Chimay. En dix ans, 2 531 hectares sont défrichés. Quinze grandes fermes sont érigées et un réseau de routes créé pour desservir l’exploitation. Au centre, une villa de gérance, des logements de vétérinaires, de forgeron, de charron et d’instituteur doivent former l’embryon d’une ville nouvelle : Lamarcheville. La gérance des fermes est confiée à des familles venues de Flandre, région alors frappée par la crise du mildiou de la pomme de terre. Mais les terres, trop pauvres pour la culture céréalière, condamnent le projet. En 1895, une laiterie tente de reconvertir l’activité vers l’élevage. L’entreprise fait faillite en 1906 et les fermes sont revendues à des éleveurs particuliers.

Commune autonome

Forge-Philippe dépendait de la paroisse de Seloignes jusqu’au Concordat de 1801, qui l’érige en paroisse distincte en 1803. L’arrêté royal du 10 août 1903 crée la commune de Forge-Philippe en réunissant le hameau, détaché de Seloignes, et le Vieux-Gauchy, détaché de Chimay. La commune conserve son autonomie jusqu’à la fusion de 1977, date à laquelle elle est rattachée à Momignies.

La Seconde Guerre mondiale et la Libération

En juin 1940, les habitants sont évacués : Hitler installe son quartier général à Brûly-de-Pesche, à quelques kilomètres, d’où il dirige la deuxième phase de l’invasion de la France. Le 2 septembre 1944, à 9 h 30, les premiers soldats de la 1re armée américaine franchissent la frontière au hameau de Cendron. Hermance Tilquin, dite « la Grande Doly », tenancière d’un café côté français, se porte volontaire pour une mission d’éclaireur. Un monument commémoratif est érigé à Cendron en 1953 et une fête du souvenir en célèbre l’anniversaire chaque année.

Patrimoine

Chapelle et église

La première chapelle du village est construite en 1786 à la demande du prince Philippe II d’Alsace, pour servir de chapelle de chasse ; elle est bénie le 3 décembre 1787 par le curé de Seloignes. L’église de la Sainte-Vierge, qui en est issue, a été donnée à la fabrique d’église en 1923 par le prince Alphonse de Chimay.

Traces industrielles et rurales

Les aires de faulde — taches sombres visibles dans les champs en période de labour — sont les témoins des emplacements où le bois était transformé en charbon par combustion lente sous une couverture de terre. Les résidus de charbon et de terre calcinée marquent encore le paysage. L’ancien site de la forge Philippe est identifiable mais les bâtiments ont été rasés après 1869. Le village conserve également une potale du XVIIe siècle, une ferme du XVIIIe siècle, l’ancien presbytère, la chapelle de Malapaire et d’anciennes bornes frontière.

Sources historiques

Chaurand (J.), « Noms de lieux de l’extrême nord-est du domaine picard », Nouvelle Revue d’Onomastique, n° 19-20, 1992 (Vieux Gauchy, calceata). — Hagemans (G.), Histoire du pays de Chimay, Bruxelles, 1866 (seigneurie de Chimay, bulle de 1193, chapitre Sainte-Monégonde). — Site officiel de la commune de Momignies (momignies.be) : notice historique, étymologie d’après Le Tellier, forge Philippe de Lalis, création de la commune 1903. — ASBL Les Forgerons de la Wartoise (forge-philippe.be) : frise chronologique, patrimoine bâti, Lamarcheville, faulde, Libération 1944.

Illustration photo Jean-Pol Grandmont