Présentation
Eppe-Sauvage est un village niché dans la petite Suisse du Nord, aux confins du Hainaut et de l’Avesnois, traversé par l’Helpe Majeure. Modeste village aujourd’hui, c’était aux XVIIe et XVIIIe siècles une cité riche et très active grâce à ses nombreuses forges, berceau de la sidérurgie du Nord. Il conserve un château médiéval reconstruit trois fois, une église du XVIe siècle dédiée à saint Ursmer et un patrimoine industriel exceptionnel.
Étymologie
Les anciens documents disent Eppa sylvestris — la contrée boisée. Selon la tradition locale, le village aurait conservé le nom primitif de l’Helpe, rivière qui le traverse. Le qualificatif Sauvage (du latin sylvaticus : forestier) confirme l’image d’un territoire longtemps couvert de forêts denses.
Géographie
Eppe-Sauvage est traversé par l’Helpe Majeure et le ruisseau de Montbliart, dans un paysage de vallons boisés et de prairies humides. Le lac du Val Joly, créé par un barrage EDF en 1966–67 pour alimenter la centrale de Pont-sur-Sambre, a englouti d’anciennes forges dont le château de Willies. Le village fait partie du Parc naturel régional de l’Avesnois.
Des haches polies et éclats de silex découverts sur le territoire attestent d’une présence humaine dès le Néolithique. À l’époque gallo-romaine, une villa occupait le site, comme l’indiquent des trouvailles de poteries et de médailles.
Histoire
Sous les partages carolingiens
Le territoire d’Eppe-Sauvage, dans le Hainaut, suit les grands partages carolingiens : traité de Verdun (843), traité de Prüm (855), traité de Meerssen (870) et traité de Ribemont (880), qui rattache le Hainaut à la Francie orientale, futur Saint-Empire romain germanique.
Le château de Voyaux — trois destructions, trois reconstructions
En 1250, un château (dit château de Voyaux) est construit pour défendre un gué de l’Helpe Majeure, point stratégique entre les terres du seigneur d’Avesnes Jean Ier en guerre contre les Dampierre de Flandre. Son histoire est marquée par trois destructions :
- 1579 — Quasiment détruit par les Français
- 1592 — Reconstruit ; le bâtiment principal est édifié en briques sur pierres par un maître des forges
- 1651 — Incendié par 1 300 soldats du lieutenant-général Reinhold de Rosen au service de Louis XIV
- Ensuite reconstruit et agrandi
Il subsiste aujourd’hui une tour ronde de briques et de pierres avec meurtrières. Le château ne se visite pas, sauf lors de manifestations ponctuelles.
Les forges — berceau de la sidérurgie du Nord
Une forge existe au lieu-dit la Bouquerie depuis le XIVe siècle. Du XVIe au XVIIIe siècle, Eppe-Sauvage compte quatre forges importantes : le Voyaux, le Marteau, le Grignaux et Willies — des familles de maîtres de forges comme les Polchet y prospèrent. Émile Dony situe dans cette vallée de l’Helpe Majeure, entre Chimay et Liessies, le berceau de la sidérurgie belge et du Nord de la France. André Lequeux fait remonter les lettres patentes aux chartes de Charles de Croÿ (1515–1519), tout en pensant que des forges existaient antérieurement. Au XIXe siècle, l’établissement exploite les couches de laitier laissées par les anciennes forges.
La cloche Caroline d’Étrœungt (1700)
Selon Georges Maire, la cloche de l’église est installée en 1700. Elle se nomme Caroline d’Étrœungt et a pour parrain et marraine les époux Polchet, seigneurs de Nahau résidant à Voyaux. La cloche d’origine est confisquée par les armées allemandes durant la Première Guerre mondiale.
La douane franco-belge (1830–1993)
En 1830, la création de la Belgique entraîne l’installation d’un poste de douane au cœur du village, marquant profondément la vie locale. Ce poste disparaît en 1993 avec la suppression des contrôles aux frontières intérieures de l’Union européenne.
Patrimoine
Église Saint-Ursmer (1593)
L’église Saint-Ursmer, bâtie en 1593, est dédiée à saint Ursmer, né selon la tradition à Fontenelle (Aisne) vers 644–645, mort le 1er avril 713, abbé de Lobbes et évangélisateur de la Fagne, de la Thiérache et des Flandres. L’édifice associe brique et pierre bleue et possède un portail gothique en accolade. Il abrite un triptyque de 1610 représentant la vie du saint (volets classés par arrêté du 17 mars 1934) ainsi que des plaques funéraires de maîtres de forges. L’église relevait du décanat d’Avesnes et de la collation de l’abbaye de Liessies. En 1619, une convention entre l’abbaye et les habitants permit l’agrandissement de l’édifice par acquisition d’un autel, moyennant 800 livres.
Chapelle du Bon Repos
En haut du village, sur la route de Sivry, la chapelle du Bon Repos abrite une statue de saint Ursmer maîtrisant le démon. Un arbre voisin serait, selon la tradition, le rejeton de celui sous lequel le saint se reposait en se rendant au monastère de Moustier-en-Fagne, dépendance de l’abbaye de Lobbes.
Château de Voyaux
Tour ronde médiévale de briques et de pierres avec meurtrières, corps de logis de 1592. Classé. Ne se visite pas.
Château Maillard (1773)
À un kilomètre du village vers Clairfayts, l’ancien château Maillard, demeure d’un maître de forge bâtie en 1773, conserve ses deux tours d’entrée défensives. Ne se visite pas.
Chapelle de Linières
La chapelle de Linières, rattachée à Eppe-Sauvage dès 1140, est l’un des édifices religieux les plus anciens du territoire.
Héraldique
Le blason d’Eppe-Sauvage : « D’or à quatre pals de gueules, à la bordure engrêlée d’azur. » Ces armes proviennent de la famille de Mérode — Eppe-Sauvage faisant partie du marquisat de Trélon.