Présentation

Dizy-le-Gros est un bourg de l’ancien Laonnois, bâti dans une vaste plaine crayeuse à 35 kilomètres à l’est de Laon. Attesté dès 906, nœud routier entre Montcornet et Reims, il fut successivement possession du domaine royal, de l’abbaye de Cuissy et du chapitre de Laon. Décoré de la Croix de guerre 1914–1918, il fut le théâtre d’un combat remarquable en mai 1940 et conserve un monument unique aux morts du 3e régiment d’automitrailleuses. Sa patronne est la Vierge.

Étymologie

Selon Marie-Thérèse Morlet, Dizy dérive de Disiacum, formé sur le gentilice romain Disius (Schulze, 159). La forme villa Disiacum de 907 confirme l’ancienneté du domaine.

Géographie

Dizy-le-Gros est installé dans la vaste vallée crayeuse du Laonnois, sur la route de Montcornet à Reims. Faute de cours d’eau, trois moulins à vent en bois étaient bâtis au sud-ouest pour alimenter la paroisse en farine (carte de Cassini, v. 1750). Le territoire a livré des silex taillés et polis de l’Acheuléen au Néolithique, ainsi que du mobilier et des monnaies gallo-romains.

Histoire

Du domaine royal à l’abbaye de Cuissy — la refondation de 1194

Le territoire de Dizy appartient originairement au domaine royal. En 906, le roi Charles le Simple le donne aux moines d’Elnone (82 manses). En 1060, le roi Henri Ier le donne aux moines de Saint-Martin-des-Champs. L’abbaye de Cuissy en rachète la moitié en 1139. Vers 1194, l’abbé Guillaume de Saint-Omer décide de reconstruire un village sur ce territoire — l’ancien ayant été détruit depuis longtemps. Il s’associe le roi Philippe Auguste : les profits du nouveau village seront partagés par moitié, les moines se réservant quinze charrues de terre, la dîme et le presbytère.

En 1196, le roi accorde aux habitants une charte communale calquée sur celle de Laon, les exemptant de toute taille, de l’ost, de la chevauchée et du tonlieu. En contrepartie, chaque maison doit une rente en grain et deux chapons.

En 1206, le roi aliène Dizy au comte de Roucy, qui le donne au chapitre de Laon. L’abbaye de Cuissy proteste jusqu’au Pape, qui écrit à l’évêque de Paris pour menacer le roi d’un « énorme péché » s’il déplaçait le village. En 1276, Cuissy rachète au chapitre de Laon la moitié du terroir avec la haute justice.

L’incendie de l’église par les calvinistes (1576 et 1584)

L’église est brûlée deux fois par les calvinistes — en 1576 et en 1584. Une partie de la population qui s’y était réfugiée périt dans l’incendie, ainsi que le curé.

Le 3e RAM face à la 1re Panzerdivision (16 mai 1940)

Le 16 mai 1940, le 3e régiment d’automitrailleuses (3e RAM) reçoit l’ordre de tenir les ponts sur la Serre et le Hurtaut à Lislet et Montcornet. À leur arrivée avec quinze automitrailleuses Panhard AMD-178 et 30 side-cars, les localités sont déjà aux mains de l’ennemi. Le commandant de La Motte Rouge replie ses forces sur Dizy-le-Gros, important nœud routier, et met le village en défense. Vers 15h30, la 1re Panzerdivision — attendue du nord — attaque par le sud et l’est, prenant à rebours les défenses françaises. Maison après maison, les Allemands s’emparent du village. Les combats cessent vers 16h30. La plupart des soldats, dont de nombreux blessés, sont faits prisonniers. Le 4 juillet 1948, la commune inaugure un monument aux morts dédié à tous les morts du 3e RAM.

Patrimoine

Église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge

Reconstruite après les destructions calvinistes et les guerres, l’église de la Nativité-de-la-Sainte-Vierge est l’édifice paroissial du bourg.

Monument aux morts du 3e RAM

Monument unique en France, il commémore tous les morts du 3e régiment d’automitrailleuses — tombés au combat ou dans les camps de prisonniers et de déportation — inauguré le 4 juillet 1948.

Sucrerie de Dizy-le-Gros

La sucrerie de Dizy-le-Gros (groupe Listre), avec son chemin de fer, fut un pôle industriel important jusqu’au milieu du XXe siècle. La ligne ferroviaire secondaire vers Saint-Erme (ouverte 1909, fermée 1957) continuait à fonctionner pour les campagnes betteravières jusqu’en 1961.

Sources historiques

« Philippe Auguste et l’abbé de Cuissy conviennent qu’ils partageront par moitié les profits du nouveau village. Pour attirer des habitants dans ce nouveau village, le prince leur octroya deux ans après une charte communale à l’instar de celle de Laon. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne
« Maison après maison, les troupes allemandes prennent possession du village, et rapidement la rue principale est sous leur contrôle, tandis que les positions françaises sont encerclées. La résistance des hommes du 3e RAM n’en est pas moins audacieuse. » — Récits des survivants, cités par Wikipedia, Dizy-le-Gros

Pour aller plus loin

  • Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne (charte de Philippe Auguste, 1194)
  • Terascia.com — Dizy-le-Gros
  • Wikipedia — Dizy-le-Gros