Présentation

Chilly, commune de la Thiérache ardennaise, s’étend entre Maubert-Fontaine et Rocroi, à la lisière de la forêt des Potées. Le village, traversé par la Sormonne, a livré des traces d’occupation gallo-romaine bien antérieures à sa première mention écrite. Son église fortifiée porte aujourd’hui la mémoire des sièges qu’elle a traversés, tout comme les bornes médiévales qui marquaient la limite de la baronnie des Potées.

Géographie

Le territoire, 589 hectares, se déploie à la confluence de la Sormonne et du ruisseau de la Santerie, sur des calcaires sableux propres à la pierre de taille et des couches superficielles de minerai de fer.

Histoire

Une occupation sous l’antiquité

Bien avant que le nom de Chilly n’apparaisse, le confluent de la Sormonne et de la Santerie portait déjà les traces d’une occupation ancienne : plusieurs stèles sculptées du IIIe ou du IVe siècle y ont été retrouvées, et le lieu-dit Hamzy a livré des poteries romaines dans les substructions d’une vaste habitation. Le bois des Potées, tout proche, est encore semé de tumuli. Le nom du village, lui, n’apparaît qu’en 1306, dans un pouillé du diocèse de Reims recensant les revenus de son église — alors simple église de secours dépendant de Neuville-aux-Prés, village bien plus peuplé dont Chilly et Laval-Morency n’étaient que des hameaux. Chilly relevait, comme les autres villages de la terre des Potées, de la coutume de Reims.

Un paysage détruit

Ce village-mère de Chilly, Neuville-aux-Prés, ne survécut pas aux guerres du XVIe siècle : lors de leur retraite après le siège de Mézières en 1521, les troupes impériales le ravagèrent presque entièrement, et il ne restait plus, en 1547, qu’un modeste écart appelé l’Église. Le hameau d’Ecle, aujourd’hui rattaché à Marby, à 5 kilomètres de Chilly, disparut à son tour en 1643, à l’époque de la bataille de Rocroi. Chilly faillit connaître le même sort : à trois reprises, à la même époque, les troupes espagnoles saccagèrent et incendièrent le village, ne laissant debout que trois de ses soixante-dix-sept maisons. Il fallut près d’un siècle pour qu’il s’en relève.

Patrimoine

Église fortifiée Saint-Nicaise

L’église, dédiée à saint Nicaise et appartenant au chapitre de Reims, est édifiée au XIIe siècle : baies étroites et porte occidentale murée, aujourd’hui condamnée, en portent encore la trace romane. Elle est rebâtie en partie et fortifiée au XVIe siècle par la construction d’une énorme tour carrée, qui entraîne l’inversion de l’entrée — désormais percée à l’est, sous la tour, plutôt qu’à l’ouest comme à l’origine. Cette tour fortifiée du XVIe siècle a été détruite pendant la Première Guerre mondiale et reconstruite depuis, mais avec des dimensions moins imposantes que l’originale. À l’intérieur, les fonts baptismaux romans, en pierre bleue de Givet, comptent parmi les éléments les plus remarquables de l’édifice.

Les bornes de Saint-Rémi

Au bord de l’ancienne route de Charleville à Hirson, à cheval sur les communes de Chilly et de Tremblois-lès-Rocroi, deux monolithes de calcaire, dont la face saillante a probablement porté des armoiries aujourd’hui effacées, marquaient la limite de la baronnie des Potées. Classées monument historique le 17 mars 1931, ces bornes de Saint-Rémi sont l’une des rares traces matérielles conservées du tracé médiéval de la terre des Potées.

Sources historiques

Abbé P.-L. Péchenard, Le Domaine des Potées (cité par Meyrac) — Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900 — Pouillé du diocèse de Reims, 1306 — Henri Manceau, « Grandeur et misères des vieilles pierres ardennaises : églises des confins occidentaux », L’automobiliste ardennais, n° 115, 1957 — Base Mérimée, notice PA00078427.

Illustration photo Henri Davel