Présentation
Chigny est un petit village de l’ancienne Thiérache, situé dans le canton de La Capelle, qui de tout temps appartint au duché de Guise. La seigneurie fut tenue pendant près de cinq siècles par la famille de Flavigny, originaire de Bourgogne.
Étymologie
Selon Marie-Thérèse Morlet, Chigny dérive de Caniacum, formé sur le gentilice romain Canius, lui-même dérivé du cognomen Canus — désignant le domaine de ce personnage.
Une hypothèse populaire, défendue par Mennesson de la Société historique de Thiérache dès 1874, rattache le nom au latin Cycnus → roman Cisne : le cygne. La proximité de l’Oise, susceptible d’abriter une colonie de cygnes, aurait motivé ce nom. Jean-Marie Braillon, président de l’association picarde de Thiérache, note que le CH est la forme picarde du mot, rapprochant Chigny de Signy-le-Petit et Signy-l’Abbaye. Ces rapprochements sont séduisants mais ne résistent pas à l’analyse de Morlet : les formes médiévales en Cisnis et Cinis pointent vers Caniacum.
Les registres paroissiaux (débutant en 1669) témoignent des hésitations orthographiques : le curé notait selon sa compréhension Cigny, Signy ou Chiny. À la Révolution, la commune prend brièvement le nom de Chigny-sur-Oise.
Le bois de l’Épaissenoux
La dépendance forestière de Chigny, le bois de l’Épaissenoux (Eppessenault 1582), est analysée par Morlet comme un composé spissa nauda : espesse (vieux français : bois touffu) + nauda (lieu marécageux, attesté depuis le VIIe siècle). Soit un bois marécageux non aménagé — description topographique précise d’une forêt humide de Thiérache.
Géographie
Chigny est bâti sur la lisière d’un plateau, à 35 km au nord de Laon et 12 km au nord-ouest de Vervins. Le village est riverain de l’Oise, ce qui lui valut à la Révolution le surnom de Chigny-sur-Oise. Son terroir, relevé par Melleville en 1760, comptait 450 arpents de terres, 150 arpents de prés et autant de bois.
Histoire
La seigneurie de Chigny — la famille de Flavigny
Chigny appartient au duché de Guise. Les seigneurs sont pour l’essentiel la famille de Flavigny, originaire de Bourgogne :
- 1089 — Godefroy et Renaud de Flavigny, dits premiers seigneurs de Chigny
- 1296 — Renaud de Flavigny (?)
- 1360 — Jacquemart de Flavigny, chevalier, gouverneur de Guise
- vers 1540 — Nicolas de Flavigny, seigneur de Chigny et Juvincourt, lieutenant du bailli de Vermandois ; femme : Barbe de Thumery, qui lui apporte Cuiry-lès-Iviers à la condition de porter au milieu de ses armes « trois pucelles renversées » ; enfants : Pierre, Mathieu, Nicolas (chanoine de Laon)
- 1560 — Pierre de Flavigny, écuyer, seigneur de Chigny et Cuiry, bailli du duché de Guise
- 15.. — Antoine de Flavigny ; femme : Charlotte de Proisy ; filles : Judith, femme de J. de Ronty, seigneur de Suzy ; Rachelle, épouse d’Ivon de la Bove, seigneur d’Autremencourt, puis de François de Maubeuge, seigneur de Bois-Pargny ; Sara, femme de Jonas de Villette, seigneur de Montmartin
- vers 1603 — François de Maubeuge, seigneur par sa femme
- 1675 — François de Lamberval, seigneur de Chigny et Vauxaillon
- En dernier lieu — le marquis d’Hervilly
Gui de Châtillon et la messe de guérison (1335)
En octobre 1335, Gui de Châtillon, beau-frère du roi de France et seigneur de Guise, offre à toutes les paroisses de sa seigneurie de grandes offrandes en remerciement de sa guérison. Le curé Wilbert, desservant Chigny et Crupilly, fait dire une messe hebdomadaire pour ce seigneur. C’est la première trace officielle de l’existence du village.
Les chênes pour les fortifications de Guise (1583)
En 1583, les habitants de Chigny charrient à la corvée, avec ceux de Malzy et Crupilly, huit chênes depuis la forêt d’Épaissenoux jusqu’à Guise, pour renforcer les fortifications de la ville menacée par les Espagnols et les Ligueurs.
L’incident de 1790
Le 7 juin 1790, lors de l’élection du chef-lieu de district, Vervins l’emporte sur Guise par 70 voix contre 60. La légalité du scrutin est contestée. Les Vervinois appellent aux armes ; les habitants de Chigny se rallient armés aux Guisiens. Une intervention de hussards évite le conflit. En signe de reconnaissance, les Guisiens offrirent du pain, des fromages et de la bière.
Patrimoine
L’église paroissiale est placée sous le patronage de saint Quentin.
Sources historiques
« Chigny << Caniacum, formé sur le gentilice romain Canius, dérivé du cognomen Canus. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
« Le bois de l’Épaissenoux serait un bois marécageux qui n’a pas été aménagé. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
Pour aller plus loin
- Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
- Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne, tome I
- Wikipedia — Chigny (Aisne)