Présentation
Cernion est un petit village de 134 habitants, à l’est d’Aubigny-les-Pothées, dans la Thiérache ardennaise. Le lieu-dit la Fontaine des Prêtres, entre Cernion et Flaignes, conserve la mémoire d’un ancien site religieux ; l’église actuelle, plus récente, se dresse à 300 mètres de là. Cernion est l’un des dix-sept villages de l’ancienne terre des Potées.
Géographie
Le territoire communal couvre 670 hectares. Le sous-sol fournissait une carrière de moellons. Le village relevait de la coutume de Reims, rattachement qui le distingue des communes voisines placées sous la coutume de Vitry.
Histoire
La terre des Potées et le chapitre de Reims
Cernion appartient à la terre des Potées, ce domaine que saint Remy légua à l’église de Reims et que le chapitre cathédral administra pendant des siècles. En 1215, l’archevêque de Reims donne à son chapitre les autels de plusieurs paroisses du doyenné de Rumigny, dont Cernion. En 1219, Roger de Rocroy et son épouse Alix vendent leurs possessions à Cernion au chapitre de Reims — transaction qui confirme l’ancrage capitulaire du village. Un pouillé de 1346 range encore la paroisse parmi celles du doyenné de Rumigny.
La catastrophe de 1643
La guerre de Trente Ans frappa durement les villages des Potées. Au temps de la bataille de Rocroi, en mai 1643, Cernion fut tellement ravagé que « les habitants furent obligés de mendier pour vivre », rapporte Meyrac. Quatorze maisons furent incendiées et l’église pillée lors de ce premier passage ; un second passage coûta la vie à quatre habitants.
Patrimoine
Église Saint-Quentin
L’église Saint-Quentin, implantée au centre du village dans l’ancien cimetière, remonte au XVe siècle. Son chœur prend la forme d’une massive tour dont le comble servit de refuge pendant les conflits — dispositif caractéristique des églises fortifiées de la Thiérache ardennaise. La nef, à vaisseau unique de trois travées, date de la seconde moitié du XVe ou du début du XVIe siècle d’après son portail occidental, à voussures en plein-cintre surmonté d’un oculus. Les murs sont en moellon de calcaire coquiller jaune, rehaussé de pierre de taille calcaire blanche pour le portail, le larmier, les chaînes d’angle et les corniches. Le sol est pavé d’un damier d’ardoise, de pierre de Givet et de marbre noir. En 1876, le plafond de la nef fut remplacé par de fausses voûtes d’ogives à piles de bois, plâtrées à l’origine pour imiter la pierre, avec des chapiteaux prévus en pierre de Logny-Bogny ou de La Cerleau ; toutes les baies furent agrandies à cette occasion.
La Fontaine des Prêtres
Entre Cernion et Flaignes, au lieu-dit la Fontaine des Prêtres, la tradition rapporte qu’un presbytère et une église ancienne se sont élevés. Des tours en pierre ont été retrouvées à environ 300 mètres de l’église actuelle, vestiges possibles de cet établissement primitif.
Sources historiques
Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 493 (canton de Rumigny, notice Cernion) et p. 498-499 (notice Liart, donation de 1215) — Chanoine C.-G. Roland, Histoire généalogique de la maison de Rumigny-Florennes, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891 — Collection Gourjault, droits du chapitre de Reims à Cernion, 2 p. — Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA08001588 (église Saint-Quentin).
Illustration photo Havang(nl)