Présentation

Aubigny-les-Pothées, commune de la Thiérache ardennaise, se tient à quelques kilomètres à l’est de Rumigny. Le village fut, selon la tradition rapportée par ses propres habitants, le berceau du domaine des Potées, cette terre du chapitre de Reims placée sous la protection de la baronnie de Rumigny — un rôle que son nom même perpétue.

Étymologie

Aubigny procède du latin Albiniacum. Le nom des Pothées, quant à lui, est attesté sous la forme Posteis dans un acte de bailliage de 1341, avant que l’orthographe ne s’enrichisse d’un h.

Géographie

Le territoire est arrosé par les sources de l’Audry et offre des carrières de pierres de taille ainsi que des sables verts pyriteux. Au lieu-dit les Minières, le sol garde la trace de bouleversements anciens : la tradition locale y attribue aux chevaliers de Malte d’anciennes recherches d’or et d’argent. Une société liégeoise y tenta encore, en 1618, une exploitation aurifère, sans succès durable.

Histoire

Un nom disputé : Potées ou Pothées

L’origine du nom de la terre des Potées a fait l’objet d’un débat savant. L’abbé Péchenard le rattachait à Portensis, en s’appuyant sur le testament de saint Remy et sur une charte de 1203 mentionnant l’« avouerie de la terre de Potestatibus » ; Dom Noël y voyait au contraire une déformation tardive de Potestatibus, mal traduite en « terre des Pots ». M. Jadart penchait pour Portensis, tandis que M. Longnon, dans son étude sur les Pagi du diocèse de Reims, fixait les limites de ce territoire entre un « port » sur la Meuse à Revin et un autre sur l’Aisne à Thugny. Le débat, jamais tranché, illustre combien Aubigny reste attaché à l’identité de ce domaine : le village figure, avec Blombay, parmi les localités que le testament de saint Remy lègue le plus anciennement à l’église de Reims.

Une seigneurie parfois pesante

En 1200, Nicolas IV de Rumigny fut excommunié par Guillaume aux Blanches-Mains, archevêque de Reims, pour les torts commis envers l’église de Reims — exactions sur les habitants, pendaison d’un accusé sans jugement. Le pape Innocent III confirma lui-même la sentence par un bref du 21 janvier 1201. Le seigneur dut restituer aux chanoines les bois d’Aubigny, de Flaignes, de Logny, de Prez et des Oliviers, dédommager l’église pour les dégâts commis, et renoncer aux droits illégitimes qu’il prélevait sur les habitants — tout en conservant l’avouerie elle-même.

Le château, refuge et cible

Chef-lieu de la baronnie des Pothées, le château d’Aubigny servait de refuge aux habitants en temps de guerre. Il fut assiégé par les Armagnacs pendant la guerre de Cent Ans, puis son incendie par les Liégeois est diversement daté — Meyrac le place en 1456, tandis que Badin (1848) le situe en 1436, ce qui correspondrait mieux à la chronologie déjà établie du siège du Bosneau (1433-1436) tout proche. Les troupes impériales ravagèrent le village en 1521, puis la peste s’y déclara à partir de 1632. Après la bataille de Rocroi, en 1643, Aubigny fut la seule localité de la contrée épargnée par l’incendie général qui suivit : riche de six cents habitants avant la bataille, il n’en restait plus que trente-cinq après — rançons, incendies et fourragement des troupes du comte de Guiche ayant achevé la ruine du village, déjà brûlé pour la troisième fois. Une tour édifiée sur l’ancien colombier seigneurial servit encore de refuge lors des invasions de 1814 et 1815.

1870 — le sursis de M. Tharel

Notaire et organisateur de la garde nationale, M. Tharel refusa de livrer aux Prussiens les noms des gardes nationaux et fut condamné à mort. Sa femme obtint de justesse un sursis en se jetant aux pieds du général prussien : conduit à Reims puis condamné à la détention perpétuelle en Prusse, il en revint après six semaines d’angoisse, mais mourut deux ans plus tard, laissant le souvenir d’un homme des plus respectés de son canton.

Patrimoine

L’église primitive, renversée par un ouragan en 1606, se dressait à l’emplacement de l’actuel cimetière ; on y a retrouvé des voûtes en ciment romain d’une épaisseur inhabituelle, indice d’un édifice plus ancien. L’église actuelle, dédiée à saint Martin, date de la seconde moitié du XIXe siècle et est inscrite au titre des monuments historiques depuis 2019. Aux premiers jours de la Première Guerre mondiale, en 1914, elle servit d’hôpital de fortune, la paille répandue sur le sol tenant lieu de lit aux blessés. Du château ne subsiste qu’une tourelle, où se trouvaient des salles d’école jusqu’en 2024.

Personnalités

Édouard Piette (1827-1906) est né à Aubigny-les-Pothées, fils d’un notaire du village qui devint plus tard maire de Rumigny — où Piette lui-même mourra. Magistrat de carrière, juge de paix puis juge dans plusieurs juridictions françaises, il consacra ses loisirs à la géologie puis à l’archéologie préhistorique, fouillant notamment des nécropoles gauloises et mérovingiennes, dont celles de Bocmont et de la Croix-Ancelet sur le territoire même de sa commune natale. Il reste l’un des grands noms de la préhistoire française, auteur de L’art pendant l’âge du renne.

Sources historiques

Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900 — Chanoine C.-G. Roland, Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891, p. 175 et 237 — M. Badin, Géographie départementale classique et administrative de la France, département des Ardennes, 1848 — Charles Robert, La dévastation des Pothées avant la bataille de Rocroi, 1931 — Patrick Perrin, « Ensembles archéologiques mérovingiens de la région ardennaise ».

Illustration photo Havang(nl)