Village de l’ancienne Thiérache bâti sur la rive droite de l’Aube, Bucilly doit son existence et son nom à l’abbaye qui s’y est installée au haut Moyen Âge. Relevant sous l’Ancien Régime du bailliage, de l’élection et du diocèse de Laon, la commune appartient aujourd’hui au canton d’Hirson.

Toponymie

Le cartulaire de l’abbaye et les cartulaires voisins (Foigny, Thenailles, Saint-Michel) livrent une série continue de formes latines : Alodium de Buciliaco, ecclesia de Veteri Buciliaco en 1120, Buciliensis ecclesia en 1139, Territorium de Buceliis en 1125, Bucciliacum en 1135 et 1162, Buceli en 1169, jusqu’aux formes tardives Bucillis-l’Abbeye (1386) et Saint-Pierre-de-Bucilly-en-Thiérache (1389). Ces attestations convergent avec le vocable de dédicace de l’église abbatiale, « en l’honneur de saint Pierre, prince des apôtres » (1120), qui demeure le patronage de la paroisse.

Histoire

Une communauté de moniales bénédictines est fondée en ce lieu par le comte de Vermandois Albert Ier (Elbertus dans les actes) et son épouse Gerberge (Gertrudis) — attribution confirmée à la fois par la charte de fondation du cartulaire et par l’érudition locale du XIXe siècle, qui écarte une tradition concurrente attribuant la fondation à une comtesse « Hersende ». La date de cette fondation reste toutefois incertaine : la tradition locale (Matton, Melleville) la situe vers 941, tandis que la chronique du cartulaire (Breve Chronicon de Dom Casimir Oudin, 1672) la reporte plutôt vers 990 — un écart qui n’a pas encore été tranché. Le terroir de Bucilly faisait alors partie de celui de Martigny, dont il ne fut définitivement démembré qu’en 1385.

Après un déclin mal documenté de la communauté féminine, l’abbaye est refondée pour des chanoines réguliers de Prémontré : une bulle du pape Eugène III, datée du 26 avril 1148, confirme officiellement cette refondation et l’institution de Persicus comme premier abbé. La tradition faisant de Cadroë le premier abbé prémontré ne trouve aucun appui dans le cartulaire et doit être écartée.

L’abbaye connaît son essor aux XIIe-XIIIe siècles : donation de Jacques Ier d’Avesnes en 1187, avant son départ en croisade ; multiples donations des seigneurs de Rumigny en faveur des droits de Gland et de Signy ; abbatiat de Blardus (mort vers 1264), qualifié d’aedificator dans la nécrologie abbatiale, sans doute à l’origine d’importantes campagnes de construction. Une pièce de 1280, conservée au cartulaire, règle les droits réciproques du maire, des échevins, du doyen et de l’avoué de Bucilly — cet avoué étant alors le comte de Blois, seigneur de Guise, dont dépendaient les seigneurs laïcs du village.

Le XVIIe siècle est une période d’épreuves : en 1654, l’abbaye subit le siège de troupes qui emprisonnent des moines et saisissent le bétail ; en 1657, le passage de l’armée de Turenne dévaste récoltes et bâtiments. La reconstruction est conduite à partir de 1651 par l’abbé Edmundus Sauvage, nommé par Louis XIV : réfection du toit, du dortoir, du réfectoire, aménagement d’un jardin et déplacement du mur longeant l’Oise, achevés vers 1670. L’abbaye comptait alors 49 religieux prémontrés pour un revenu de 65 000 livres.

Supprimée à la Révolution, l’abbaye disparaît comme institution ; son terroir et ses bâtiments sont dispersés. Bucilly est la patrie du poète Jean Goulet, qui florissait au XVIIIe siècle, et de Marc-Nicolas-Louis Pêcheur, lieutenant-général mort en 1831.

Sources

Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne ; Matton, notice toponymique (cartulaires de Bucilly, Foigny, Thenailles, Saint-Michel-en-Thiérache) ; A. Piette, Notice sur l’abbaye de Bucilly (édition de la pièce de 1280) ; cartulaire de l’abbaye de Bucilly, BnF, ms. Latin 10121 (analyse et dépouillement du fonds Terascia, mai 2026).