Présentation
Brunehamel est un village de l’ancienne Thiérache, dans le canton de Rozoy-sur-Serre. La commune est traversée par la source de la Brune, rivière qui donne son nom à la vallée de la Brune. Elle conserve un remarquable château de style Louis XIII en brique et pierre et une église à nef de pierre et bois des XVIe–XVIIe siècles. Des vestiges gallo-romains attestent une occupation ancienne du territoire.
Étymologie
L’étymologie de Brunehamel fait l’objet d’une analyse particulièrement fine de Marie-Thérèse Morlet. L’examen des formes anciennes révèle que la forme originaire du toponyme est un composé Brunehildis mansus — le manse (domaine rural) de Brunehilde, nom de femme germanique (Förstemann, 340). Ce composé aurait dû aboutir régulièrement à Brunehaumès, mais il y a eu contamination : la formation primitive n’étant plus comprise, Brunehaumès est devenu Brunehamel, réinterprété comme « le hameau bâti sur la Brune ».
Cette évolution explique aussi pourquoi certains auteurs ont voulu rattacher le nom à la reine mérovingienne Brunehaut, supposant qu’elle y aurait fait construire un château-fort. Melleville juge cette hypothèse « non fondée » — et Morlet lui donne raison : la contamination toponymique a créé une fausse piste historique.
La tradition locale rapportée par Terascia (origine du germain brün, la source, et heim, la maison) s’inscrit dans la même logique de réinterprétation populaire.
Géographie
La Brune (37 km) prend sa source sur le territoire de Brunehamel avant de traverser la vallée jusqu’à sa confluence avec le Vilpion à Thiernu. La commune a livré des substructions et vestiges gallo-romains (tuiles), témoignant d’une occupation antique.
Histoire
La seigneurie de Brunehamel
Au XIIIe siècle, la terre de Brunehamel appartient aux seigneurs de Rozoy. En 1324, Nicolas de Rozoy, seigneur de Brunehamel, Bancigny et Plomion, la transmet par sa fille Julienne à Gautier de Ligne. En 1534, César de Margival, grand sénéchal héréditaire de Picardie, en est seigneur.
Les frères Margival font construire au XVe siècle un château-fort défendu par des fossés, un pont-levis et des murailles flanquées de neuf tours. En 1566, César de Margival obtient de Charles IX l’érection de deux foires annuelles (27 mars et 27 juillet) et d’un marché hebdomadaire le lundi — charte reproduite intégralement par Melleville.
La seigneurie passe ensuite aux de Villelongue (vers 1660), puis aux marquis de Vignacourt (vers 1724), et en dernier lieu au marquis de Cossé (1789). Le fief annexe de Raupré, avec son propre château, relevait également du terroir de Brunehamel.
Un violent incendie détruisit une partie du village au XVIIIe siècle.
« L’opinion des écrivains qui prétendent que ce village tire son nom de la reine Brunehaut, laquelle y aurait construit un château-fort, ne paraît pas fondée. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne
Patrimoine
Château de style Louis XIII
Le château de Brunehamel, en brique et pierre, est de style Louis XIII. Construit aux XVIe–XVIIe siècles sur l’emplacement ou à proximité de l’ancien château-fort des Margival, il a été restauré aux XVIIIe et XIXe siècles, puis très récemment.
Église
L’église du village possède une nef de pierre et bois des XVIe–XVIIe siècles, témoignage de l’architecture religieuse rurale de la Thiérache.
Personnalités liées à la commune
Caron, maréchal de camp d’artillerie, baron de l’Empire, natif de Brunehamel.
Sources historiques
« Brunehamel apparaît sous cette forme très tardivement. La forme originaire est un composé Brunehildis mansus, formé du nom de femme Brunehildis et du substantif roman mansus. Brunehildis mansus aurait dû aboutir normalement à Brunehaumès, mais il y a certainement eu contamination. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955