Présentation
Brognon, clairière ouverte à 5 kilomètres au nord de Signy-le-Petit dans le massif forestier du même nom, se distingue par un habitat dispersé et un parcellaire jamais remembré, où les chemins ruraux restent bordés de haies hautes. Le village, labellisé trois fleurs, est placé sous le patronage de saint Éloi.
Étymologie
Broingnon (cartulaire de Bucilly, XIIIe siècle), Bronio (Hubert) : formes qui renvoient au ruisseau dit « de Brognon », déjà nommé dans la charte de 1248 avant même que le village ne soit bâti.
Géographie
Le territoire, boisé sur plus des trois quarts (bois de l’Aiguillette, bois de Saint-Éloi, débris de l’ancienne forêt de Thiérache), est drainé par la Gravelotte et par la Petite-Eau, un bras du Gland qui marque la limite avec Signy-le-Petit. Le secteur de la Ferme des Marais reste marécageux. Le sous-sol, schisteux, présente des veines de quartz blanc et des schistes bleus que Dom Noël jugeait comparables à ceux des escarpements de la Meuse.
Histoire
La fondation du village, 1248-1268
La fondation de Brognon se documente par une chaîne d’actes continue. En 1248, Nicolas V de Rumigny vend aux moines cisterciens de Laval-Roy des portions de bois le long du ruisseau de Brognon et du chemin de Chimay, pour qu’ils y bâtissent une maison destinée à leurs serviteurs : le village n’existe pas encore. En mars 1263, Enguerrand de Rumigny, sire de Signy-le-Petit, déclare avoir fait « une Ville appelée Brognos, franche à la loi de Signy ». En 1266, les chanoines de Bucilly possèdent déjà une ferme sur place, et Enguerrand, avec son épouse Alix, leur donne douze jallois de terre contiguë. En 1268 enfin, Enguerrand convient avec l’abbé Bliard de construire « une ville à Pâques prochain venant » sur son ru de Brognon, en échange de la grosse dîme du village à naître : c’est cet acte que Dom Noël retient comme l’origine véritable de Brognon.
Une paroisse desservie depuis la Neuville
Simple annexe de la paroisse de Signy à sa création, vers le milieu du XIIIe siècle, Brognon le reste jusqu’à la Révolution, avant d’être érigée en succursale indépendante ; le curé de la Neuville-aux-Joûtes continue toutefois d’en assurer la desserte jusqu’en 1847, sous les titulaires Defourny, Renaud puis Davelois.
1795 : la disette
En avril 1795, des habitants de Brognon prennent les armes avec ceux des communes voisines pour aller enlever des blés à Rozoy, faute de subsistances ; l’affaire se dissipe sur simple proclamation, sans autre suite connue.
Patrimoine
Église Saint-Éloi
Édifice d’aspect homogène portant la date de 1689 de part et d’autre de la porte occidentale, les trois oculi quadrilobés qui la surmontent ayant été aménagés en 1893. L’état de l’édifice était jugé mauvais en 1731 ; un projet de reconstruction du chœur, formé en 1786, ne paraît pas avoir abouti. Nef et chœur ne forment qu’un seul vaisseau rectangulaire, en moellon d’arkose à chaînes d’angle de pierre bleue, que domine un clocher en charpente à flèche d’ardoise. L’église ne figure pas au titre des monuments historiques.
Vestiges d’un fortin
En 1856, Hubert signalait au centre du village une « espèce de fortin » dont les fossés étaient alors visibles — les restes probables d’une maison forte élevée au XVe siècle, comme l’étaient alors la plupart des villages voisins (Bay, Liart, Marby, L’Échelle, Auvillers, Fligny, Signy-le-Petit).
Fresques et sculpture contemporaines
La salle communale porte des fresques murales dues à un artiste hollandais installé sur la commune. Une sculpture contemporaine d’Hervé Tonglet, artiste ardennais, y développe le thème de saint Éloi.
Sources historiques
Dom Albert Noël, Notice historique sur le canton de Signy-le-Petit, 1881, p. 45-48 — cartulaire de Bucilly, Archives départementales des Ardennes, H. 267 — Communauté de communes Ardennes Thiérache, présentation de la commune — Inventaire général du patrimoine culturel, région Grand Est, dossier IA08002038.
Illustration photo Havang(nl)