Présentation

Dans la châtellenie de Couvin, à quatre kilomètres au nord de la ville dont il dépend depuis l’acte de vente de 1096, Boussu-en-Fagne (Boussu-el-Fagne en wallon) est un village de la province de Namur qui compte aujourd’hui environ 500 habitants. Le nom — Bosut dans les chartes médiévales, du latin buxutum, « lieu planté de buis » — dit le paysage de la Fagne, ces terres de lisière entre forêt et prairie qui marquent la transition vers l’Ardenne. Le village fut le berceau des prévôts héréditaires de Couvin, peut-être issus de la Maison de Rumigny-Florennes.

Géographie

Boussu-en-Fagne s’étend sur 28 km² dans la vallée de l’Eau Blanche, rivière née aux abords de Chimay qui rejoint l’Eau Noire en aval pour former le Viroin. Le village est borné au nord par Senzeilles et Cerfontaine, à l’est par Frasnes-lez-Couvin, au sud par Couvin et à l’ouest par Dailly. Le territoire fait partie du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Histoire

De la préhistoire à la châtellenie

Le site est occupé de longue date : un outillage tardenoisien, une vaste villa gallo-romaine le long d’une voie secondaire et des sépultures mérovingiennes témoignent d’une présence humaine continue. Vers 996, Boussu — sous la forme Bons, corrigée en Bosut — entre dans la dot d’Hadewige comme dépendance de la paroisse de Frasnes, aux côtés de Couvin, Nismes et Pesche, tous anciens biens de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. En 1096, le village passe avec l’ensemble de la châtellenie au prince-évêque de Liège Otbert.

Les prévôts de Boussu

Au XIIIe siècle, les seigneurs de Boussu exercent la charge héréditaire de prévôts de Couvin. Le premier attesté est Walter de Boussu, au début du siècle. Roland relève quatre indices convergents — héraldique, prénoms, présence d’un chevalier de Boussu en 1214, dîme en 1219 — qui suggèrent un lien avec la Maison de Rumigny-Florennes, sans que la filiation soit formellement établie.

Guerres et forges

Au XVIe siècle, la seigneurie passe aux de Fay. En 1555, le prince d’Orange détruit le château. En 1568, Jean Marotte, maître de forges et seigneur d’Acoz, acquiert la seigneurie — un choix qui n’est pas anodin : une forge y fonctionne depuis 1494 et le minerai de fer oolithique de la Fagne alimente une industrie qui ne s’éteindra qu’en 1850. En 1632, les troupes espagnoles du gouverneur de Chimay ravagent le village. La même période voit des procès de sorcières instruits au château.

Du XIXe siècle à nos jours

Le domaine change plusieurs fois de mains au XIXe siècle. Vers 1855, le château est transformé dans le style néo-gothique par l’architecte Suys. En 1896, il est acquis par le comte Charles de Hennequin de Villermont, qui sera bourgmestre de 1900 à 1921 — le même Villermont dont les travaux sur Couvin et Boussu, publiés dans les Annales de la Société archéologique de Namur, constituent encore aujourd’hui une source de premier ordre.

Patrimoine

Château de Boussu-en-Fagne

Détruit en 1555, reconstruit puis profondément remanié au XIXe siècle, le château présente aujourd’hui un aspect néo-gothique avec tours et tourelles. Classé au patrimoine immobilier de Wallonie, il est entouré d’un parc boisé qui conserve les traces du domaine seigneurial médiéval. Plus loin sur la route de Frasnes, le manoir de la Motte rappelle l’existence d’un second fief.

Sources historiques

L’histoire de Boussu-en-Fagne est principalement documentée par deux monographies de Villermont parues dans les Annales de la Société archéologique de Namur : « La seigneurie de Boussu » (vol. 14 et 15, 1877-1881) et « Essai historique sur Couvin et sa châtellenie » (vol. 9, 1866). Roland, dans son Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes (1891), identifie Boussu dans la dot d’Hadewige (~996) et documente les indices de filiation avec les seigneurs de Rumigny.

Illustration photo Sir Gawain