Présentation

Bernot est un village de l’ancienne Thiérache, situé dans la vallée et sur la rive droite de l’Oise, à 55 kilomètres au nord de Laon et à 57 kilomètres à l’ouest de Vervins. Traversé par le canal de la Sambre à l’Oise, il occupe une position géographique stratégique sur l’axe fluvial entre les deux bassins versants. Ses patrons sont saints Pierre et Paul. La commune comptait 431 habitants (les Bernotois) en 2023.

Étymologie

Marie-Thérèse Morlet consacre à Bernot une analyse approfondie, car les formes médiévales présentent une singularité : les plus anciennes (Xe–XIe siècles) sont en complet désaccord avec les formes suivantes des XIIe–XIIIe siècles. La forme Bresnoth du Xe siècle est extraite du cartulaire d’Homblières, qui est une copie du XVIIIe siècle — donc potentiellement sujette à caution.

La présence de plusieurs formes en -ort (Bresnort, Brennort, Bernort) permet à Morlet de postuler un composé primitif avec -ritus : gué. Le thème de Bernot pourrait être un Brennoritusle gué de Brennus, nom gaulois. Cette hypothèse est appuyée par la topographie : il existait autrefois à Bernot des gués sur l’Oise, dont le souvenir subsiste dans les noms de terroirs — les prés à gués, endroit à proximité duquel se trouvaient des passages pour traverser la rivière.

Géographie

Bernot est situé dans la vallée de l’Oise et traversé par le canal de la Sambre à l’Oise, dont l’écluse n° 25 est un repère visible du village. La commune se trouve sur la ligne de partage des eaux entre les bassins Seine-Normandie et Artois-Picardie. Le panorama depuis la vallée offre une vue remarquable sur le village.

Histoire

Un alleu des comtes de Vermandois

Au début du XIe siècle, Bernot est un alleu (propriété franche) acheté par Othon, comte de Vermandois, et sa mère Ermengarde, qui le donnèrent en fief à un nommé Ernold. Ermengarde abandonne ensuite la moitié de cet alleu à l’abbaye d’Homblières pour le remède de son âme ; son fils Othon en donne l’autre moitié pour le même motif. Vers 1040, Herbert III, petit-fils d’Othon, confirme cette donation par une charte solennelle.

« In nomine, etc. Ego comes Heribertus, materque mea Pavia… pater meus Otto, ejusque genitrix avia mea Ermengardis, in villa que dicitur Bresnoth quoddam sibi alodium collato emerunt, pretio illud sibi a quodam ville ejusdem homine Ernaldo… » — Charte d’Herbert III, v. 1040, reproduite par Melleville

Une seigneurie bien documentée

La seigneurie de Bernot est l’une des mieux documentées de la Thiérache. On y relève une succession de seigneurs depuis 1104 :

  • 1104 — Robert de Bernot
  • 1129 — Évrard de Bernot
  • 1139 — Barthélemi de Bernot
  • 1143–1158 — Wichard (Guichard) de Bernot, dit de La Ferté — part en croisade en 1188
  • 1169 — Robert II de Bernot
  • 1189–1324 — Amaury de Bernot et Wassigny
  • 1280 — Amaury II — le pape Urbain IV lui-même intervient en 1262 pour placer sa fille Aélide dans un couvent de Soissons
  • 1330 — Jean de Bernot
  • 1660 — Mme de Montcauré et de Mailly
  • 1789 — Le marquis de Nesle
« Bernot était au commencement du XIe siècle un alleu qui fut acheté par Othon, comte de Vermandois et Ermengarde sa mère, lesquels le donnèrent en fief à un nommé Ernold. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne

Patrimoine

Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul

L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, sur la place du village, contient des œuvres inscrites au patrimoine national. Plusieurs cloches étaient traditionnellement sonnées par une famille de sonneurs — les Vandevoorde — jusqu’aux années 2000.

Écluse n° 25 du canal de la Sambre à l’Oise

L’écluse n° 25, visible depuis le village, est un témoignage de l’infrastructure fluviale du XIXe siècle qui a transformé l’économie locale et régionale.

Tour-pigeonnier de ferme

Une tour-pigeonnier de ferme est conservée au village, témoignage typique de l’architecture rurale thiérachienne.

Sources historiques

« La présence de plusieurs formes en -ort peut faire postuler un composé primitif avec -ritus : gué. Le thème de Bernot pourrait être un « Brennoritus » : le gué de Brennus, nom gaulois. Cette hypothèse est appuyée par la topographie des lieux ; il y avait autrefois à Bernot des gués. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955

Illustration photo René Hourdry