Présentation

Autreppes est un village de l’ancienne Thiérache, situé sur la rive gauche de l’Oise, à 45 kilomètres au nord de Laon et à 10 kilomètres de Vervins. Accessible depuis la RN 2, il se trouve à égale distance de Guise et d’Hirson (17 km chacune). Sous l’Ancien Régime, il relevait de la généralité de Soissons, du bailliage et de l’élection de Guise, et du diocèse de Laon. Son patron est saint Hilaire.

La commune comptait 175 habitants en 2023. Elle est traversée par l’Oise et bordée par l’Axe vert de la Thiérache, aménagé sur l’ancienne voie ferrée Guise–Hirson.

Étymologie

L’étymologie d’Autreppes fait l’objet d’une analyse approfondie de Marie-Thérèse Morlet. Les formes terminées en -ia (Altrippia, Altrepia) sont des latinisations médiévales. Le type primitif est -appa ou -eppa, mot indo-européen pré-celtique ou pré-germanique conservé dans les noms de rivières et de lieux, employé avec le sens de flot d’eau.

Morlet propose de reconstruire une forme altero-appa : le premier élément altero correspond au comparatif latin alter au sens de « second de deux » ; le second élément -appa signifie « eau, ruisseau ». Autreppes signifierait donc eau secondaire ou petit ruisseau — ce qui correspond parfaitement à la situation géographique du village, établi sur l’Oise au point où celle-ci reçoit un petit ruisseau venant du nord.

Géographie

Autreppes est établi sur la rive gauche de l’Oise, qui reçoit en ce point un petit ruisseau venant du nord. La commune est également drainée par le cours d’eau des Quatre Chênes et les Fosses Mathon. Elle appartient au bassin Seine-Normandie.

Un embarcadère situé à l’est du village permet aux canoéistes de rejoindre Autreppes depuis Sorbais en amont ou de glisser vers Erloy en aval. Les communes limitrophes sont Erloy, Sorbais, Saint-Algis, Haution et Laigny.

Histoire

Des origines carolingiennes

Autreppes est l’un des villages les plus anciennement documentés de la Thiérache. Il est mentionné dans les miracles de saint Denis comme existant dès le IXe siècle. La terre d’Autreppes, appartenant originellement au domaine royal, est donnée en 879 par Louis le Bègue à un comte du nom d’Alatram, qui la cède à son tour à l’abbaye de Saint-Denis en 915. On y comptait alors 46 manses. En 1672, Autreppes est uni à la manse monacale de Saint-Denis.

Hôpital et léproserie

Le village possédait jadis un petit hôpital et une léproserie, dont les revenus s’élevaient en 1648 à 400 livres pour le premier et 40 livres pour la seconde — témoignage d’une vie charitable organisée dès l’époque médiévale.

Les guerres franco-espagnoles et la fortification des églises

Au XVIe siècle, lors des affrontements entre François Ier et Charles Quint, puis durant la guerre franco-espagnole de 1635 à 1659, les villages de Thiérache sont constamment ravagés. C’est à cette époque qu’Autreppes fortifie son église pour permettre aux habitants de s’y réfugier en cas d’attaque. Le clocher-donjon quadrangulaire, flanqué de deux tourelles rondes, est percé de meurtrières. Au-dessus du porche, deux petites pièces avec cheminée permettaient d’y séjourner plusieurs jours durant un siège.

Le moulin et la papeterie sur l’Oise

La carte de Cassini (XVIIIe siècle) représente un moulin sur l’Oise dont les infrastructures sont encore visibles de nos jours sur un chenal. Moulin à grain à l’origine, il fut transformé au XIXe siècle en papeterie. En 1880, celle-ci occupait 8 à 10 ouvriers et fonctionnait jour et nuit, produisant du gros papier à l’usage des épiceries.

L’épidémie de choléra (1832)

En 1832, une épidémie de choléra décima la population du village, comme dans de nombreuses communes de Thiérache cette année-là.

La ligne de chemin de fer (1910–1978)

Autreppes possédait une gare sur la ligne Guise–Hirson, active de 1910 à 1978. Quatre trains s’y arrêtaient quotidiennement dans chaque sens. L’ancienne gare, reconvertie en habitation, existe toujours. Depuis 2014, l’emprise de la ligne est utilisée par l’Axe vert de la Thiérache, parcours de randonnée et de vélo de plus de 50 kilomètres.

La Grande Guerre

Le 29 août 1914, moins d’un mois après la déclaration de guerre, de violents combats opposent les cavaliers du 28e Régiment de chasseurs aux troupes allemandes. Une vingtaine d’entre eux sont tués ce jour-là à Autreppes. Le village reste ensuite occupé par les Allemands jusqu’au 6 novembre 1918, date à laquelle il est libéré par le 115e régiment de chasseurs à pied. Pendant toute la guerre, les habitants subissent réquisitions, travaux forcés et privations. Le monument aux morts porte les noms de 22 soldats de la commune morts au champ d’honneur.

« Autreppes est très-ancien. Il en est fait mention dans les miracles de St-Denis comme existant déjà au 9e siècle. La terre d’Autreppes, qui appartenait originairement au domaine royal, fut donnée par Louis-le-Bègue en 879 à un comte du nom d’Alatram, qui en fit présent à l’abbaye de St-Denis en 915. On y comptait alors 46 manses. »
— Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne

Patrimoine

Église fortifiée Saint-Hilaire

L’église Saint-Hilaire, datée de 1632, est inscrite aux monuments historiques depuis 1987. Son clocher-donjon quadrangulaire est flanqué de deux tourelles rondes percées de meurtrières. Au-dessus du porche, deux petites pièces à cheminée servaient de refuge lors des sièges. Les murs extérieurs sont ornés de dessins de briques vernissées, caractéristique rare de la région. L’église conserve un reliquaire de saint Hilaire et une plaque monument aux morts de la paroisse. La fontaine de dévotion Saint-Hilaire, réputée guérir certaines maladies, complète ce patrimoine religieux.

Axe vert de la Thiérache

Aménagé en 2014 sur le tracé de l’ancienne ligne de chemin de fer Guise–Hirson, l’Axe vert traverse la commune. Long de plus de 50 kilomètres, il est emprunté par randonneurs, cyclistes et cavaliers. L’ancienne gare d’Autreppes, reconvertie en habitation, est toujours visible sur le parcours.

Maisons anciennes

Le village conserve des maisons de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, témoins de l’architecture rurale thiérachienne.

Personnalités liées à la commune

Bernard et Jean-Pierre Lefèvre, deux jeunes d’Autreppes tués pendant la guerre d’Algérie. Les deux principales rues de la commune portent leur nom.

Sources historiques

« Le type est -appa ou -eppa. Nous pouvons proposer une forme : altero-appa. Le premier élément « altero » peut être assimilé au comparatif latin « alter » s’employant au sens de : second de deux ; le second élément est -appa employé avec le sens de flot d’eau. Donc nous pouvons expliquer la forme altero-appa par eau secondaire, petit ruisseau. Autreppes est situé sur l’Oise qui reçoit en ce point un petit ruisseau venant du Nord. »
— Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955

Une monographie sur le village, rédigée en 1888 par M. Mancelin, instituteur, est consultable sur le site des Archives départementales de l’Aisne.

Pour aller plus loin

  • Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
  • Wikipedia — Autreppes
  • Axe vert de la Thiérache — randonnée sur l’ancienne voie ferrée Guise–Hirson