Présentation

Village de la châtellenie de Couvin, sur l’Eau Blanche à la lisière de la Fagne, Aublain est l’un des cinq noms qui lient cette châtellenie au Hainaut d’avant 1096 : il figure dans la dot d’Hadwige, sœur du roi de France, sous la forme Evam. Petit par la taille, il a donné à l’histoire de la Sambrie un de ses épisodes les plus vivants — la chevauchée nocturne d’Ouste d’Aublain contre les pillards français en 1433.

Étymologie

Le nom apparaît sous la forme Evam dans un diplôme du roi Philippe Ier (1061), confirmant les anciens biens de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Bormans glose : « Aublain, qui tient son nom d’Eau-blanche » — la rivière qui traverse le village. Le pouillé de 1558 porte Aublen, dans le doyenné de Chimay.

Géographie

Aublain est une section de la commune de Couvin (province de Namur), située dans la vallée de l’Eau Blanche entre Couvin au sud et Boussu-en-Fagne au nord. Le territoire s’étend sur les confins de Beaumont, à la limite de la Fagne et de la Calestienne, dans le parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Histoire

Des moines de Lobbes à la dot d’Hadwige

Les origines d’Aublain sont monastiques : le village fait partie des biens de l’abbaye de Lobbes, attestés dès 868. Vers 996, le roi Robert le Pieux cède à sa sœur Hadwige, épouse du comte de Hainaut Régnier IV, plusieurs terres sur la Meuse que les moines de Saint-Germain-des-Prés avaient échangées contre la seigneurie de Combles. Parmi elles, cinq localités : Couvin, Frasnes, Nismes, Evam et Bons — c’est-à-dire Aublain et Boussu-en-Fagne. En 1096, Baudouin II de Hainaut vend l’ensemble à l’évêque de Liège Otbert pour financer son départ en croisade : Aublain entre dans la châtellenie de Couvin, où il restera jusqu’à la Révolution.

La chevauchée d’Ouste d’Aublain (1433-1434)

Le 25 février 1433, jour des Cendres, 316 cavaliers français surgissent des forteresses voisines et pillent Couvin à l’heure du repas. Le bailli réunit en hâte quatre-vingts cavaliers parmi lesquels Ouste d’Aublain et Gérard de Tilly, « gentis et hardis compangnons du pays de Liège ». La troupe poursuit les pillards jour et nuit sur neuf lieues, franchit les limites de la principauté et les rejoint à Hannapes, dans le canton de Rumigny. Gérard de Tilly, qui parle français, pénètre de nuit dans la ville avec dix hommes, se fait passer pour un compagnon de la bande et repère les logements ennemis. Les Couvinois attaquent à quatre entrées à la fois aux cris de Notre-Dame à l’assaut !, mettant le feu aux maisons pour éclairer le combat. 96 soudarts sont tués, les prisonniers couvinois libérés, le butin récupéré.

L’année suivante, les raids reprennent depuis la forteresse de Bosenove, dont la garnison « jetait la ville de Couvin et le pays d’alentour dans de continuelles alarmes ». Le 1er juin 1434, Gilles de Floion sort de Couvin avec 120 cavaliers ; au retour, sa troupe est rattrapée et défaite. Ouste d’Aublain figure parmi les vingt morts laissés sur le champ de bataille. La forteresse de Bosenove ne sera prise et rasée par les milices liégeoises qu’en mai 1436, après un siège de six jours.

Les Sezeille et le château disparu

En 1434, la même année que la mort d’Ouste, la famille Sezeille acquiert le village. Elle y fait construire un château en 1518. L’édifice n’est plus conservé.

Patrimoine

Église paroissiale

L’église d’Aublain est attribuée à l’architecte Jean-Baptiste Chermanne (1704-1770), actif dans la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Le village conserve aussi une chapelle du XVIIe siècle, un moulin du XVIIIe siècle et des fermes dont les origines remontent au Moyen Âge.

Sources historiques

L’épisode d’Ouste d’Aublain est raconté en détail par Jean de Stavelot, chroniqueur contemporain des faits, et repris intégralement par Stanislas Bormans dans l’introduction du Cartulaire de la commune de Couvin (1875, p. XXII-XXVII). L’identification d’Evam avec Aublain repose sur le diplôme du roi Philippe Ier (1061), analysé par Duvivier (Recherches sur le Hainaut ancien, 1865, p. 400) et confirmé par Bormans (p. V). Le pouillé de 1558, cité par Hagemans (Histoire du pays de Chimay, 1866), porte Aublen dans le doyenné de Chimay. Le rattachement à l’abbaye de Lobbes est documenté par Roland (Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes, ASAN t. XIX). Le château des Sezeille et le patrimoine bâti sont décrits par Menne (Le grand guide de Wallonie et de Bruxelles, 2014, p. 296-297) et par le compte rendu Thiébaut du Patrimoine monumental de la Belgique (vol. 9, 1982).

Illustration photo 1959jph