Any-Martin-Rieux naît de la fusion, dans les premières années de la Révolution, de deux villages distincts : Any et Martin-Rieux. La commune s’étend au bord du Petit Gland, en Thiérache axonaise, dans un paysage d’herbages typique de la région.

Toponymie

Le nom d’Any est richement attesté dans les chartes médiévales : Aignie en 1123, Anie en 1192, Aegnies en 1155, Agniis en 1169, Ania en 1198, Aneya en 1242. En 1296, un acte mentionne la paroisse « de Anye et de Saint-Martin-Rieu », première trace de l’association des deux villages qui formeront la commune actuelle. Selon Morlet, le toponyme dérive d’Aniaca, formé sur un cognomen gallo-romain Ania, que l’on retrouve notamment dans une inscription de Turin. La forme attendue aurait dû être « Agny » plutôt qu’« Any », le n s’étant mouillé sous l’influence d’un yod — un phénomène qui rapproche Any d’homonymes comme Agny (Pas-de-Calais) ou Aigné (Sarthe).

Le village est par ailleurs cité dès le VIe siècle dans les Miracles de saint Thierry, ce qui en ferait, sous réserve de confirmation par une source complémentaire, l’une des mentions les plus anciennes de la Thiérache axonaise.

Histoire

La terre d’Any relevait dès le XIIe siècle des seigneurs de Rumigny, qui y firent édifier un château dont la fondation est traditionnellement datée de 1116. Une charte de 1216 évoque la fondation, par Nicolas de Rumigny, d’une chapelle Saint-Martin à l’intérieur de l’enceinte fortifiée. L’emprise des Rumigny sur Any est corroborée par un acte distinct : le même Nicolas de Rumigny fit don à l’abbaye de Foigny d’une ardoisière située à Any, ainsi que de propriétés à Wattigny.

Du château ne subsistent aujourd’hui qu’une motte féodale de plan circulaire bordée par le Petit Gland, des fossés et les vestiges d’un mur d’enceinte datés du XIVe siècle. En 1612, le site est décrit avec ses « fossés remplis » au milieu d’un étang ; en 1692, le corps de logis est dit « basti en bois de chêne » et ceint d’une muraille. La déclaration du 22 juin 1727, relative aux biens du domaine d’Any appartenant aux Guise, mentionne encore le « vieil chasteau renfermé de murailles, où le fermier fait sa demeure » ; la chapelle Saint-Martin est toujours desservie en 1729. Vendu comme bien national à la Révolution, le site devient au XIXe siècle une exploitation agricole, aujourd’hui à l’abandon.

L’église paroissiale Saint-Médard, dont les élévations remontent à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle, témoigne par sa nef à modillons sculptés et son portail à tiers point d’une parenté architecturale avec l’abbaye de Saint-Yved de Braine. Chœur et transept furent reconstruits au XVIIe siècle. Le clocher porte une surélévation de brique percée de meurtrières, ajoutée sans doute à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle : l’édifice appartient ainsi à la famille des églises fortifiées de Thiérache.

Le moulin d’Any, attesté dès le XVIe siècle sur le Petit Gland, est décrit en 1727 comme « basti en bois couvert d’ardoize ». Les bâtiments actuels, datés de 1828, ont abrité au début du XXe siècle un atelier de petit outillage employant une dizaine de personnes ; sa roue fut emportée par les troupes allemandes pendant la Première Guerre mondiale, avant l’arrêt définitif de l’activité. Non loin, un logis à étage carré portant un bas-relief armorié daté de 1666 évoque une demeure seigneuriale devenue ferme au XIXe siècle.

La commune a connu, entre 1870 et 1912, l’essor puis le déclin de la filature Gobert-Pasté, détruite par un incendie qui mit fin à son activité ; une laiterie industrielle lui succéda un temps. Situé sur un ancien chemin reliant Château-Porcien à Macquenoise via l’abbaye de Bonnefontaine, Any-Martin-Rieux occupait, dès l’époque gallo-romaine et médiévale, une position de passage secondaire dans le réseau routier de la Thiérache.

Sources

Morlet, dictionnaire toponymique ; Wikipédia (notice communale) ; Cassini (EHESS) ; Archives départementales de l’Aisne ; Inventaire général du patrimoine culturel, région Hauts-de-France (château IA02000613, église Saint-Médard IA02000513, écoles et mairie IA02000514, manoir IA02000607, moulin IA02000616) ; fonds de travail Terascia (personnages d’Hirson, corpus Foigny/Rumigny).