Présentation

Antheny est un petit village de la Thiérache ardennaise, à la lisière du canton de Signy-l’Abbaye. Cent habitants aujourd’hui, sur un territoire vallonné de mille hectares. Rien, à première vue, ne distingue ce village des autres communes du secteur de Rumigny. Mais il suffit de s’approcher de son église, ou de pousser jusqu’au hameau de Fontenelle, pour comprendre que cette tranquillité a été durement acquise.

Étymologie

La forme du nom n’est attestée avec certitude qu’à partir de 1793, sous la graphie « Antheny ». Aucune forme médiévale n’a pu être recoupée dans les sources consultées à ce jour ; l’étymologie du toponyme reste donc à établir.

Géographie

Le territoire communal s’étend sur 1014 hectares, entre 193 et 264 mètres d’altitude. Le hameau de Fontenelle, à l’écart du bourg, comptait encore 105 habitants à la fin du XIXe siècle. Antheny appartient aujourd’hui à la communauté de communes Ardennes Thiérache et adhère, depuis décembre 2011, à la charte du Parc naturel régional des Ardennes. Au XIXe siècle, la commune relevait du canton de Rumigny (Meyrac, 1900) ; elle dépend aujourd’hui du canton de Signy-l’Abbaye.

Histoire

Albert Meyrac situe déjà Antheny parmi les repaires fortifiés de la guerre de Cent Ans, quand les garnisons vivaient de rapines et que les Armagnacs — les « arminaux » de la légende ardennaise — guerroyaient contre les Bourguignons dans toute la région de Rocroi. C’est le premier éclairage sur un village dont l’histoire, pour les siècles suivants, ne cesse d’être une histoire de guerre.

La maison forte de Fontenelle porte la trace de ces guerres à elle seule. En 1559, elle est détruite par les hommes du comte de Saint-Pol, puis reconstruite. En 1589, nouveau ravage. Le village et son église connaissent ensuite trois passages espagnols successifs : 1638, 1643 — l’année de Rocroi — et 1653. Ces trois dates sont données par Ardennes Thiérache ; Meyrac confirme indépendamment 1643 pour le château.

Ce château avait alors pour seigneur le sire de Froidchapelle, gouverneur de Fumay. Meyrac le confirme dans son entrée consacrée à Bossus-lès-Rumigny : au lieu-dit la Tuerie, ce seigneur perd la vie en 1653 dans un combat sanglant — la même année que le dernier passage espagnol sur Antheny.

Une statistique de 1844, rédigée par l’abbé Geoffroy, curé du village, rapporte une tradition selon laquelle Antheny devrait son origine à une famille émigrée d’Italie à l’époque de Charles Martel, qui aurait bâti une motte sur le site et pris le nom de « la Motte d’Antheny ». Aucune source antérieure ne permet de confirmer ce récit, qui reste une légende locale.

Patrimoine

L’église Saint-Rémy porte la mémoire de ces destructions successives. Une première église romane est bâtie en 1198 ; elle est fortifiée dès le XIIIe siècle, puis ses défenses renforcées aux XVe et XVIe siècles. Elle est détruite avec le village lors d’un épisode antérieur, attribué par la tradition locale aux troupes d’un prince qui, faute d’avoir pu prendre une ville, se rattrapait sur les campagnes. Restaurée en 1689, à la charge des habitants et des décimateurs de la cure, elle voit son côté nord — où se trouvent les arcades romanes murées — renforcé, l’autre côté entièrement reconstruit ; deux fenêtres du clocher fortifié du XIIIe siècle sont bouchées. La voûte, elle, n’est refaite que deux siècles plus tard, après les nouveaux passages espagnols de 1638, 1643 et 1653.

Le village a conservé plusieurs maisons du XVIe siècle à mâchicoulis et créneaux — Hubert, cité par Meyrac, les mentionne déjà à son époque. Au hameau de Fontenelle subsiste la maison forte, entourée de douves, plusieurs fois ravagée puis reconstruite. Bâtie en pierre blanche, elle présente un front d’entrée à trois pavillons reliés par des bâtiments bas, d’une composition proche de celle du château de Touligny. La maçonnerie de moellons est renforcée de chaînes d’angle en besace ; seule une corniche denticulée, courant à la base des combles, en constitue le décor. L’édifice, aujourd’hui privé, n’est pas ouvert au public.

Sources

MEYRAC, Albert, Géographie illustrée des Ardennes, Charleville, E. Jolly, 1900 (cantons de Rumigny et de Rocroi, entrées Antheny et Bossus-lès-Rumigny).
Maison forte de Fontenelle, Ardennes Tourisme — ardennes.com/patrimoine-culturel/maison-forte-de-fontenelle.
Église Saint-Rémy — Antheny, Ardennes Thiérache — ardennes-thierache.com.
Cassini-EHESS, notice communale Antheny.
Décret n° 2011-1917 du 21 décembre 2011 (Parc naturel régional des Ardennes).
Illustration photo: Église Saint-Remy – Havang(nl)