Présentation
Anor est la commune la plus méridionale du département du Nord, frontalière à la fois de la Belgique et du département de l’Aisne. Située au cœur de l’Avesnois, dans la région naturelle de la Thiérache, elle culmine à 271 mètres au bois de Saint-Hubert — point le plus élevé du département du Nord. Son territoire, traversé par l’Oise et de nombreux ruisseaux, est parsemé d’étangs, de forêts et de bocages caractéristiques de la Fagne.
Étymologie
Le nom d’Anor est attesté dès le milieu du XIIe siècle sous plusieurs formes. L’étymologie précise n’est pas établie avec certitude ; les formes médiévales suggèrent une origine romane ou germanique ancienne.
Géographie
Le territoire d’Anor s’étend sur un plateau élevé et boisé, à la frontière franco-belge. Il est traversé par la ligne de partage des eaux entre les bassins Artois-Picardie et Seine-Normandie. L’Oise prend sa source en Belgique à 309 mètres d’altitude et traverse la commune, recevant sur sa rive droite le ruisseau des Anorelles et le ruisseau Robin. Le ruisseau d’Anor, long de 16 kilomètres, prend également sa source sur le territoire communal.
Six étangs complètent ce réseau hydrographique exceptionnel : la Galoperie (6,6 ha), la Lobiette (11,8 ha au total), le Milourd (3,8 ha), la Neuve-Forge (8,9 ha), le Pas-Bayard et l’étang du Village. Ces plans d’eau, alimentés par l’Oise et ses affluents, sont réputés pour la pêche et la richesse de leur faune.
Le site Natura 2000 « Forêts, bois, étangs et bocage herbager de la Fagne et du plateau d’Anor » (1 709 hectares) couvre une partie du territoire communal.
Histoire
Des Nerviens aux seigneurs d’Avesnes
Deux siècles avant notre ère, les Nerviens s’établissent dans la partie nord de la Gaule entre la Meuse et l’Escaut. Leur défaite en 54 avant J.-C. sur les bords de la Sambre marque l’intégration de la région dans l’Empire romain. Les anciennes carrières d’arkose exploitées par les Romains à Anor attestent de cette présence.
Au XIIe siècle, le seigneur d’Avesnes — Nicolas d’Avesnes — fait construire une forteresse à Anor et lui octroie une charte. Les habitants bénéficient alors de privilèges remarquables : exemption de dîmes, droit d’élire leur curé et leur vicaire. Ces avantages seront conservés jusqu’en 1793.
Les guerres franco-espagnoles (XVIe–XVIIe siècle)
Situé aux confins du Hainaut sous domination espagnole, Anor est au cœur des conflits entre la France et l’Espagne pendant plus d’un siècle. Trois places fortes se disputent le territoire : le château-fort d’Anor près du grand étang, la Lobiette au bord de l’Oise, et la Neuve-Forge sur une île.
Dès 1552, Henri II et Charles Quint se disputent le village. Les Français s’en emparent en 1552, les Espagnols le reprennent en 1553, les Français reviennent en 1554. La guerre fait rage dans toute la Thiérache jusqu’à la paix de Vervins. En 1590, des protestants massacrent des ligueurs au lieu-dit la Tuerie, entre Mondrepuis et Fourmies — le toponyme Fontaine Al’Tuerie en conserve la mémoire.
Henri IV s’empare du château d’Anor en 1594. Turenne prend le château de la Lobiette en 1637, place forte bâtie sur l’Oise à proximité de Macquenoise. Entre 1640 et 1652, toutes les fortifications sont rasées pour empêcher le retour des Espagnols. Le traité de Nimègue de 1678 rattache définitivement Anor à la France.
L’essor industriel : forges et verreries (XVIIe–XIXe siècle)
Le XVIIIe siècle marque le début d’une ère nouvelle. Dès 1564, Jean Galopin avait creusé l’étang qui portera son nom — la Galoperie — pour les besoins d’une forge. En 1680, Josué II de Hennezel fonde la Vieille Verrerie, qui cessera ses activités en 1820 et demeure aujourd’hui la plus ancienne bâtisse d’Anor. Deux autres verreries suivront : la Verrerie Blanche (flacons pour le parfumeur britannique John Grossmith) et la Verrerie Noire (bouteilles pour de célèbres champagnes).
En 1902, la famille Poitte fonde les Aciéries et Forges d’Anor, qui deviendront l’un des fleurons industriels de la région.
L’étang du Pas-Bayard
L’étang du Pas-Bayard tient son nom du célèbre cheval de la légende des quatre fils Aymond, qui aurait franchi l’Oise en ce lieu — laissant, dit-on, la marque de ses sabots dans la terre argileuse.
Dès 1599, Jean Le Molnier y établit une petite industrie du fer. Sous Colbert, Antoine Cattreux, maître de forges venu de Lyon, fait ériger un barrage sur l’Oise et installe une roue à aubes alimentant tout un ensemble métallurgique. En 1689, des coureurs austro-espagnols incendient l’usine et détruisent le matériel ; le site restera abandonné près d’un siècle.
La famille Bourgeois relance l’activité en 1793. En 1814, François Despret, maire de Chimay, obtient l’agrandissement de l’établissement : clouterie, platinerie, laminoirs, fonderie et fabrique de fer-blanc s’y installent. L’usine change plusieurs fois de mains au XIXe siècle avant d’être rachetée en 1894 par les fonderies de Saint-Michel. Elle ferme définitivement en 1938. Aujourd’hui, l’étang du Pas-Bayard est un lieu de pêche et de promenade apprécié.
Patrimoine
Les oratoires — un record national
Anor compte près d’une soixantaine d’oratoires sur son territoire, ce qui en fait la commune possédant le plus grand nombre d’oratoires de France.
Église Saint-Nicolas
L’église Saint-Nicolas a été reconstruite en 1932. Sa façade conserve des éléments du XVIIIe siècle.
Chapelle Saint-Gorgon
Datant de 1723, la chapelle Saint-Gorgon a été épargnée par la Révolution — un fait qualifié de miraculeux par la tradition locale. Elle accueille chaque année un pèlerinage en septembre.
La Vieille Verrerie
Fondée en 1680 par Josué II de Hennezel, la Vieille Verrerie est la plus ancienne bâtisse subsistante d’Anor. Elle a fonctionné jusqu’en 1820.
La fontaine à l’argent
Au XIXe siècle, on découvrit en ce lieu une quantité importante de pièces de monnaie romaines, témoignage supplémentaire de la présence antique sur le territoire d’Anor.
Vestiges romains et médiévaux
Les anciennes carrières d’arkose exploitées par les Romains sont visibles sur le territoire communal. Des vestiges d’une ancienne voie reliant les camps romains d’Avesnelles et de Macquenoise ont également été repérés.
Personnalités liées à la commune
Albert Victoire Despret (1745–1825), général français.
Aimé Bonna (1855–1930), ingénieur et industriel, chevalier de la Légion d’honneur.
Fernand-Jean-Joseph Thiry (1884–1930), missionnaire des Missions Étrangères de Paris au Japon, premier évêque du diocèse de Fukuoka.
Arthur Musmeaux (1888–1981), homme politique français.
Albert Barthélémy (1906–1988), coureur cycliste professionnel, vainqueur de Paris-Bruxelles 1933, participant à trois Tours de France.
Jacques Ménager (1912–1998), archevêque de Reims.
Héraldique
Les armes d’Anor se blasonnent ainsi : « De sinople, semé de billettes d’or, au lion du même brochant sur le tout. »