La Bouteille – 02140

Présentation

La Bouteille est un village de l’ancienne Thiérache, bâti à la source d’un ruisseau affluent du Vilpion, à 5 kilomètres de Vervins. Sa fondation est précisément datée : vers 1540, une fabrique de bouteilles s’y établit, attira une population nombreuse, et l’on y construisit aussitôt une église fortifiée en grès consacrée en 1547. Le village abrite également les vestiges de l’abbaye cistercienne de Foigny, fondée en 1121. Sa patronne est la Vierge.

Étymologie

Le nom de La Bouteille dérive directement de la fabrique de bouteilles établie vers 1540 — cas rare et précieux d’un village dont le nom reflète exactement son activité industrielle fondatrice. Morlet donne pour le hameau de Foigny (dépendance de La Bouteille) une étymologie latine : Fusciniacum, formé sur le gentilice Fuscinius, attesté dans une inscription de Nîmes (CIL XII 3499 : M. Fuscius Nedymus).

Histoire

Une fondation industrielle (v. 1540)

Avant 1540, il n’existait en cet endroit que quelques maisons dépendant de Foigny. L’installation d’une fabrique de bouteilles vers cette date attire rapidement une nombreuse population. Le terroir du nouveau village est formé par des démembrements de ceux de Foigny, Landouzy-la-Cour et Aubenton-la-Cour. En 1547, une église en grès est construite — consacrée la même année, érigée en cure en 1556 ou 1592 selon les sources. Au XVIIe siècle, la seigneurie de La Bouteille appartient au roi, qui la vend en 1608 à Foigny avec ses dépendances.

L’abbaye de Foigny — un moteur médiéval

Le hameau de Foigny, dépendance de La Bouteille, fut le siège d’une des grandes abbayes cisterciennes de Thiérache, fondée en 1121 par saint Bernard de Clairvaux. À son apogée, elle comptait cent moines et deux cents frères convers exploitant douze mille hectares, moteur essentiel du défrichement thiérachien. Il ne reste aujourd’hui qu’une chapelle du XIXe siècle érigée sur le chœur de l’ancienne abbatiale, et un moulin du XIIe siècle toujours actif jusqu’en 2000.

Abbayes et collégiales en Avesnois-Thiérache

Aubenton-la-Cour — un village disparu

La ferme d’Aubenton-la-Cour (Albentum villa, 1107) connut une histoire tragique : ancien village florissant pendant trois siècles, il fut progressivement ruiné par les guerres civiles des XVe–XVIe siècles. La construction des fortifications de La Capelle en 1543 acheva sa ruine — ses maisons et son église furent démolies pour fournir des pierres aux travaux. La ferme restante fut brûlée en 1552 par la reine de Hongrie, reconstruite, puis à nouveau détruite en 1582. Elle fut rétablie en 1634.

Patrimoine

Église fortifiée Notre-Dame (1547) — construite d’un seul jet

L’église Notre-Dame, en grès, fut érigée en 1547 — construite d’un seul jet, ce qui lui confère une remarquable cohérence architecturale. Elle est munie de quatre tourelles d’angle circulaires. Son clocher fut construit pour l’échange de signaux avec les tours des villages voisins. Trois fontaines sont présentes dans le bourg, dont une fontaine des fièvres.

Ferme fortifiée de la Cense d’Aubenton (XVIe–XVIIe siècles)

La cense d’Aubenton, datant du XVIe siècle et reconstruite au XVIIe, est une des rares fermes fortifiées de Thiérache encore visible.

Menhir de la Haute-Bonde

Le hameau de la Haute-Bonde tire son nom d’une haute borne anciennement plantée pour marquer la limite des terroirs — probablement un menhir réemployé comme borne seigneuriale.

Vestiges de l’abbaye de Foigny

Une chapelle du XIXe siècle marque l’emplacement de l’ancienne abbatiale. Le moulin de Foigny, dont la partie la plus ancienne date du XIIe siècle, n’a cessé son activité qu’en 2000 ; depuis 1982, la rivière Thon y produit de l’hydroélectricité.

Pour aller plus loin