Franqueville 02140
Présentation
Franqueville est un village de l’ancienne Thiérache dont l’histoire est inscrite dans son nom même — une ville affranchie au XIIe siècle. Primitif domaine gallo-romain, devenu ville franche médiévale, siège d’un château-fort, d’un hôpital et d’une léproserie, actif centre de papeterie au XVIIIe siècle, il possède une église fortifiée dont le clocher servait de refuge défensif. Son patron est saint Jean-Baptiste.
Étymologie
Marie-Thérèse Morlet révèle une double étymologie remarquable. Primitiement, Franqueville était un domaine gallo-romain nommé Loleniacum. Au Moyen Âge, lorsque certaines exemptions ou franchises furent accordées à la commune, ce nom latin fut abandonné et retraduit en Franca villa — la ville franche. C’est l’un des rares cas documentés où un toponyme gallo-romain est délibérément remplacé par un nom médiéval exprimant un statut juridique nouveau.
Histoire
L’affranchissement médiéval
Le nom moderne de Franqueville vient de ce que les habitants en furent affranchis dans le courant du XIIe siècle. Aux termes de la charte de Juvigny, les habitants de ce dernier endroit étaient tenus d’aller plaider à Franqueville — signe que la commune exerçait une juridiction sur les villages voisins.
Jean de Luxembourg s’empare du fort (1423)
On voyait jadis à Franqueville un fort dont Jean de Luxembourg se rendit maître en 1423 — épisode de la guerre de Cent Ans dans lequel les forces anglo-bourguignonnes contrôlaient la région.
Le pillage du prince de Condé (1651)
En 1651, lors de la Fronde, le village est pillé par les troupes du prince de Condé. La seigneurie de Franqueville, qui dépendait du comté de Marle, avait été aliénée en 1602 par les commissaires du roi Henri IV.
Les papeteries du XVIIIe siècle
Les cours d’eau de Franqueville permirent l’installation de papeteries. La première fut construite sur le Rieux Bouvard en 1753 par Jean-Nicolas Loison. Une seconde est établie en 1780 par Charles-Antoine Plat — seize maillets, cinq ouvriers, 10 000 kg de papier par an. En 1780 existait également une fabrique de cartons. La monographie communale de 1880 mentionne deux moulins à blé et une briqueterie.
Hôpital et léproserie
Franqueville possédait un petit hôpital et une léproserie (maladrerie), dont les revenus s’élevaient encore en 1648 à 800 livres pour le premier et 200 livres pour la seconde.
Patrimoine
Église fortifiée Saint-Jean-Baptiste
L’église Saint-Jean-Baptiste est une église fortifiée de Thiérache au dispositif défensif original. À l’ancienne église en pierre (nef et clocher roman) ont été ajoutés un chœur et un transept en briques avec soubassement en grès et meurtrières. Il n’y a pas de donjon ni de tourelle — c’est le clocher lui-même qui servait de refuge défensif, dans la tradition des fortifications de la guerre franco-espagnole (1635–1659).
Sources historiques
« Primitivement, Franqueville était un domaine gallo-romain Loleniacum. Au Moyen Age, lorsque certaines exemptions ou franchises furent accordées aux communes, Loleniacus changea d’appellation et fut retraduit : Franca villa : ville franche. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
Pour aller plus loin
- Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
- Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
- Bénédicte Doyen — Châteaux, abbayes et peuplement en Thiérache, Revue archéologique de Picardie, 2000
- Terascia.com — Franqueville : l’Histoire
- Wikipedia — Franqueville (Aisne)
- Archives départementales de l’Aisne — monographie communale (1880)