Présentation

Étréaupont est un bourg de l’ancienne Thiérache, attesté dès 877, situé sur la grande voie romaine Reims–Bavay dont son nom porte directement la trace. Carrefour historique et lieu de passage, il possède des vestiges gallo-romains, un cimetière mérovingien, les restes de deux châteaux forts et le souvenir de l’abbaye de Foigny. Son patron est saint Martin.

Étymologie

Marie-Thérèse Morlet établit qu’Étréaupont dérive du latin strata (via) — la voie pavée de pierres. Les grandes voies romaines portaient ce nom de strata qui a donné en langue d’oïl le mot Estrée. Étréaupont répond à un stratone (suffixe -one) si l’on considère les formes les plus anciennes. Le bourg est effectivement situé sur la voie romaine Reims–Bavay, dite Chaussée Brunehaut.

Morlet analyse également le hameau voisin de Froidestrées : il représente un Fracta Strata — la voie brisée ou déviée. En cet endroit précis, la voie romaine, remarquable par sa rectitude, présente une légère déviation. La forme frigida (froide) serait une attraction paronymique médiévale substituée à fracta (brisée).

Géographie

Étréaupont est traversé par le Thon, affluent de l’Oise. Le territoire, très vallonné et verdoyant, est traversé par la voie romaine Reims–Bavay. Le hameau du Mont d’Origny offre un très beau panorama. L’ancienne voie ferrée Hirson–Guise (supprimée en 1967) est aujourd’hui reconvertie en axe vert de la Thiérache, chemin de randonnée.

Histoire

Des origines romaines et mérovingiennes

Des traces de voie romaine, des vestiges gallo-romains et un cimetière mérovingien attestent l’ancienneté de l’occupation humaine sur ce site de passage. La source dite source du bois est qualifiée de millénaire par les habitants.

La double seigneurie — Coucy et Guise

Rattaché au domaine royal, le bourg est cédé en 877 par Charles le Chauve à l’abbaye Saint-Corneille de Compiègne. Il passe ensuite aux sires de Coucy, puis à ceux de Rozoy. En 1243, Gautier, comte d’Avesnes, est autorisé à ériger un second château sur des terres de l’abbaye Saint-Denis — contre l’avis des sires de Coucy. Cette double implantation engendre des conflits de voisinage qui persistent jusqu’en 1294, malgré la médiation royale. Il en subsiste d’un côté des fossés rectangulaires et de l’autre les vestiges d’une motte féodale.

En 1205, Enguerrand, sire de Coucy, donne la forêt d’Estraon à l’abbaye de Saint-Corneille de Compiègne pour racheter son âme, avec le droit de la défricher. Il n’en reste rien.

Les incendies du XVIe et XVIIe siècles

Le bourg est incendié en 1521 par le comte de Nassau et en 1650 par les Espagnols.

L’abbaye de Foigny

L’abbaye cistercienne de Foigny, fondée vers 1121, se trouve sur le territoire d’Étréaupont. Elle fut ruinée par les Anglais au XVe siècle, brûlée par les Impériaux en 1543 et par les Espagnols en 1653. Il n’en reste aujourd’hui que quelques pierres enfouies dans une luxuriante végétation. L’église Saint-Martin d’Étréaupont a récupéré le portail de l’abbaye de Foigny.

Le camion SS et les archives du massacre d’Ascq (1944)

Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1944, alors que la 12e Panzerdivision SS Hitlerjugend repasse dans le Nord, l’un de ses camions culbute dans le Thon à Étréaupont. Ce camion contenait tous les rapports des gradés responsables du massacre d’Ascq — documents qui serviront au procès des coupables.

Patrimoine

Église Saint-Martin

L’église Saint-Martin conserve le portail de l’abbaye de Foigny, récupéré après la destruction de celle-ci. Elle abrite un vitrail représentant l’Adoration des Mages et une statue de saint Martin sur sa façade.

Vestiges médiévaux

Une motte féodale et des fossés rectangulaires subsistent des deux châteaux forts médiévaux. Le site de l’abbaye de Foigny mérite la visite — en forêt, quelques pierres émergent d’une végétation dense.

Croix de chemin

Une croix de chemin dont le socle circulaire en pierre bleue (1867) porte une croix de bois ornée d’un Christ en fonte, modèle créé par Bouchardon.

Sources historiques

« Les grandes voies pavées à la fin de l’Empire portaient le nom de « strata (via strata lapide) : voie couverte de pierres ». Ces voies ont laissé leur nom aux localités qui se sont édifiées le long de la voie. Étréaupont répond à un « stratone » si l’on considère les formes les plus anciennes. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955

Pour aller plus loin

  • Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
  • Wikipedia — Étréaupont