Eparcy est un petit village bâti sur la rive gauche du Thon, aux confins orientaux de la Thiérache axonaise. Sous l’Ancien Régime, il relevait de la généralité et de l’intendance de Soissons, du bailliage, de l’élection et du diocèse de Laon ; il appartient aujourd’hui au canton d’Hirson.

Toponymie

Le nom apparaît dès 1130 sous la forme Esparciacus ou Spartium, puis Esparsi en 1142 et Tènement d’Esparsy au XIIe siècle. Deux hypothèses de filiation coexistent : un dérivé du gentilice gallo-romain Spartius, ou une formation sur l’adjectif latin sparsus (« épars, disséminé »), qui décrirait un habitat dispersé.

Histoire

Au début du XIIe siècle, le territoire d’Eparcy était tenu en casement de l’évêché de Laon par les seigneurs de Rozoy. L’un d’eux, Clérembauld de Rozoy, entré en conflit avec l’église de Tournai, dut acheter son absolution en 1131 en abandonnant à cette maison religieuse le terroir d’Eparcy, assorti de franchises accordées aux habitants (usage de la forêt, pâturage des porcs, droit de prendre du bois). L’évêque de Laon, Barthélemy, confirma cette donation par charte. Clérembauld avait toutefois conservé ses droits d’avouerie, source d’une nouvelle discorde avec les moines : il dut, en 1142, se réconcilier une seconde fois et abandonner sans réserve tous ses droits.

Cinq ans plus tard, vers 1147, les moines de Saint-Martin de Tournai cédèrent à leur tour Eparcy à l’abbaye de Foigny, qui conserva le domaine jusqu’à la Révolution. Les moines y bâtirent une grande ferme et, sur un étang alimentant le site, une forge dont les produits se vendaient dans toutes les villes du Nord ; un bail de 1574 en détaille les dépendances (fourneau, prés, terres, maisons, jardins, seize arpents de bois). En 1444, l’abbé de Foigny Jean Deprez, mené par une vie mondaine, donna la ferme d’Eparcy en bénéfice à son cellerier Jean de Cury — épisode isolé qui mériterait confirmation par une seconde source avant d’être tenu pour définitivement établi.

Un moulin à eau sur le Thon, également fondé par les moines de Foigny (XIe siècle), fut reconstruit dans son état actuel en 1705. Équipé d’une dynamo en 1905, il produisit de l’électricité en autoconsommation jusqu’en 1965 ; l’armée allemande l’utilisa durant les deux guerres mondiales pour moudre sa farine et pour éclairer un carrefour stratégique. Le dernier meunier, M. Noé, mourut en 1962.

L’église paroissiale, dédiée à saint Martin, fut ruinée en 1480 et rebâtie six ans plus tard, en 1486 ; sa partie ancienne intègre les vestiges d’un petit fort établi au bord du Thon aux XVe-XVIe siècles. La vallée du Thon, seule zone calcaire de toute la Thiérache centrale, explique la présence à Eparcy d’un four à chaux, tandis que le reste du territoire ne connaît que la brique ou le schiste.

Sources

Matton, notice toponymique (cartulaire de Foigny) ; Morlet, dictionnaire toponymique ; charte de donation d’Eparcy, 1130 (in Matton) ; fonds de travail Terascia (personnages de Foigny/Hirson ; inventaire des carrières de Thiérache, Hallart 2008) ; Wikipédia (notice communale et église Saint-Martin) ; FFAM Moulins de France.