Présentation

Rumigny, commune de la Thiérache ardennaise, s’étage sur le penchant d’une colline que baigne la rivière l’Aube, à six kilomètres au sud-est d’Aubenton. Le bourg fut, tout au long du Moyen Âge, le chef-lieu d’une baronnie considérable qui donna son nom aux puissants seigneurs de Rumigny-Florennes, alliés et rivaux des plus grandes maisons de la Lotharingie. Rumigny est aussi la ville natale de l’astronome Nicolas-Louis de Lacaille.

Étymologie

Roland donne les formes latines Ruminiacum, Ruminium, Rumigniacum, Rumianeyum, Ruminies — la terre de Ruminius, domaine gallo-romain. Des attestations médiévales datées complètent : Romigni (1243), Rumegny (1249), Rumingni (1253). Le surnom de « Rumigny-en-Thiérache » lui vient de sa position dans l’ancienne région forestière.

Géographie

Le bourg occupe le versant d’une colline auprès de laquelle coule l’Aube, affluent du Thon, à la limite du bassin de l’Oise et de celui de la Meuse. Le sous-sol, en partie jurassique et en partie crétacé, offrait des carrières de pierre de taille dans les calcaires blancs de la grande oolithe, du grès vert et de la pierre à chaux. Avant la Révolution, Rumigny était le siège d’une gruerie et d’un bailliage distinct de celui de Guise.

Histoire

Une seigneurie de fondation immémoriale

La légende locale disait ne pouvoir remonter à l’origine du bourg. La paroisse Saint-Sulpice était déjà célèbre au VIIIe siècle, lorsque saint Rigobert en consacra le maître-autel. Un seigneur de Rumigny, Eilbert, est mentionné dans un acte dès 920. D’après une charte de 1098, la baronnie s’étendait au nord jusqu’à la châtellenie de Couvin. À la seigneurie était attachée l’avouerie de la terre des Potées, dix-sept villages appartenant au chapitre métropolitain de Reims. Un prieuré de bénédictins fut fondé en 1112 par l’archevêque Raoul le Vert.

Les seigneurs de Rumigny-Florennes

Vers 973, Egbert de Vermandois, duc de Thiérache, épousa en secondes noces la veuve du seigneur de Rumigny, dont les deux fils, Godefroy et Arnoul, reçurent la terre de Florennes : c’est l’origine de la maison de Rumigny-Florennes, qui devait compter parmi les plus puissants lignages de la Lotharingie. Nicolas IV se couvrit de gloire à la bataille de Noville-sur-Mehaigne en 1194. Un autre Nicolas fonda vers 1152 l’abbaye de Bonnefontaine et fit construire le canal de Signy. En 1270, la seigneurie passa dans la maison de Lorraine par le mariage d’Isabelle de Rumigny-Florennes avec Thibaut II, fils de Ferry, duc de Lorraine. Elle échut ensuite, par la branche de Vaudémont, à Claude de Guise, dont le duché comprenait la baronnie de Rumigny. En 1688, elle passa à Henri-Jules de Bourbon-Condé.

Une baronnie exposée aux guerres

Terre frontière, Rumigny fut à plusieurs reprises incendiée et saccagée : en 1340, par le comte de Hainaut ; pendant la guerre de Cent Ans, par les Bourguignons. En 1591, le bourg figurait encore parmi les villages « tellement destruits » qu’ils ne portaient plus le trentième de leurs charges. En 1635, des bandes espagnoles brûlèrent une partie du bourg ; les archives antérieures à cette date y périrent toutes. C’est à Rumigny, le 17 mai 1643, que le duc d’Enghien tint le conseil de guerre où fut décidée la bataille de Rocroi, en présence du maréchal de L’Hôpital, d’Espenan, de La Ferté-Senneterre, de Gassion, de La Vallière, de La Barre, de Sirot et de Persan. L’armée française campait entre Bossus-lès-Rumigny et le bourg. Les ravages se poursuivirent — Erlach en 1648, Sfondrato en 1650 — jusqu’à la paix des Pyrénées de 1659.

Patrimoine

L’église Saint-Sulpice

L’église paroissiale s’élève sur une motte, au milieu du cimetière. Bâtie en briques et en pierres de taille, elle a la forme d’une croix latine. Le chœur, reconstruit en 1321 puis en 1549, porte sur un pendentif les armes de Frédéric de Lorraine. La nef fut reconstruite en 1687. Un clocher très élevé, ajouté en 1549, fut détruit vers 1750 par un cyclone et remplacé par une tour plus basse. On y remarque des fonts baptismaux du XIIe siècle, en pierre de Givet, ornés d’animaux et de figures humaines. Une seconde église, le prieuré Saint-Pierre, existait en contrebas du bourg ; elle fut démolie après 1792.

Le château de la Cour des Prés

Maison forte construite en 1549 au bord de l’Aube par Louis Martin, maître de forges à Signy-le-Petit, elle possédait fossés, pont-levis et donjon. Manceau rapporte que François Ier, lors de sa tournée de 1546, aurait encouragé cette construction face au Saint-Empire. Acquise en 1789 par Jean-Baptiste Piette, futur conventionnel, elle fut transformée en demeure résidentielle. Selon Lépine, c’est là que le duc d’Enghien aurait dormi à la veille de Rocroi — Meyrac situe le conseil de guerre au vieux château seigneurial.

Le château disparu

Élevé sur le roc à l’extrémité du village, flanqué d’une grosse tour et de fortifications attribuées à Godefroy de Rumigny vers 980, le château seigneurial était vers 1216 l’un des plus importants de la région. Passé aux Condé en 1688, vendu comme bien national après 1793, il fut démantelé : Meyrac n’en signalait plus en 1900 que quelques pans de murailles et des traces de fossés.

La chapelle de la Houssaie

Meyrac signalait en 1900, à l’écart de la Houssaie, une petite chapelle de bois où l’on vénérait une statue de la Vierge réputée impossible à déplacer. Vendue comme bien national puis exploitée comme lieu de pèlerinage, elle fut ensuite interdite par l’archevêché ; les contrebandiers de la frontière proche continuaient, disait-on, d’y venir déposer une offrande.

Personnalités

Gérard de Cambrai (vers 975-1051), second fils d’Arnoul de Rumigny, devint évêque de Cambrai et promut, avec Adalbéron de Laon, la théorie des trois ordres de la société médiévale. Nicolas-Louis de Lacaille (1713-1762), astronome, cartographia le ciel austral depuis le cap de Bonne-Espérance et donna leur nom à quatorze constellations. Jean-Baptiste Piette (1747-1818), maire de Rumigny et conventionnel, propriétaire de la Cour des Prés. Son petit-fils Édouard Piette (1827-1906), préhistorien, mena les fouilles de la sépulture néolithique des Esterbiers sur le territoire de la commune.

Sources historiques

Chanoine C.-G. Roland, Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891 — Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900 — Pierre Vassal, « Rumigny », Revue historique ardennaise, X, 1975, p. 220-227 — Henri Manceau, « Le Château de la Cour des Prés », L’Automobiliste ardennais, n° 98.

Illustration photo Havang(nl)