Présentation

Prez, village de la Thiérache ardennaise situé à 13 kilomètres à l’est d’Aubenton, devenu commune composite avec La Cerleau, se signale par son église fortifiée Saint-Martin et par la ferme du Maipas, ancienne maison forte inscrite au titre des monuments historiques.

Géographie

Le territoire de Prez, d’environ 341 hectares, relevait de la coutume de Reims et comptait des carrières de pierres de taille.

Histoire

Prez compte parmi les dix-sept villages de l’avouerie des Potées, terre du chapitre métropolitain de Reims placée sous la protection de la baronnie de Rumigny. Le village est par ailleurs fort ancien, mentionné dans le privilège du pape Pascal II confirmant la possession des biens appartenant à l’église Saint-Nicaise de Reims — filiation ecclésiastique distincte de son rattachement à la terre des Potées. Il aurait ensuite été donné au chapitre de la cathédrale de Reims par l’archevêque Albéric de Humbert, entre 1206 et 1218. Son écart d’Andigny fut jadis une paroisse à part entière.

Patrimoine

Église fortifiée Saint-Martin

La nef et la partie inférieure du chœur remonteraient à l’époque romane, comme le suggèrent quelques vestiges de baies mutilées sur les flancs de la nef et une baie obturée sur l’abside. Le chœur fut surélevé à la fin du XVe siècle. Le massif occidental, plus large que la nef, daterait de 1695 — millésime que portait autrefois son portail, aujourd’hui disparu — et comportait à l’origine un rez-de-chaussée voûté surmonté de deux étages percés d’ouvertures de tir, encore visibles à l’intérieur ; une tourelle d’escalier fortifiée y fut ajoutée par la suite. Au chœur, deux autres ouvertures de tir furent aménagées dans les combles, avec une cheminée encadrée de deux arquebusières tirant vers ceux de la nef. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, deux chapelles furent élevées de part et d’autre de la nef, dont les voûtes furent unifiées sur le modèle de celles du chœur, tandis que le rez-de-chaussée du massif occidental était remanié.

Ferme du Maipas

Le fief du Maipas appartenait, à la fin du XVIe siècle, à la famille Brodart : Nicolas Brodart, maître de forges, en était alors le seigneur. La maison forte actuelle, construite au tout début du XVIIe siècle sous le règne de Louis XIII, serait l’œuvre de Charles de Douglas, seigneur écossais d’Arrancy, qui épousa l’héritière des Brodart et s’installa au Maipas. Son fils, Charles Archanbault de Douglas, vendit ensuite le domaine à la famille Piermez, puis il passa à Claude de Saint-Yves, garde général des poudres et salpêtres, avant d’échoir, au XIXe siècle, au baron Jacques-Louis Hulot. Inscrite au titre des monuments historiques en 1926, la maison forte présente un logis classique flanqué de quatre pavillons carrés à toit en losange, à la manière de bastions, sous un imposant toit à forte pente. Des vestiges de fossés et d’anciennes fenêtres barricadées rappellent sa vocation défensive d’origine. L’édifice perdit assez vite sa fonction de logis pour devenir le siège d’une exploitation agricole, ce qui lui valut d’être épargné par les conflits ultérieurs tout en conservant son intégrité architecturale.

Sources historiques

Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900 — Philippe Seydoux, Gentilhommières et maisons fortes en Champagne : Marne et Ardennes, t. 1, 1980 — base Mérimée, notice PA00078482 — Inventaire général du patrimoine culturel, région Grand Est, dossier IA08001583.

Illustration photo Havang(nl)