Présentation
Girondelle est un village de 166 habitants, dans la Thiérache ardennaise, entre Maubert-Fontaine et Foulzy. Longtemps simple écart de Foulzy, le village dut son importance à son château, siège d’une châtellenie qui s’étendait, entre 1230 et 1400, sur une douzaine de villages du secteur — de Signy-le-Petit à L’Échelle, de Champlin à Brognon. Cette position de carrefour féodal en fit aussi une cible constante : pillé en 1357, incendié en 1586, occupé par Condé, repris par Turenne, le château de Girondelle finit rasé au milieu du XVIIe siècle.
Géographie
Le territoire communal couvre 523 hectares. Le village relevait de la coutume de Vitry. Meyrac y recense les écarts du Château — aujourd’hui disparu —, du Bois de la Croilette, de Wagny-haut et Wagny-bas — ce dernier étant encore, en 1900, un écart de Foulzy rattaché à l’entrée de Girondelle — et du Pont.
Histoire
La châtellenie de Girondelle
Nicolas IV de Rumigny reconnaît avoir « fait des entreprises sur le ban, la justice et le moulin de Girondelle » ; une sentence arbitrale décide que le chapitre de Reims doit posséder, avec lui, la moitié de tous les revenus du village. Entre 1230 et 1400, la châtellenie de Girondelle englobe Foulzy, Estrebay, Éteignières, Champlin, Antheny, une partie d’Auge, puis s’étend à Aouste, Auvillers, Brognon, le Châtelet, Rimogne, L’Échelle et Signy-le-Petit. C’est à Rimogne qu’étaient portés les appels. Vers la fin du XVe siècle, la seigneurie passe aux châtelains d’Escanevelle, puis à ceux de Château-Regnault.
Destructions successives
En 1357, Girondelle et L’Échelle sont pillées et brûlées : les habitants n’osent « asseurément demeurer ni coucher » qu’à l’abri des forts. En 1437, une clause de la trêve de Vervins ordonne la destruction du château, récemment livré aux Anglais par un d’Escanevelle et défendu par le capitaine La Hire ; trois enceintes de fossés, alimentés par la fontaine de Feuillet de Fontenelle, entouraient alors la forteresse. En 1552, un épisode rapporté par le fonds Gourjault voit Bordillon informer le connétable de Montmorency de la défaite des bandes du capitaine de Villiers dans le secteur. En 1586, les calvinistes de Sedan saccagent et incendient le village.
Condé et Turenne — un dossier ouvert
Pendant la Fronde, Condé, passé du côté espagnol, s’empare du château de Girondelle comme de celui d’Auvillers. Turenne reprend ensuite les deux forteresses et les fait raser. Les sources divergent cependant sur la date exacte : Dom Noël situe la reprise en septembre 1654, l’abbé Hérisson la date du 5 novembre 1654, tandis que la notice de Girondelle chez Meyrac propose une chronologie confuse plaçant l’événement dès 1637 — version incompatible avec les deux premières et avec la chronologie connue de la Fronde. L’écart entre ces trois témoignages n’est pas résolu à ce jour.
En 1648, les habitants de Girondelle adressent une lettre de plainte au sujet des corvées qui leur sont imposées. La même année, Champlin, village voisin, est pillé et brûlé par les Espagnols. Deux lettres de Fabert conservées dans le fonds Gourjault attestent l’attention que le gouverneur de Sedan portait à ce secteur. En 1787, le vicomte de Flavigny, lieutenant-général des armées, achète la seigneurie de Girondelle à Clermont d’Amboise pour 172 000 francs ; il émigre ensuite, et ses biens sont séquestrés puis vendus.
Patrimoine
Église Saint-Rémi
L’église Saint-Rémi conserve, dans une petite baie en plein-cintre du mur sud du chœur, la trace d’un édifice du XIIe siècle — contemporain de la châtellenie dont Girondelle était le siège. Le dernier tiers du mur sud de la nef, percé d’une baie en lancette, remonte au XIIIe siècle. Le reste de la nef résulte d’un agrandissement au XVIIIe siècle. En 1843, l’architecte Gentil Moreaux, de Rocroi, remanie l’ensemble : l’ancien porche occidental est détruit et remplacé par un massif avec tour de clocher, dont la face ouest fait légèrement saillie et dont la structure intérieure repose sur deux colonnes en fonte. De nouvelles réparations eurent lieu en 1868. Le chœur se termine par un chevet plat ; le sol est couvert de carreaux de ciment polychromes.
Sources historiques
Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 496 (notice Girondelle) et p. 495 (notice Foulzy, Girondelle comme écart) — Dom Albert Noël, Notice historique sur le canton de Signy-le-Petit, 1881, cité par Meyrac — Abbé Hérisson, curé d’Aouste, note de 1654, citée par Meyrac — Collection Gourjault : lettre de plainte sur les corvées (1648) ; deux lettres de Fabert ; Bordillon à Montmorency (1552) ; « Foulzy-Girondelle-Champlain », papiers de justice, 4 p. ; 36 fiches non consultées — Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA08001585 (église Saint-Rémi).
Illustration photo Havang(nl)