Présentation
Willies, modeste village forestier du Sud-Avesnois sur les deux rives de la Grande Helpe, doit son existence attestée aux confins de l’Antiquité tardive et sa singularité à un trait rare dans la région : n’avoir jamais possédé ni église ni cimetière propres.
Étymologie
Le nom, du latin villa (domaine rural, ferme), apparaît dès 640 sous la forme Wilheis dans un diplôme du roi Dagobert, puis Wilhies en 697 dans un titre de l’abbaye de Lobbes, Villis en 1151 dans le cartulaire de l’abbaye de Maroilles, enfin Willies en 1643 dans un acte féodal de la pairie d’Avesnes. L’authenticité du diplôme de 640, comme pour les actes équivalents concernant Wallers et Baives, reste discutée par les historiens.
Géographie
Le village s’étend sur environ 412 hectares, entre 162 et 230 mètres d’altitude, sur les deux rives de l’Helpe Majeure, en lisière de l’immense forêt de la Fagne, au hameau pittoresque de Champiaux.
Histoire
Cité dès le VIIe siècle dans les actes fondateurs de l’abbaye de Wallers, Willies relève de la seigneurie directe des seigneurs d’Avesnes. Vers 1625-1626, le village est intégré au marquisat de Trélon. Avant la Révolution, il ressortit à la prévôté de Maubeuge et suit la coutume de Mons ; en 1787, le duc d’Orléans y possède encore un bois étendu.
Pour le spirituel, Willies fut longtemps partagé entre les paroisses d’Eppe-Sauvage et de Liessies, avant d’être entièrement rattaché à cette dernière : le village n’a jamais eu ni église ni cimetière propres.
À l’est, au confluent de l’Helpe et du ruisseau du Clair-Voyon — sur le territoire voisin d’Eppe-Sauvage —, se trouvait une forteresse ruinée au début du règne de Louis XIV, probablement lors du sac mené par le général Rose. Au nord-est, le bois dit « la garde de Willies » appartenait autrefois à la pairie d’Avesnes.
Une forge est établie à Willies vers la fin du XVIIe siècle — sans doute celle que la tradition locale désigne sous le nom de « Forge d’enfer », dans le secteur de prairies humides à l’est du territoire. Économie exclusivement agricole et forestière, tournée vers l’élevage, le village est érigé en commune en 1793, intégrée au département du Nord.
Au XXe siècle, Willies connaît l’occupation des deux guerres mondiales ; un blockhaus double, construit en 1937 par le génie militaire, s’inscrit dans le dispositif de la ligne Maginot. Entre 1966 et 1969, la mise en eau du barrage du Val Joly par EDF submerge une partie de la vallée voisine et crée un lac de 180 hectares.
Patrimoine
Le château fortifié mentionné à la lisière d’Eppe-Sauvage n’a laissé aucun vestige visible aujourd’hui. Le hameau de Champiaux, à la lisière de la forêt de la Fagne, conserve le caractère pittoresque déjà relevé par Desmasures en 1860. Le lac du Val Joly, aménagement du XXe siècle, structure aujourd’hui le paysage et l’économie touristique du secteur.
Sources
Bulletin de la Commission historique du département du Nord (1866) et Annuaire statistique du département du Nord (1838), Gallica ; Desmasures, Histoire des communes du canton de Trélon (1860), chapitres Willies et Baives, et notes sur les forteresses du canton.