Présentation

Wiège-Faty naît en 1795 de la réunion de deux paroisses distinctes, Wiège et Faty, longtemps voisines sans être unies. Le village s’étend dans une plaine découverte de Thiérache, à une quarantaine de kilomètres au nord de Laon et à quelques kilomètres de Vervins. Le hameau du Sourd, un temps rattaché à la commune, en fut détaché en 1835 pour former sa propre municipalité.

Étymologie

Wiège apparaît pour la première fois en 1110 sous la forme Gisneium, dans un cartulaire de l’abbaye d’Homblières. Le nom se transforme ensuite au fil des siècles et des scribes : Uiège (1228), Wege (1253), Viegia (1304), Wyeges (1408), avant de se fixer en Wiège sur la carte de Cassini au XVIIIe siècle.

Faty suit une trajectoire comparable. Le nom est attesté en 1142 sous la forme Fasticum, dans le même fonds d’Homblières, puis évolue à travers Fasthi, Fasty et Fatty (1569), avant de se stabiliser en Faty.

Géographie

Le territoire est drainé par l’Oise naissante — la rivière prend sa source en Belgique et n’est encore, ici, qu’un modeste cours d’eau — ainsi que par le Rieux, qui alimentait autrefois plusieurs moulins. Le plan cadastral de 1825 en recense quatre sur son cours. Les vestiges de l’un d’eux subsistent encore aujourd’hui au hameau dit le Moulin de Wiège.

Histoire

La baronnie de Wiège relevait de la mouvance de Guise et englobait, outre Wiège et Faty, les terres du Sourd, de Romery et une partie d’Autreppes et d’Effry. Une longue lignée de seigneurs s’y succède à partir du XIIe siècle : Mathieu de Wiège (1184), Guillaume, chevalier (1221), Arnoul de Wismerale (1265-1278), puis les familles de Seigneulles, de Barbançon, de Suzanne et, en dernier lieu, le comte de Lamarre.

Le fait le plus marquant reste le siège du château fort de Wiège en 1424. Melleville l’attribue à Jean de Luxembourg, qui ne serait parvenu à s’en rendre maître qu’au bout de trois semaines avant de le faire démolir ; Matton, citant les comptes de la ville de Laon, situe la démolition en mai 1424 et l’attribue au « capitaine de Rouen, maréchal des Anglais ». Les deux versions ne peuvent être formellement conciliées, mais l’attribution de Melleville trouve un appui contextuel : ce même Jean de Luxembourg, comte de Ligny, s’empare l’année suivante, le 1er mars 1425, de la seigneurie de Guise et d’Hirson, confirmant sa présence active dans la région à cette date précise. C’est ce même homme qui, six ans plus tard, en 1430, capturera Jeanne d’Arc et la livrera aux Anglais — un épisode qui a nourri une tradition locale selon laquelle elle aurait été détenue au château de Wiège. Aucune source ne l’atteste : il s’agit d’une tradition, non d’un fait établi, mais elle n’est pas sans fondement — elle s’explique par la notoriété ultérieure de l’homme qui assiégea le lieu.

À la Révolution, Faty demeurait un fief noble distinct, simple annexe de cure, qui ne fut jamais érigé en commune séparée. Wiège et Faty furent réunis en une seule municipalité en 1795.

Début août 1914, moins d’un mois après le déclenchement des hostilités, le village est occupé par les troupes allemandes à la suite de la défaite française lors de la bataille de Guise. Resté à l’écart de la ligne de front, il vit sous l’occupation — réquisitions, travaux forcés — jusqu’à sa libération par les troupes françaises en 1918.

Patrimoine

Le château de Wiège, reconstruit après sa démolition de 1424, est encore figuré sur la carte de Cassini au XVIIIe siècle ; il n’en subsiste aujourd’hui que des vestiges du XIIe siècle et une grille d’entrée.

Wiège et Faty conservent chacune leur église, toutes deux placées sous le vocable de saint Martin, patron confirmé par Melleville. Celle de Faty compte parmi les églises fortifiées de Thiérache — une architecture propre à la région, qui mériterait un développement à part entière plutôt qu’un simple repère dans cette fiche.

Faty fut aussi le siège d’une papeterie établie en 1777 par Jean-Louis Lamborion sur l’emplacement d’un ancien moulin à huile. L’atelier, qui n’occupait que quatre ouvriers en 1794, produisait papier blanc et papier gris écoulés par colportage dans l’arrondissement de Vervins ; il fonctionna au moins jusqu’en 1842 avant d’être détruit en 1884 et remplacé par un moulin à blé.

Une gare commune à Wiège-Faty et Romery desservit le village de 1910 à 1978 sur la ligne de Guise à Hirson, et de 1912 à 1951 sur celle de Romery à Liart. Le bâtiment, aujourd’hui transformé en habitation, en garde le souvenir.

Personnalités

Henri André Eugène Edart, né à Wiège-Faty le 13 novembre 1893, devint lieutenant-colonel ; il fut décoré de la Croix de guerre et de la Légion d’honneur.

Sources

  • MATTON, Auguste, Dictionnaire topographique du département de l’Aisne, Laon, Société académique de Laon.
  • MATTON, Auguste, Les anciennes papeteries de l’Aisne, Laon, Société académique de Laon, 1903.
  • MELLEVILLE, Maximilien, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865.

Illustration photo Havang(nl)