Présentation

Voulpaix, village de l’ancienne Thiérache bâti au bord d’un ruisseau, doit son relief historique à une lignée seigneuriale bien documentée depuis le XIIe siècle, qui finit par rejoindre celle des seigneurs de Vervins.

Étymologie

Le Recueil des actes de Charles II le Chauve mentionne par deux fois, en 867 et 872, une villa royale nommée Bospatium, « in pago laudunensi » (dans le pays de Laon) : selon l’étude de Jacques Chaurand (1959), cette forme correspond bien à l’actuel Voulpaix. Matton, dans son Dictionnaire topographique de l’Aisne, avait pourtant retenu comme première leçon Vulpasium (1065, d’après le Mémoire manuscrit de l’Eleu) — une forme que Chaurand n’a pu retrouver dans le manuscrit original et qu’il tient pour une relatinisation tardive, l’Eleu ayant écrit vers 1700. Gêné de ne pouvoir relier Bospatium à Vulpasium, Matton avait par ailleurs rattaché la forme Bospatium non à Voulpaix mais à Beaurepaire, hameau voisin de Laigny — rapprochement que Chaurand écarte, la phonétique de Beaurepaire suivant une tout autre évolution.

Les textes originaux, eux, donnent une filiation régulière et cohérente, toujours avec un W puis un V, jamais de L : Wospais (cartulaire de Foigny, manuscrit du XIIe siècle), Wons paix (1220, cartulaire de Bucilly), Territorium de Vouspais (1161, cartulaire de la seigneurie de Guise), Vouspais (1268, cartulaire de la Paix Notre-Dame), Voupaix, mentionné aux côtés de Belrepaire (cartulaire de Thenailles, XIIIe s.), puis Vospais (1196), Woupais (1234), Ouspais (1239), Vaupé (XVIIe s.), Voupaix alternant avec Voulpaix (1742, justice de Thenailles). Le O s’est fermé en U, évolution phonétique normale ; le L, resté longtemps absent des sources, n’entre dans l’usage graphique qu’au XVIe siècle, à une époque où il ne correspond plus à rien de prononcé. La graphie avec -l- finit par s’imposer dans l’orthographe officielle, quand une prononciation patoise sans -l-, Vulpè, s’est perpétuée jusqu’à une époque récente. Quant à l’alternance B/V à l’initiale, elle est bien attestée dans les toponymes d’origine gauloise.

Géographie

Le village est bâti sur les deux coteaux d’une étroite vallée traversée par le ruisseau de Beaurepaire, qui prend sa source à Laigny et reçoit à Voulpaix un affluent dit le Goulet ; le territoire couvre 11,55 km², entre 114 et 187 mètres d’altitude, à 40 km au nord de Laon et 6 km à l’ouest de Vervins.

Histoire

En 1066, Elinand, évêque de Laon, donne l’autel de Voulpaix au chapitre de Saint-Jean-au-Bourg de Laon. La seigneurie relevait, aux XVIIe et XVIIIe siècles, d’une châtellenie rattachée au comté de Marle, qui comprenait aussi Burelles, Curbigny et Prisces, avec son propre audiencier de bailliage à Voulpaix.

La lignée des seigneurs de Voulpaix est attestée dès le XIIe siècle : Guy de Voulpaix, dont les enfants Clarembaud, Mathieu et Hugues (ce dernier seigneur de Beaurepaire) se partagent l’héritage ; Clarembaud (1120) ; Mathieu (1144-1169) ; Guy II, neveu de Godefroi de Hauteville, dont la femme Catherine donne quatre enfants (1180) ; Mathieu II, chevalier (1236-1274). En 1324, Gérard de Neufménil, chevalier, devient seigneur de Voulpaix et de Lerzy par son mariage avec Luce de Lerzy. La seigneurie passe ensuite à Jean de Beaurepaire, écuyer (1353-1363), puis à Jean II de Beaurepaire, avant d’échoir en 1458 à Richard le Bosseux et à sa femme Pierrette, héritiers du précédent.

Peu après, la terre de Voulpaix entre dans les mains des seigneurs de Vervins, qui la conservent jusqu’à la Révolution. Le fief de la Motte, à Voulpaix, suit un cours distinct : Raoul de Coucy-Vervins en est seigneur en 1511, puis Pierre de Fay, bâtard de Marfontaine, en 1530, par son mariage avec Marie de Monanpteuil.

Érigée en commune à la Révolution, Voulpaix cède, avec Lemé, une partie de son territoire pour participer à la création de la commune de La Vallée-au-Blé, par ordonnance de Charles X du 15 juillet 1829.

Desservi dès 1912 par une gare sur la première section de la ligne à voie métrique de Vervins à Wiège-Faty-Romery, le village voit cette voie transformée en voie normale après la Première Guerre mondiale ; intégrée en 1935 à la ligne de Romery à Vervins, elle ferme définitivement en 1951 face à la concurrence de la route. Le bâtiment de la gare sert ensuite de mairie jusqu’en 1975.

Patrimoine

Le bâtiment de l’ancienne gare, construit sur un plan type, subsiste et sert aujourd’hui d’habitation.

Sources

Melleville, Dictionnaire historique, généalogique et géographique du département de l’Aisne (1865) ; Matton, Dictionnaire topographique de l’Aisne ; Jacques Chaurand, « À propos du nom de Voulpaix », Revue internationale d’onomastique, 1959.

Illustration photo Olivier Voulpaix