Présentation
Thenailles, village de la Thiérache axonaise sur le Vilpion, doit son existence même à l’abbaye prémontrée qui s’y établit au XIIe siècle : la commune s’est formée peu à peu autour du monastère, sur un lieu jusque-là inculte, couvert d’eaux et de bois.
Étymologie
Les formes anciennes se succèdent : Teloniæ (XIIe s.), Tenolie (1161), Thenelles (1160), Tenaillie (1290), Tenalie / Theholium (XIIIe s.), Ecclesia de Thenelles (1247), Tenailles l’Abbée (1405). Selon Morlet, le nom dérive du bas-latin teloneum (« bureau de percepteur », d’origine grecque) : Thenailles aurait été un lieu de perception du tonlieu, droit seigneurial sur le passage des marchandises d’une région à l’autre. Le mot, mal compris avec le temps, a ensuite subi l’attraction phonétique de « tenaille ».
Géographie
Le village est situé à 45 km au nord-est de Laon et 4 km au sud de Vervins ; son territoire couvre 16,43 km², entre 114 et 209 mètres d’altitude, drainé par les rivières la Brune, le Vilpion et le Huteau.
Histoire
Au XIIe siècle, l’emplacement du futur village n’est qu’un lieu inculte, couvert d’eaux et de bois. En 1130, une abbaye de chanoines prémontrés s’y établit — selon une tradition rapportée, à l’initiative de l’évêque de Laon Barthélemy de Vir, avec douze moines venus de Saint-Martin de Laon, attribution qui resterait à confirmer en source primaire. Le village de Thenailles naît de cette fondation.
Au début du XIIIe siècle, la seigneurie laïque appartient successivement à Elbert, ou Albert, de Thenailles, chevalier, en 1202, puis à Robert de Thenailles en 1206 — peut-être le même homme —, enfin à Guillaume de Thenailles en 1221. Aucun seigneur laïc n’est plus attesté après lui : l’abbé de Thenailles reprend alors ce titre et le conserve.
L’abbaye et le village connaissent trois destructions successives : en 1412 par les Orléans, en 1499 par les troupes de Maximilien d’Autriche, enfin en 1652 par les Espagnols, qui incendient l’abbaye et dispersent les religieux — épisode à replacer dans le contexte des derniers soubresauts de la guerre de Trente Ans en Thiérache. À la veille de la Révolution, l’abbaye possède encore 40 000 livres de rentes ; les six derniers moines sont expulsés en 1790, et l’église abbatiale comme les bâtiments claustraux sont détruits entre 1792 et 1799.
Le 27 juillet 1944, cinq résistants FTPF, âgés de 18 à 31 ans, sont massacrés par les Allemands sur le territoire de la commune ; une plaque commémorative et le monument aux morts en gardent la mémoire.
Patrimoine
De l’abbaye elle-même, incendiée puis vendue par lots après la Révolution, il ne subsiste que des vestiges, récemment rachetés dans la perspective d’un réaménagement. Le bois de Thenailles, sur la commune voisine de Bouconville, tire son nom du monastère auquel il appartenait avant d’être aliéné par l’État en 1815.
Sources
Melleville, Dictionnaire historique, généalogique et géographique du département de l’Aisne (1865) ; Morlet, Toponymie de la Thiérache ; Matton, Dictionnaire topographique de l’Aisne (article Bois de Thenailles).
Illustration photo René Hourdry