Présentation

Saint-Clément est un village de l’ancienne Thiérache, situé dans une plaine élevée à 50 kilomètres au nord-est de Laon et à 15 kilomètres au sud-est de Vervins. Avant la Révolution, il relevait de l’intendance de Soissons, du bailliage, de l’élection et du diocèse de Laon. La seigneurie était vassale de Rozoy-sur-Serre. Son patron est saint Clément. L’église, qui conserve un chœur du XIIIe siècle, présente les traces d’un ancien chœur-donjon fortifié. Le village comptait 89 feux vers 1260 — un bourg relativement important pour l’époque — mais n’en dénombrait plus que 23 à la veille de la Révolution.

Étymologie

Matton relève la forme la plus ancienne, Sanctus Clemens (1129, cartulaire de l’abbaye de Saint-Michel, p. 25), puis Saint-Clemant (1406, archives de l’Empire) et Sainct-Clément (1630, chambre du clergé du diocèse de Laon). Le nom est un hagiotoponyme dédié à saint Clément, pape du Ier siècle.

Géographie

La commune s’étend sur 501 hectares, avec un relief ondulé dont l’altitude varie entre 141 et 212 mètres. Le territoire est traversé par la Brune, qui prend sa source à Brunehamel, et par la Blonde. Blamont, où se trouvait un moulin, était une dépendance de Saint-Clément. La cure de Saint-Clément comprenait également celle de l’église de Morgny.

Histoire

Un village médiéval prospère

La première mention écrite de Saint-Clément remonte à 1129, dans le cartulaire de l’abbaye de Saint-Michel en Thiérache. Vers 1260, le village compte 89 feux — une population notable pour un village thiérachien. L’église conserve de cette époque un chœur du XIIIe siècle en pierre calcaire, orné de chapiteaux à crochets et feuilles d’acanthe.

Les seigneurs de Saint-Clément

Melleville livre une généalogie seigneuriale détaillée. Vers 1630, Gabriel de Testu, écuyer, est seigneur de Guny et Saint-Clément. Entre 1640 et 1666, Louis d’Allenoncourt, sieur de Saint-Clément, partage la seigneurie avec Louis de Ronsin, ennobli en 1659 pour services militaires.

En 1670, Louis de Ronsin est seigneur du lieu. Sa fille Anne épouse Gabriel de La Fontaine, seigneur de Lislet, créant un lien entre les deux familles qui marquera le village. En 1683, Nicolas de Hardy succède aux Ronsin. Son fils Jacques de Hardy a pour fille Angélique, qui épouse Nicolas de Mussan, seigneur de Vigneux, et Antoinette, qui épouse Louis de Hennin-Liétard, de Morgny.

Les La Fontaine reviennent par alliance : Robert de La Fontaine (1728) transmet la seigneurie à son fils Jean-Baptiste, qui fait reconstruire la façade de l’église en 1738 — une plaque de dédicace le mentionne encore au-dessus du portail. En 1760, Julien-Henri de La Fontaine est seigneur du lieu. Les derniers seigneurs attestés sont Jean-Baptiste de Hardy (1773) et Marie-Antoinette de Hardy (1772), veuve de Louis de Hennin-Liétard.

L’église fortifiée

L’église Saint-Clément présente les caractéristiques d’un chœur-donjon fortifié : bretèches, départ d’une salle haute, et une tour carrée en brique attenant au chevet, transformée ultérieurement en sacristie. Ces dispositifs défensifs datent vraisemblablement des XVIe-XVIIe siècles, époque où les villages de Thiérache transforment leurs églises en refuges face aux ravages des guerres franco-espagnoles.

La façade occidentale est reconstruite en 1738 par les soins du seigneur La Fontaine. Au XIXe siècle, l’édifice, régulièrement inondé, fait l’objet de campagnes de restauration : reconstruction du mur sud de la nef en 1849-1850, travaux sur le clocher et la sacristie en 1862-1864, et restauration de la toiture en 1873.

Le cahier de doléances de 1789

En 1789, la paroisse ne compte plus que 23 feux — contre 89 cinq siècles plus tôt. Le cahier de doléances des habitants formule des demandes sur les impôts, les corvées, le sel, les barrières douanières et les chemins de communication — préoccupations typiques des communautés rurales thiérachiennes à la veille de la Révolution.

Patrimoine

L’église Saint-Clément est le monument principal du village. Son chœur du XIIIe siècle, ses vestiges de fortification (bretèches, tour carrée) et la plaque de dédicace de 1738 en font un édifice d’intérêt patrimonial. La carte de Cassini signale un château à l’ouest du village et un moulin à eau sur la rivière, dont aucune trace ne subsiste aujourd’hui.

Sources

Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865, tome I.
Matton, Dictionnaire topographique du département de l’Aisne (Gallica, BnF).
Carte de Cassini, XVIIIe siècle.

Illustration photo René Hourdry