Présentation
Saint-Algis est un village de l’ancienne Thiérache, bâti sur le penchant d’un côteau dans la vallée de l’Oise, à 45 kilomètres au nord de Laon et à 10 kilomètres au nord-ouest de Vervins. Le village doit son nom à Algis, moine irlandais disciple de saint Furcy, venu évangéliser la région au VIIe siècle. Avant la Révolution, Saint-Algis relevait de la généralité de Soissons, du bailliage et de l’élection de Guise, et du diocèse de Laon. La seigneurie relevait de Guise. Son patron est saint Algis. L’église fortifiée, avec son donjon central flanqué de tourelles, est inscrite aux monuments historiques.
Étymologie
Matton relève la forme la plus ancienne, Sanctus Algisus (1123, cartulaire de l’abbaye de Saint-Michel, p. 22), puis Saint-Augis (1339, cartulaire de la seigneurie de Guise), Saint-Aulgis (1561, archives de la ville de Guise), Sainct-Algy (1639, minutes du notaire Destrimont), Saint-Algy (1709, intendance de Soissons).
Morlet rattache le nom à Sanctus Adalgisus, forme latine d’un nom germanique Adalguis signifiant « noble-sage ». Le nom est un hagiotoponyme : le village s’est formé autour du tombeau du saint.
Géographie
La commune s’étend sur 689 hectares, avec un relief vallonné dont l’altitude varie entre 112 et 191 mètres. En 1760, Melleville compte 700 arpents de terres, 400 de prés et 50 de bois — un terroir à dominante herbagère, typique de la vallée de l’Oise en Thiérache.
Histoire
Saint Algis et l’évangélisation de la Thiérache
Avant le VIIe siècle, l’emplacement du village est un lieu désert entouré par la forêt de Thiérache. Vers 660, un noble Irlandais nommé Algis, ordonné prêtre par saint Furcy, vient en France et se fixe dans cette solitude avec ses compagnons Corbicain, Rodalde et Carobas. Ils y élèvent ensemble un petit oratoire sous l’invocation de saint Pierre et de tous les Saints, et bâtissent des cabanes alentour — ce qui fait d’abord nommer ce lieu la Cellule (Cellula).
Algis joint aux austérités de la pénitence la prédication de l’Évangile et convertit, selon la chronique, les peuples des environs jusqu’à la rivière d’Hépre. Il meurt le 2 juin 670 et est enterré dans l’oratoire qu’il avait bâti. Un grand nombre de miracles se seraient produits auprès de son tombeau, et le concours des pèlerins donne naissance au village actuel.
Les seigneurs de Saint-Algis
Melleville mentionne Thierry de Saint-Algis en 1194, époux de Widèle. Vers 1660, Robert de Ronty, écuyer, seigneur de Saint-Algis, porte le titre de garde de la manche du roi. En 1680, la seigneurie passe à Charles de la Fons, seigneur de la Plesnoy, Marly, Anglancourt et Saint-Algis. La famille de la Fons conserve la seigneurie au XVIIIe siècle — Jacques de la Fons, puis ses descendants François et Jacques-François.
L’église fortifiée
L’église paroissiale, dédiée à saint Algis, est construite dans la seconde moitié du XVIe siècle, en brique et grès. Elle se distingue par son donjon central flanqué de quatre contreforts et de deux tourelles d’angle, sur trois étages — dispositif défensif caractéristique des guerres franco-espagnoles qui ravagent la Thiérache entre 1635 et 1659. En 1639, un certain Pierre Mouze s’engage à fournir les ardoises pour couvrir la « grosse tour » et les quatre tourelles. Des dates gravées attestent de campagnes de restauration : 1687 sur la façade sud. Le chevet plat aveugle est ajouté vers 1865. L’église est inscrite aux monuments historiques par arrêté du 14 juin 1989.
XIXe et XXe siècles
Saint-Algis possédait une gare sur la ligne de Guise à Hirson. La desserte voyageurs est supprimée en 1951 et le fret en 1978. L’ancienne plateforme ferroviaire accueille aujourd’hui l’Axe vert de la Thiérache.
Le 29 août 1914, le village est occupé par les troupes allemandes après la bataille de Guise. Les habitants subissent réquisitions et travaux forcés pendant toute la durée du conflit. Le monument aux morts porte les noms de 16 soldats.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, un réseau de résistance se forme au hameau de la Coupille. L’occupant lance un assaut pour le détruire, au cours duquel cinq résistants perdent la vie. Un mémorial leur est dédié.
Patrimoine
L’église fortifiée Saint-Algis (XVIe siècle, inscrite MH 1989) constitue le monument principal du village. Son donjon central à trois étages, flanqué de tourelles, témoigne de la fonction défensive des églises thiérachiennes pendant les guerres des XVIe et XVIIe siècles.
Le mémorial de la Coupille honore la mémoire des résistants tombés lors de la Seconde Guerre mondiale.
Sources
Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865, tome II.
Matton, Dictionnaire topographique du département de l’Aisne (Gallica, BnF).
Morlet (Marie-Thérèse), La Toponymie de la Thiérache (Persée).
Base Mérimée, notice PA00115888 (ministère de la Culture).
Illustration photo Patrick Clenet