Présentation

Proisy est un village de l’ancienne Thiérache, bâti sur la rive droite de l’Oise, à 50 kilomètres au nord de Laon et à 10 kilomètres au nord-ouest de Vervins. Relevant autrefois des bailliage et élection de Guise, du diocèse de Laon, le village doit l’essentiel de son histoire à une famille seigneuriale qui porta son nom pendant cinq siècles. Son patron est saint Martin.

Étymologie

Le toponyme Proisy dérive du gallo-roman Prosiacum, formé sur le nom de personne latin Prosius, attesté par une inscription de Carthagène (CIL II 3434). Le suffixe -iacum désigne le « domaine de Prosius ». Le nom apparaît pour la première fois en 1161 dans le cartulaire de la seigneurie de Guise sous la forme Territorium de Proisi.

Géographie

Le territoire de Proisy couvre environ 520 hectares, dans un paysage de bocage thiérachien traversé par l’Oise. L’altitude varie de 105 à 179 mètres. Le village comptait plusieurs dépendances : le hameau du Faux-Bâton, la ferme du Clos et l’écart de la Rue-Marin (Melleville).

Histoire

Le château-fort

Proisy possédait un château-fort entouré d’eau, dont le haut donjon baignait lui aussi dans les douves. En 1422, Jean de Luxembourg — le futur geôlier de Jeanne d’Arc — s’en empara.

Les seigneurs de Proisy — cinq siècles d’une lignée

La famille de Proisy est attestée depuis 1160 avec Lambert de Proisy, premier chevalier mentionné. Pendant cinq siècles, ses descendants portèrent le nom du village et régnèrent sur ces terres. Les armoiries de la famille — de sable à trois lionceaux d’argent, armés et lampassés de gueules — sont à l’origine du blason communal actuel, qui en reprend les lions sur champ d’azur.

Melleville donne la généalogie complète de la lignée : Gautier (1195–1211), Anselme (1221), Guy (1246), puis la branche des Jean de Proisy, dont Jean II, tué à la bataille de Verneuil en 1424. Plus tard, Jean III, gouverneur de Guise et grand bailli de Tournai, défendit la place en 1424 avant de transmettre Proisy à son neveu Léon. Louis de Proisy (1492) fut gentilhomme de la chambre du roi, grand bailli de Tournai et gouverneur de Mortagne.

La dernière héritière directe, Françoise de Proisy, porta le domaine en mariage à Denis d’Ausbourg. Leur fils Augustin d’Ausbourg vendit la terre en 1681 pour 140 000 livres à Joseph de Ximenès, lieutenant-général des armées et gouverneur de Maubeuge.

Les Ximenès et le marché-franc

En 1700, le roi accorda à Proisy, sur la demande de Joseph de Ximenès, un marché-franc le 3 de chaque mois — un privilège qui se tenait encore au temps de Melleville (1865). La fille de Ximenès porta la seigneurie en mariage à M. de Tarteron, seigneur de Montiers.

Un épisode rapporté par l’historien Jean Nicolas et référencé dans la base HiSCoD (MRSH/Université de Caen) éclaire les tensions sociales sous l’Ancien Régime : le 11 octobre 1728, la communauté de Proisy, assemblée au son de la cloche et « en armes », vint effectuer une coupe de bois qu’un seigneur, M. de Fay, tentait d’empêcher. L’après-midi même, un huissier accompagné de recors fut désarmé par la foule. L’affaire illustre la défense des droits collectifs face à l’arbitraire seigneurial.

Époque moderne

En 1760, la paroisse comptait 430 arpents de terres labourables, 160 de prés et 100 de bois. La cure fut rattachée à Guise en 1802. Le village connut un pic démographique au XIXe siècle avec plus de 700 habitants (702 en 1836), avant un déclin continu. Pendant la Première Guerre mondiale, Proisy fut occupé d’août 1914 à octobre 1918. Le village fut libéré le 8 octobre 1918. La commune reçut la Croix de Guerre 1914-1918.

Patrimoine

Du château-fort médiéval, il ne reste aucune trace visible. La carte de Cassini (XVIIIe siècle) le situait en aval du village, au bord de l’Oise. La ferme du Clos, ancienne dépendance seigneuriale, fut transformée en maison bourgeoise au XIXe siècle. L’ancienne ligne de chemin de fer Guise-Hirson (1910–1951) a été reconvertie en voie verte.

Sources

« Proisy possédait autrefois un château-fort entouré d’eau, et où l’on remarquait un haut donjon également baigné par l’eau. Jean de Luxembourg s’empara de ce château en 1422. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne, 1865

Illustration photo LonganimE