Présentation
Ors est un village du Cambrésis, aux confins de l’Avesnois, situé dans la vallée de la Sambre et traversé par le canal de la Sambre à l’Oise. Son territoire de plus de 17 km², entre 133 et 167 mètres d’altitude, est bordé par la forêt du Bois-l’Évêque, donnée à l’évêque de Cambrai par l’empereur Othon III en 995. Le village est connu internationalement comme le lieu de la mort du poète britannique Wilfred Owen, tué le 4 novembre 1918.
Étymologie
La plus ancienne forme attestée est Orcetum, qui apparaît en 1033 dans une bulle de l’empereur Conrad II confirmant à l’abbaye Saint-André du Cateau la possession de l’ecclesia de Orceto. La racine pourrait renvoyer à un nom d’homme latin, Orcius.
Géographie
Ors occupe un site de vallée au bord de la Sambre, au point de rencontre du Cambrésis et de l’Avesnois. La forêt du Bois-l’Évêque, qui borde le village au nord, tire son nom de la donation impériale du 24 avril 995 par Othon III à l’évêque Rothard de Cambrai. Elle devint forêt domaniale sous la Révolution. Le canal de la Sambre à l’Oise, ouvert en 1839, traverse le territoire communal.
Histoire
La « Mâle Maison » — forteresse des évêques de Cambrai
En 1255, Nicolas de Fontaines, évêque de Cambrai, fait ériger au bord de la Sambre une vaste forteresse pour garder le passage de la vallée. Cette motte féodale, dotée d’un donjon, d’une triple enceinte et de fossés, est connue sous le nom de « Mâle Maison » — ou « Malmaison » —, car elle est source de conflits incessants avec les seigneurs locaux.
La forteresse est démantelée en 1429. Le chroniqueur Enguerrand de Monstrelet déplore cette perte : « Ce fut grand dommage, car c’était la non pareille et la mieux édifiée qui fut en tout le pays à l’environ, et le plus fort lieu. » Des fouilles entreprises en 1884 à l’instigation du maire Wuillot mettent au jour des murailles de 1,20 mètre d’épaisseur, des traces de galeries souterraines, des armes, des vases, des ossements, des boulets en grès et des éperons en fer revêtus d’une mince couche d’or.
Les « Enragés » d’Ors
En mars 1794, des combats opposent autour d’Ors et de Catillon-sur-Sambre des troupes françaises commandées par le général Jacques Fromentin à des forces autrichiennes supérieures en nombre. Le clocher d’Ors s’effondre sous la mitraille française, les Autrichiens s’étant réfugiés dans le village. Les paysans, réquisitionnés avant la bataille pour construire des redoutes, puis après pour enterrer les morts autrichiens, puis encore en avril pour creuser des tranchées autour de Landrecies assiégée, gagnent leur surnom d’« Enragés » — une fierté locale qui perdure.
Le canal, le chemin de fer et le beurre
Le XIXe siècle transforme Ors. Le canal de la Sambre à l’Oise est ouvert en 1839. En 1855, la ligne de chemin de fer Paris–Bruxelles (via Saint-Quentin et Erquelinnes) passe par Ors, et une halte est ouverte en 1884. Le trafic est considérable : en 1900, on recense le passage quotidien de 76 trains (22 de voyageurs, 21 express, 33 de marchandises). En 1891, la commune obtient la création d’une voie de garage pour wagons complets, liée à l’industrie beurrière qui fait la réputation du village. L’exode rural frappe néanmoins : de 1 312 habitants en 1851, la commune passe à 767 en 1911.
Wilfred Owen — le poète tombé sur le canal
Le 4 novembre 1918, les troupes britanniques lancent la bataille de la Sambre en direction de Maubeuge et Mons. Le premier obstacle est le canal de la Sambre à l’Oise. Au cours des combats à Ors, le lieutenant Wilfred Owen du Manchester Regiment — aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands poètes de guerre de langue anglaise — est tué sur les berges, une semaine avant l’armistice. Il avait vingt-cinq ans.
107 soldats britanniques sont inhumés au cimetière militaire d’Ors, et 63 autres dans le cimetière communal.
Le camp militaire (1932–2008)
À partir de 1932, Ors abrite un camp militaire initialement conçu pour des installations annexes à la ligne Maginot. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne y installe des dépôts de munitions et commence la construction d’une base de V2, restée inachevée. Après la guerre, le camp sert de dépôt de munitions, notamment pour la base aérienne 103 de Cambrai-Épinoy. Il ferme en 2008.
La tornade de 1967
Le 24 juin 1967, une tornade de type F4 sur l’échelle de Fujita dévaste la forêt du Bois-l’Évêque et le village voisin de Pommereuil.
Patrimoine
De la Mâle Maison, il ne subsiste que le souvenir et les résultats des fouilles de 1884. La forêt du Bois-l’Évêque, ancienne forêt épiscopale devenue domaniale, borde toujours le village. Le cimetière militaire britannique et les tombes du cimetière communal — dont celle de Wilfred Owen — font d’Ors un lieu de mémoire international.
Illustration photo Camster