Colonfay – 02120
Présentation
Colonfay est un village de l’ancienne Thiérache, fondé ex nihilo en 1161 par Gérard de Puisieux et l’abbaye de Saint-Michel. L’acte de fondation conservé dans le cartulaire de Saint-Michel est l’un des rares textes médiévaux qui retracent précisément la naissance d’un village en Thiérache. Le territoire de Colonfay est un démembrement direct de Puisieux, commune à laquelle il reste accolé.
Étymologie
Selon Marie-Thérèse Morlet, Colonfay représente un composé Colone fagetus : le bois de hêtre de Colo. Colo est un nom d’homme germanique attesté au IXe siècle (Förstemann, 371) ; fagetus désigne un bois de hêtres. Le nom rappelle donc la hêtraie qui recouvrait ce territoire avant le défrichement de 1161.
Géographie
Colonfay est un démembrement du terroir de Puisieux, commune à laquelle il reste accolé. Le cadastre napoléonien montre encore la clairière de défrichement créée par les premiers habitants — une ligne régulière limitant la clairière, témoignant de la présence d’un seigneur organisant l’ensemble des opérations de fondation.
Histoire
La fondation de 1161 — une ville neuve médiévale
La charte de fondation de Colonfay, datée de 1161, est l’une des rares à avoir été conservée pour la Thiérache. Elle retrace avec précision les conditions juridiques de la création du village :
Gérard de Puisieux demande à l’abbaye de Saint-Michel la moitié du terrain pour y bâtir un village (villam edificaturus). L’abbé Thierry consent, en échange d’un cens annuel de 14 galets de froment à la mesure de Guise. Les conditions stipulent que si le village venait à être abandonné, l’abbaye reprendrait sa terre ; si le territoire s’agrandissait, le cens s’augmenterait proportionnellement ; le terrage (redevance sur les récoltes) serait partagé à égalité entre l’abbaye et le seigneur.
Bénédicte Doyen note que la charte reprend un accord oral antérieur (« Hec ergo pactio à predecessore nostro »), suggérant que la volonté de fondation existait avant 1161. Gérard de Puisieux, plus proche du lieu que le seigneur de Guise (avoué de Saint-Michel), est logiquement le cofondateur principal — Colonfay étant un démembrement direct de Puisieux.
« Gerardus, dominus de Puisous, in loco qui Colunfait dicitur villam edificaturus, partem quam in ipso loco ecclesia sancti Michaelis possidebat, ad tricensum se dari petiit. » — Charte de fondation de Colonfay, 1161, cartulaire de Saint-Michel, f° 163
La seigneurie de Colonfay
Les seigneurs connus sont :
- 1215 — Verric de Colonfay et Aélide sa femme, qui se croisèrent tous deux et vendirent un champ à Saint-Martin de Laon pour financer leur voyage en Terre Sainte
- v. 1400 — Adam de Blois, seigneur de Crécy-sur-Serre et Colonfay
- v. 1450 — Charles de Fay d’Athies, par mariage avec Blanche, fille d’Adam de Blois
- v. 1660 — Jérôme Chrétien, seigneur de Colonfay
- La maison de Fay d’Athies récupère ensuite la seigneurie, qu’elle possède encore à la Révolution
Sources historiques
« Colonfay représente un composé Colone fagetus, formé du nom d’homme germanique Colo et du nom commun fagetus, bois de hêtre. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
« Le village de Colonfay fut bâti en commun, vers 1155, par Gérard de Puisieux et Thierry, abbé de Saint-Michel. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne
Pour aller plus loin
- Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
- Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
- Bénédicte Doyen — Châteaux, abbayes et peuplement en Thiérache, Revue archéologique de Picardie, 2000
- Cartulaire de Saint-Michel-en-Thiérache, f° 163 (charte 1161)
- Wikipedia — Colonfay