Présentation

Berlancourt est un village de l’ancienne Thiérache, bâti dans une vaste plaine à 28 kilomètres au nord de Laon et à 12 kilomètres au sud-ouest de Vervins. La commune, qui ne compte aucun cours d’eau, est traversée par plusieurs vallées sèches — dénominations locales de dépressions sans ruisseau. Elle comptait 85 habitants en 2023. Son patron est saint Martin.

Étymologie

Selon Marie-Thérèse Morlet, Berlancourt dérive de Berilane corte, formé sur un nom d’homme germanique Berilo (ou Berila), cas régime Bérilane. Longnon propose une forme primitive Berilindis corte, formée sur le nom propre de femme Berilind (Förstemann, 263). Le second élément, -court (du latin curtis), désigne un domaine rural.

Géographie

Berlancourt se trouve sur un plateau légèrement ondulé de 520 hectares, entre 105 et 156 mètres d’altitude, sans aucun cours d’eau. Plusieurs lieux-dits portent le nom de vallée (vallée de la Neuville, vallée Être, vallée du Bois, vallée Gillot…) et un seul celui de mont (mont Gillot), reflet d’un relief doux façonné par l’érosion. La commune est à 4,5 kilomètres de Marle et à 2 kilomètres de la RN 2.

Histoire

Des origines préhistoriques et gallo-romaines

Le territoire a livré des racloirs préhistoriques et de nombreuses monnaies gallo-romaines du IIIe siècle (Gordien, Dioclétien, Philippe l’Arabe, Valérien II, Gallien), ainsi que des morceaux de sarcophages au lieu-dit les Longues Roies. Vers 1970, un dépôt monétaire de 8 deniers d’argent fut découvert, confirmant une occupation humaine continue depuis l’Antiquité.

L’abbaye Saint-Martin de Laon et les sires de Coucy

Au Haut Moyen Âge, Berlancourt appartient à l’abbaye Saint-Martin de Laon, dont les moines défrichent au XIIe siècle la vallée de la Serre et le plateau. L’origine de l’église remonte à avant 1142, date à laquelle l’évêque Barthélemy souscrit une charte sur la donation de l’autel de Berlancourt. Un seigneur Thomas de Bellancurti est mentionné en 1137.

Les moines avaient pour avoué Raoul Ier de Coucy, qui abuse de sa position pour s’imposer comme coseigneur. Berlancourt se trouve ainsi dès la fin du XIe siècle dans la terre des sires de Coucy. Le lieu-dit Haie de Berlancourt, terre inculte concédée par Raoul Ier à Thenailles, est mentionné dès 1187.

La longue chaîne seigneuriale

Melleville dresse une liste détaillée des seigneurs laïques de Berlancourt :

  • 1164 — Clarembaud de Berlancourt
  • 1183 — Clarembaud II
  • 1311 — Raoul de Coucy, seigneur de Vervins et Berlancourt
  • v. 1580 — Claude de Mange, lieutenant au bailliage de Laon
  • 1600 — Charles de Mange
  • 1615 — Antoine de Martigny (par sa femme Catherine de Mange)
  • 1650 — Jean-François de Martigny, lieutenant-général au bailliage de Soissons
  • 1690 — Jean-François de Martigny, conseiller au bailliage de Laon
  • 1735 — Jean-François de La Bretèche (par mariage avec Madeleine de Martigny)
  • 1753 — Jean-Charles-François de La Bretèche
  • En dernier lieu — marquis de Noailles, seigneur de Marfontaine

En novembre 1644, pendant la guerre de Trente Ans, Berlancourt est l’un des villages du Marlois pillés par les troupes espagnoles.

La Grande Guerre et le sous-marin Doris

La commune garde le souvenir de deux militaires morts pour la France. Le lieutenant Ernest Paradis tombe le 17 avril 1917 sur le Mont Cornillet (Moronvilliers), premier jour de la bataille des monts de Champagne. Un vitrail peint par Charles Champigneule (1926) lui est dédié dans l’église. Georges Rebouté, second maître mécanicien, disparaît en mer le 8 mai 1940 sur le sous-marin Doris, torpillé par le U-9 au large de la Zélande néerlandaise.

Patrimoine

Église Saint-Sulpice

L’église Saint-Sulpice a été construite en deux campagnes : le chœur au XIIe siècle avec sa voûte quadripartite, et la nef allongée de vingt pieds en 1773. L’autel et le tabernacle sont de style néogothique. Le chemin de croix en chêne sculpté est remarquable. L’église et ses vitraux ont été rénovés dans les années 2000, dont le vitrail commémoratif Paradis signé Champigneule.

Héraldique

Le blason de Berlancourt, conçu par Jean-François Binon et adopté le 16 octobre 2015, se blasonne : « De gueules à l’épée basse d’argent accostée de deux fleurs de lys d’or, au chef échiqueté d’argent et d’azur de trois tires. » Il reprend les armes de la famille d’Ailly (dont Berlancourt fut le fief), ajoute les fleurs de lys de l’abbaye Saint-Martin de Laon et l’épée de saint Martin.

Sources historiques

« Berlancourt << Berilane corte, formé sur un nom d’homme germanique Berilo. Longnon propose comme forme primitive un Berilindis corte, formé sur le nom propre de femme Berilind. » — Marie-Thérèse Morlet, La Toponymie de la Thiérache, 1953–1955
« BERLANCOURT — Village de l’ancienne Thiérache, bâti dans une vaste plaine, à 28 k. au nord de Laon et 12 au sud-ouest de Vervins. — Patron, St Martin. Le village de Berlancourt appartenait autrefois à l’abbaye de St-Martin de Laon. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne

Pour aller plus loin

  • Marie-Thérèse Morlet — La Toponymie de la Thiérache, Revue Internationale d’Onomastique, vol. 5–7, 1953–1955
  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
  • Wikipedia — Berlancourt (Aisne)