Landifay-et-Bertaignemont, dans une vaste plaine à l’ouest de Vervins, réunit depuis 1819 deux villages jusque-là distincts : Landifay, ancien chef-lieu de paroisse, et Bertaignemont, née d’un essartage confié aux Templiers au XIIe siècle.
Toponymie
Landifay est attesté sous les formes Landerfay en 1131, Landirfagetum en 1145, ecclesia sancti Michaelis de Landurfait en 1169, Landierfageto puis Landiefaye en 1415. Selon Morlet, le nom dérive de Landhari fagetus, formé sur le nom d’homme germanique Lanthar et sur fagetus, « la hêtraie ». Le toponyme s’inscrit ainsi dans la série des noms de clairière propres à la Thiérache boisée, aux côtés de Colonfay ou Voulpaix. Bertaignemont apparaît quant à lui sous les formes Britignimons en 1142 et Bertignimons.
Histoire
Au milieu du XIIe siècle, le terroir de Bertaignemont était encore inculte et couvert de bois. Un certain Leprévot, qui le possédait, le donna vers cette époque aux chevaliers du Temple pour qu’il fût essarté, moyennant le paiement de la dîme (la dixième gerbe). Une charte de l’évêque de Laon Barthélemy de Vire confirme, pour la même période, que la terre relevait alors du fief de Bouchart de Guise et de Clérambaut de Faty, et mentionne un don aux Templiers par Amaury de Bernot ; les deux traditions, dont les protagonistes diffèrent, restent à concilier. Les Templiers bâtirent une ferme qui forma une paroisse autonome, et qui passa, après la suppression de leur ordre, aux chevaliers de Malte : ceux-ci en étaient toujours propriétaires à la veille de la Révolution.
La ferme de Bertaignemont connut plusieurs destructions : détruite pendant le siège de Saint-Quentin en 1557, brûlée par accident en 1639, ruinée de nouveau en 1650 lors du siège de Guise. En 1653, le fermier Jacques Godart fut condamné à régler aux chevaliers de Malte les arrérages de deux années de bail, en nature — méteil, seigle, numéraire, porc, lapins et chapon —, détail qui donne la mesure concrète d’une petite exploitation rurale de l’Ancien Régime.
Landifay, de son côté, connaît une lignée seigneuriale bien documentée depuis 1145 (Robert de Landierfait), qui se poursuit sans interruption majeure jusqu’aux Brodard, seigneurs de 1690 à 1714. Le village fut pris et ravagé par un parti espagnol le 13 avril 1644, qui y tua et pilla, ainsi que dans les environs — épisode s’inscrivant dans le contexte plus large des incursions qui frappent la Thiérache durant la guerre de Trente Ans.
Les deux communes, recréées séparément à la Révolution — Bertaignemont en lieu et place de l’ancienne commanderie —, furent réunies par ordonnance royale du 2 juin 1819 sous le nom de Landifay-et-Bertaignemont. Jusqu’en 1801, Bertaignemont dépendait du canton de Guise avant de rejoindre celui de Sains-Richaumont.
Sources
Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne (notice, liste des seigneurs de Landifay) ; Morlet, dictionnaire toponymique ; charte de Barthélemy de Vire, évêque de Laon (XIIe s.) ; Wikipédia (notices Landifay-et-Bertaignemont, Landifay, Bertaignemont, église Saint-Rémi) ; Cassini (EHESS).