Présentation

Effry est un village de l’ancienne Thiérache, bâti sur la rive gauche de l’Oise, à 50 kilomètres au nord-est de Laon et à 13 kilomètres de Vervins. Possession de l’abbaye de Bucilly depuis le Xe siècle, il fut doté d’un marché franc mensuel en 1744. Durant la Première Guerre mondiale, il eut le triste privilège d’accueillir un camp de concentration dont la nécropole nationale conserve le souvenir. Chaque année, la fête de Saint-Éloi perpétue au gué de l’Oise une tradition équestre séculaire. La commune est aujourd’hui connue pour son activité industrielle de tôlerie et sa cité ouvrière implantée en pleine campagne.

Étymologie

Alodium de Effris (1120), allodium de Effry (1126).

Histoire

Don à l’abbaye de Bucilly (Xe siècle)

Au Xe siècle, le village d’Effris fut donné par Albert, comte de Vermandois, à l’abbaye de Bucilly. La première attestation écrite remonte à 1120 (Alodium de Effris). La charte de Barthélémy de 1126 mentionne l’allodium de Effry parmi les biens attribués à la communauté de Thenailles. La bulle du pape Eugène III (1148) confirme l’Altare de Effris parmi les possessions de l’abbaye.

Mort de l’abbé de Bucilly (1649)

En 1649, Roger de Villelongue, abbé de Bucilly et capitaine de camp volant durant les troubles de la Fronde, fut tué près d’Effry par Roquepine, gouverneur de La Capelle.

Le marché franc de 1744

En 1744, à la prière du marquis de Bousies, seigneur d’Effry, le roi Louis XV établit un marché franc le 24 de chaque mois. La requête du marquis décrit la misère du village : plus de quinze maisons désertes, terres incultes, habitants fugitifs. Le marché devait rappeler la population et relancer l’économie locale. Il se tient encore le même jour.

Le camp de concentration de 1914–1918

Durant la Première Guerre mondiale, le commandement allemand choisit Effry pour y implanter un camp de concentration regroupant les populations déplacées. Un lazaret hébergeait entre 1 500 et 2 000 personnes. Les corps de 681 personnes mortes dans ce lazaret reposent dans le cimetière militaire jouxtant le cimetière civil — aujourd’hui nécropole nationale d’Effry, où des panneaux retracent l’histoire du camp. Des tombes de civils morts en captivité entourent l’ossuaire qui regroupe les dépouilles des militaires étrangers.

Traditions

La fête de Saint-Éloi — bénédiction des chevaux à l’Oise

Jadis, les chemins de Thiérache étaient difficiles, bourbeux, cahoteux. Voyager de village en village relevait presque de l’aventure. Les cochers et boeuftiers arrivant dans le Laonnois y étaient accueillis par une comptine moqueuse : « Tirachien, tire à loups, tire… la queue du loup ». Les enfants eux-mêmes raillaient ces sauvages venus de « la Sibérie de l’Aisne ».

Un jour, raconte la légende, un charretier bloqué au gué d’Effry n’arrivait pas à faire franchir l’Oise à son attelage. Saint Éloi vint à passer. Il bénit le cheval — qui de ce pas traversa la rivière. Depuis, la tradition s’est installée.

Chaque année, une messe en plein air est dite à Effry. Les chevaux sont bénis. Saint Éloi est installé sur un tracteur fleuri et conduit au gué de l’Oise. Les cavaliers traversent et retraversent la rivière — pur-sang ou cheval de trait — en une fête équestre populaire. Chacun franchit l’obstacle avec sa monture, en famille, avec les enfants.

Cette tradition perpétue un usage plus ancien. Avant la Révolution, le lendemain de la fête de saint Jean-Baptiste, une foire était inaugurée par une procession à cheval. Les cavaliers disputaient ensuite à poil ras une course d’un quart de lieue. Le vainqueur recevait un jambon orné de fleurs ; le second, une serviette.

« Ce village fut au Xe siècle donné par Albert, comte de Vermandois, à l’abbaye de Bucilly. Avant la révolution, Effry était chaque année le théâtre d’un divertissement bizarre dont on ignore l’origine. » — Melleville, Dictionnaire historique du département de l’Aisne

Patrimoine

Effry conserve une belle église avec son portail, un ancien moulin sur la rivière, la nécropole nationale avec son ossuaire, et les bâtiments industriels de la tôlerie avec leur cheminée — témoin d’un développement industriel inattendu en pleine campagne thiérachienne.

Pour aller plus loin

  • Melleville — Dictionnaire historique du département de l’Aisne
  • Cartulaire de l’abbaye de Bucilly — BnF Latin 10121 (Gallica)
  • Bénédicte Doyen — Châteaux, abbayes et peuplement en Thiérache, Revue archéologique de Picardie, 2000
  • Wikipedia — Effry
  • Nécropole nationale d’Effry — mémorial 1914–1918