Présentation

Auvillers-les-Forges est le bourg-centre de la Thiérache ardennaise, scindé entre le hameau de Mon Idée et le village proprement dit. Avec ses 926 habitants, c’est la deuxième commune de l’intercommunalité après Maubert-Fontaine. Son marché aux grains, attesté de temps immémorial, et sa halle — ancien marché aux chevaux, à charpente volumineuse sur maçonnerie de craie — en font depuis longtemps un lieu d’échange pour les villages alentour.

Étymologie

Le nom ancien du village est Hautvillers-les-Forges, que Meyrac donne comme la forme correcte. La paroisse apparaît pour la première fois dans la bulle du 30 avril 1113, par laquelle le pape Pascal II confirme à Joramie, septième abbé de Saint-Nicaise de Reims, les biens de son monastère. Auvillers n’était alors qu’un simple hameau du bourg de Foulzy.

Géographie

Le village occupe le sommet d’un petit coteau, sur un territoire de 819 hectares couvert au nord par le bois d’Hautvillers, reste de l’ancienne forêt de Thiérache. La Sormonne sépare la commune d’Éteignières à l’est. Le sous-sol, à la jonction du terrain ardoisier, du liasique et du jurassique, fournissait jadis des moellons, de la pierre à chaux et du minerai de fer. À une demi-lieue au nord, Vauban proposa de creuser un canal de jonction de la Meuse à l’Oise par la Sormonne et le ruisseau de Bosneau ; le projet ne fut jamais exécuté.

Histoire

Un hameau de Foulzy devenu bourg

Meyrac estime qu’Auvillers ne remonte « point, sans doute, beaucoup au delà du douzième siècle ». Simple hameau de Foulzy lors de sa première mention en 1113, le village relève de la coutume de Vitry et dépend de l’abbaye Saint-Nicaise de Reims, dont les revenus fonciers couvraient aussi Antheny, Aouste et plusieurs villages voisins. Comme tous les bourgs de ce secteur, il fut ravagé lors de la guerre de Cent Ans puis après le siège de Mézières en 1521.

Le château de la Pichelotte

Le château-fort d’Auvillers se trouvait au lieu-dit la Pichelotte. Incendié sous les guerres de François Ier et de Charles-Quint, il fut reconstruit, puis assiégé en 1591 par le maréchal de Saint-Paul — ses troupes lui infligèrent « près de cinq cens canonades », sans le prendre. En 1650, Condé, passé du côté espagnol pendant la Fronde, s’en empara. Dom Noël rapporte que Turenne reprit la forteresse de vive force dès le mois de septembre 1654 et la fit raser avec celle de Girondelle ; l’abbé Hérisson, curé d’Aouste, date la même opération du 5 novembre 1654 — l’écart entre les deux témoignages reste ouvert. L’abbé Péchenard signale qu’une pierre inscrite, retrouvée en 1872 dans les décombres, fut brisée par un habitant, détruisant tout espoir d’en tirer un complément de datation.

Le procès-verbal de 1653

Un document conservé dans les archives de Saint-Nicaise de Reims, dressé par les maire et échevins d’Auvillers, décrit l’ampleur des destructions subies pendant la guerre de Trente Ans. Cent seize régiments de cavalerie et deux d’infanterie de l’armée du chevalier de Guise logèrent d’abord sur les lieux ; le lendemain de leur départ, les troupes du duc de Wurtemberg — quatorze régiments de cavalerie et trois d’infanterie — arrivèrent à leur tour et séjournèrent sept jours et sept nuits, au cours desquels elles brûlèrent tous les bâtiments, coupèrent les arbres et emportèrent tous les grains.

« Nous maire et échevins de la justice d’Auvillers, certifions que depuis six semaines en ça, les armées de M. le chevalier de Guise auraient logé au dit lieu, au nombre de cent seize régiments de cavalerie et deux d’infanterie. Le lendemain de leur délogement, les Vitembercq avons arrivé au dit lieu avec quatorze régiments de cavallerie et troys régiments d’infanterie et y ont séjourné sept jours et sept nuicts ou estan ont bruslé tous les bâtiments, coupé les arbres et emporté tous les grains. »

— Procès-verbal des archives de Saint-Nicaise de Reims, 1653, cité par Meyrac

Patrimoine

Église Saint-Nicolas

L’église primitive avait été placée sous le vocable du Sauveur. Le vocable changea pour Saint-Nicolas lorsqu’elle fut reconstruite au XVIIe siècle, probablement à l’époque de son érection en titre de paroisse. L’ancienne église menaçait déjà ruine en 1696 — conséquence probable des destructions de 1653 — et fut finalement remplacée en 1824 par l’édifice actuel, bâti sur ses fondations. Contrairement au jugement de Meyrac, qui la trouvait « peu riche et sans style », l’église de 1824 relève d’un programme néoclassique soigné : la façade en pierre de taille calcaire blanche présente un avant-corps d’ordre toscan, porte à plate-bande et tympan ajouré sous arc en plein-cintre, encadré par deux niches ; l’intérieur est entièrement parcouru d’une arcature aveugle d’ordre toscan à la manière d’un péristyle. La nef à vaisseau unique compte cinq travées, suivies d’un chœur terminé par une abside hémicirculaire. Le massif occidental abrite un escalier tournant en charpente, une tribune d’orgue et un clocher à flèche polygonale couvert d’ardoise.

La halle

Ancien marché aux grains et aux chevaux, la halle d’Auvillers présente une charpente volumineuse sur maçonnerie de craie, jugée remarquable et unique dans les Ardennes. Une restauration était en cours en 2020.

Sources historiques

Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 504-505 (canton de Signy-le-Petit) — Dom Albert Noël, Notice historique sur le canton de Signy-le-Petit, 1881, cité par Meyrac — Abbé Hérisson, curé d’Aouste, note de 1654, citée par Meyrac — Abbé Péchenard, Le Domaine des Potées, cité par Meyrac — Bulle du pape Pascal II, 30 avril 1113 (confirmation des biens de Saint-Nicaise de Reims) — Procès-verbal des archives de Saint-Nicaise de Reims, 1653 — Collection Gourjault, déclaration de revenus de la manse abbatiale de Saint-Nicaise-de-Reims (B.N., F.F. 8338) — Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA08002037 (église Saint-Nicolas).

Illustration photo Claude villetaneuse