Présentation
Auge est un village de 59 habitants à forte composante agricole, dans le canton de Signy-le-Petit. Avec Antheny et Champlin, il formait autrefois un seul ensemble villageois, dont le souvenir se lit encore dans le paysage et dans les sources anciennes. Des vestiges présumés romains, signalés de longue date, attirèrent l’attention des antiquaires sans qu’aucune fouille n’en confirme l’interprétation.
Géographie
Le territoire communal couvre 450 hectares. Le sous-sol, au premier étage du terrain jurassique, fournissait des moellons tirés de l’oolithe inférieure et de la grande oolithe. Le village relevait de la coutume de Vitry.
Histoire
Vestiges anciens et tradition romaine
La Nomenclature des Communes signale aux environs d’Auge des puits présumés très anciens, des colonnes d’architecture interprétées comme les restes d’un temple, des pierres expiatoires, des urnes sépulcrales et des pièces de monnaie romaine — ensemble qui fit supposer le passage d’une légion romaine. Meyrac précise cependant que « les recherches faites ultérieurement ne confirment point cette assertion ». Dom Noël, pour sa part, estimait qu’Auge ne daterait que de deux siècles, et y voyait le village nommé Otcia, où les moines de l’abbaye de Wallers, dans le canton de Trélon, se seraient reposés en quêtant pour reconstruire leur monastère détruit par les Normands.
La châtellenie de Girondelle et la cession de 1557
Auge relevait, au moins pour partie, de la châtellenie de Girondelle, qui englobait entre 1230 et 1400 une douzaine de villages du secteur. En 1423, Jehan, seigneur d’Auge, est pris par les ennemis — épisode consigné dans les registres du Parlement de Paris. En 1557, Claude de Lorraine détache Auge de la baronnie de Rumigny pour le donner au seigneur de Corderan, officier de l’armée du roi, afin de mettre ce domaine à l’abri des incursions espagnoles. Corderan transmet la seigneurie à ses héritiers : en 1789, une demoiselle de Corderan habitait encore le manoir du village. Un petit fief, dit le fief d’Auge, situé à Estrebay et relevant de la châtellenie de Girondelle, fut vendu le 7 décembre 1787 au comte de Flavigny par le comte Clermont d’Amboise.
Patrimoine
Église Saint-Gorgery
L’église Saint-Gorgery — forme locale de saint Gorgon — est un édifice homogène de 1630, date inscrite à la porte occidentale. Bâtie à la veille des destructions espagnoles de 1636-1643, elle a traversé le cycle de guerres qui frappa tout le secteur. La sacristie fut ajoutée en 1695, comme l’indique le linteau de sa fenêtre — signe d’un rétablissement après les conflits. La nef à vaisseau unique est structurée par quatre colonnes en bois qui portent le clocher en charpente, deux d’entre elles supportant également la tribune. Un arc diaphragme sépare la nef du chœur, terminé par une abside à trois pans. La façade occidentale, en gros moellons calcaires en assises réglées imitant la pierre de taille, présente une porte en plein-cintre surmontée d’une baie à remplage de style classique. Le sol de l’abside est pavé d’un damier de marbre noir et rouge veiné.
Sources historiques
Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 503-504 (canton de Signy-le-Petit) et p. 486 (notice Antheny : « Antheny, Champlin et Auge ne formaient autrefois qu’un seul village ») — Dom Albert Noël, Notice historique sur le canton de Signy-le-Petit, 1881, cité par Meyrac — Collection Gourjault : « Jehan, seigneur d’Auge, pris par les ennemis » (1423, Arch. nat. JJ 172) ; conflit sur la mouvance du fief d’Auge (1747) — Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA08002036 (église Saint-Gorgery).
Illustration photo Havang(nl)