Présentation

Village de la Fagne, entre forêts et bocages, Seloignes fait partie du groupe de localités que Hagemans rattache au pagus Templutensis — l’ancien pays de la Fagne — avec Salles, Villers-la-Tour, Macon, Momignies et Macquenoise. C’est un village de bois et d’eau : ses viviers sont cités dès 1336 dans l’acte de cession de la seigneurie de Chimay, et ses sabotiers — plus de cent cinquante au XXe siècle — ont fait de la forêt leur gagne-pain jusqu’à la mécanisation.

Géographie

Seloignes est une section de la commune de Momignies (province de Hainaut), à l’est du chef-lieu, entre Villers-la-Tour au nord et Macon au sud. Le territoire est traversé par des ruisseaux qui alimentent l’étang de la Fourchinée et les viviers du Fourneau d’Oise. Il fait partie du parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Histoire

Le pagus Templutensis et la seigneurie de Chimay

Seloignes appartient au pagus Templutensis, division territoriale de la Fagne que les actes tardifs confondent avec le pagus lui-même. Sur le plan ecclésiastique, le village relève de l’archidiaconat de Valenciennes au diocèse de Cambrai — non du diocèse de Liège comme Chimay. Cette particularité, partagée avec Salles, Villers-la-Tour, Macon et Momignies, témoigne d’un rattachement antérieur à l’organisation féodale de la principauté de Chimay.

Le 6 novembre 1336, l’acte par lequel Jean de Hainaut transmet la seigneurie de Chimay à sa fille Jeanne mentionne nommément les viviers de Beauwelz et de Seloignes, les bois de Fagne et de Thiérache. Seloignes est l’une des « neuf villes du Sart de Chimay » — les villages dépendant directement du seigneur.

Le fourneau et les sabotiers

Entre 1780 et 1790, le prince de Chimay fait construire le Fourneau d’Oise, haut fourneau alimenté par les cours d’eau et les bois locaux. L’installation est ruinée pendant la Révolution française, puis remise en fonction par les Français eux-mêmes en 1796. L’étang du Fourneau d’Oise, attesté dès 1735 dans les registres paroissiaux, subsiste dans le paysage.

C’est cependant la saboterie qui marque le plus durablement l’identité du village. Au lieu-dit « La Saboterie », plus de cent cinquante ouvriers — sabotiers, fleurteuses, bûcherons — travaillent le bois au début du XXe siècle. L’activité décline avec la mécanisation de la saboterie de Villers-la-Tour et s’éteint vers 1940. Une maison de sabotier du XVIIIe siècle, reconvertie en gîte, en conserve la mémoire.

Patrimoine

Moulin et étangs

Le moulin de Seloignes et l’étang de la Fourchinée, le long d’un sentier de randonnée reliant le village à Villers-la-Tour, forment un ensemble paysager représentatif de la Fagne bocagère.

Sources historiques

L’appartenance de Seloignes au pagus Templutensis et à l’archidiaconat de Valenciennes est documentée par Hagemans (Histoire du pays de Chimay, 1866, l. 4664-4665 et 4782). L’acte de 1336 est conservé aux archives de Chimay (publié sur chimayville.be). Le Fourneau d’Oise et la saboterie sont décrits par la brochure touristique de la commune de Momignies (momignies.be) et par Patrice Wuine (Momignies, autour de l’arboretum et des étangs, mémoire CNB Vierves, 2013-2016). Franz Cornet a consacré trois recueils à l’histoire de Seloignes (Seloignes, de 1900 à 2000 — La boîte à souvenirs, 2019-2020).

Illustration photo Jean-Pol Grandmont