Présentation
Blanchefosse-et-Bay, commune de la Thiérache ardennaise formée de la réunion de Blanchefosse et de Bay, s’étend à quelques kilomètres au sud de Rumigny. Le territoire de Blanchefosse porte, sur son ban, les ruines de l’abbaye cistercienne de Bonnefontaine, fondée au XIIe siècle par les seigneurs de Rumigny et longtemps l’un des foyers religieux et intellectuels de la baronnie.
Géographie
Blanchefosse repose sur des marnes crayeuses et des terres à brique. Bay, un peu à l’écart, offre des carrières de pierres calcaires, des marnes blanches propres à l’amendement des terres et du sable jaune utilisé en briqueterie. Les deux villages dépendaient du doyenné de Rumigny.
Histoire
Blanchefosse — la fondation de l’abbaye de Bonnefontaine
En 1152, Nicolas, seigneur de Rumigny, donna à l’abbé Bernard de Signy le lieu de Sérifontaine et tout son territoire pour y établir un monastère cistercien — avec l’intention d’y fonder sa nécropole familiale. Deux années furent nécessaires à l’abbaye de Signy pour mener à bien le projet : le groupe de moines, conduit par Thierry, premier abbé, n’arriva qu’en 1154. La dotation initiale se révélant insuffisante, Bernard détacha de Signy trois granges de son temporel — Martinsart, Waleppe et Coingt. En 1153, l’archevêque de Reims Samson de Mauvoisin céda l’autel de Waleppe et confirma les premières donations autour de Sérifontaine, rebaptisée Bonnefontaine. Le fondateur fut inhumé dans le cloître de l’abbaye ; plusieurs de ses descendants le rejoignirent dans cette nécropole dynastique des seigneurs de Rumigny.
Une abbaye plusieurs fois pillée, toujours relevée
Bonnefontaine fut pillée par le comte de Hainaut en 1340, par les troupes impériales en 1521, puis en 1559 par les soldats du comte de Saint-Pol, qui dérobèrent le plomb des toits et les ferrures des portes. Les calvinistes de Sedan la dévastèrent en 1586. La commende avait été instaurée dès 1538, lorsque Jean IV d’Averhoult, dernier abbé régulier, ancien moine de Saint-Nicaise de Reims, laissa la charge à Jean Ier de Coucy, aumônier du roi. Espagnols et autres troupes la pillèrent encore en 1633, 1646 et 1650, mais l’abbaye se releva au XVIIe siècle : reconstruite (sauf l’église), elle se dota d’une imprimerie d’où sortirent les premiers volumes de la Bibliotheca patrum cisterciensium entre 1660 et 1664.
La Révolution et la dispersion
Le dernier abbé, Julien de Hercé, pourvu de l’abbaye en 1778 par Louis XVI, émigra en Angleterre. Les huit religieux qui gouvernaient encore la maison durent se réfugier dans la forêt d’Estremont. L’abbaye fut vendue comme bien national en août 1792, pour un prix dérisoire, à Charles-Nicolas Truc, ancien procureur du chapitre de Reims ; l’église s’effondra lorsque les soldats d’Oudinot en arrachèrent les armatures métalliques, brisant les orgues sous l’éboulement. Truc, un temps inquiété par le tribunal révolutionnaire, reprit possession partielle des lieux sous le Directoire et fit reconstruire le cloître ; le domaine passa ensuite par héritage à ses petits-neveux, M. et Mme Lamotte-Renard, qui en étaient encore propriétaires en 1900.
Bay
L’église de Bay, fort ancienne, fut reconstruite en 1481. Non loin, à l’entrée de la forêt d’Estremont, se dressaient les ruines du château d’Apremont, détruit en 1551 par la famille d’Aubenton. La cloche actuelle de Blanchefosse provient du beffroi de Bonnefontaine ; elle fut fondue en 1569.
Patrimoine
Les ruines de l’abbaye et le tombeau du fondateur
Du monastère ne subsistent qu’un portail, huit ou neuf piliers de travée et le pignon du transept droit percé de sa rosace, disposés en 1900 comme un musée à ciel ouvert autour d’un cloître en forme de pont couvert, sur une propriété qui appartenait alors à M. et Mme Lamotte-Renard. Le tombeau de Nicolas de Rumigny, fondateur, est placé dans un enfeu à l’angle des anciennes galeries nord et est du cloître ; très mutilé, le gisant est encore présenté dans un beau décor architecturé et feuillagé. Meyrac décrivait en 1900 la pierre tumulaire : une statue couchée figurant un guerrier en cotte de mailles, la tête couverte d’un casque à visière abaissée, portant sur la poitrine un écu fleurdelysé traversé par un baudrier en écharpe. Une seconde inscription, relevée par le chanoine Roland (1891), désigne un autre Nicolas de Rumigny inhumé à Bonnefontaine : « EX L’AN DE GRACE MCCLVI CY GIST MESSIRE NICOLAS III SEIGNEUR DE RUMIGNY FONDATEUR DE CEANS » — ce « III » correspondant, dans le système de numérotation local de l’époque, au cinquième Nicolas de la généalogie reconstituée par Roland (mort en 1256), la mémoire du lieu ayant exclu du décompte un Nicolas résidant à Chièvres. Ces vestiges sont inscrits au titre des monuments historiques depuis le 18 octobre 1926. L’église paroissiale conserve une relique de saint Caprais, martyr d’Agen, qu’avait autrefois possédée l’abbaye.
Sources historiques
Chanoine C.-G. Roland, Histoire généalogique de la Maison de Rumigny-Florennes, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891 — Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900 — Inventaire général du Patrimoine culturel, notice IA08002516, ancienne abbaye de Bonnefontaine (d’après la Chronique de Signy) — Base Mérimée, notice PA00078348, ministère de la Culture.
Illustration photo Francis Neuvens