Présentation

Remilly-les-Pothées, commune de la Thiérache ardennaise, se distingue par un nom qui prête à confusion : malgré le suffixe « les-Pothées », le village ne faisait pas partie de la terre des Potées, cet ancien domaine du chapitre de Reims administré depuis Aubigny. Son histoire est liée à une autre structure féodale, la châtellenie de Wathephal, dont il abritait le siège.

Histoire

La châtellenie de Wathephal

Wathephal, écart de Remilly-les-Pothées, était le siège d’une châtellenie qui exerçait sa juridiction sur Bolmont — autre écart de Remilly —, Giraumont, Hardoncelle, Servion, Sonrue et Remilly elle-même. Ce réseau de fiefs, distinct de la terre des Potées, rattachait Remilly au système seigneurial du Rethélois plutôt qu’à l’administration capitulaire rémoise. Le fonds Gourjault conserve des documents relatifs à Hardoncelle, Montcornet et Wathephal dans son Portefeuille 9.

Un nom trompeur — mais un lien réel

Le suffixe « les-Pothées » ne signifie pas que Remilly faisait partie des dix-sept villages de la terre des Potées administrée par le chapitre de Reims : Roland, Meyrac et les trois listes connues — XIVe siècle, Ancien Régime, 1900 — ne le nomment jamais parmi eux. Toutefois, le lien n’est pas qu’une proximité géographique : au début du XIIIe siècle, le domaine des Pothées et l’église de Remilly furent donnés ensemble à la nouvelle église collégiale de Mézières. Le rapport entre Remilly et les Potées passait donc par la collégiale de Mézières, et non par le chapitre cathédral de Reims — un circuit féodal et ecclésiastique distinct.

Patrimoine

Église Saint-Martin

L’église fortifiée Saint-Martin, implantée au centre du village, présente un plan en croix latine rare dans ce corpus. Le chœur et le transept saillant remontent au XVe siècle d’après leurs baies en arc brisé à remplage, mais ne furent voûtés que lors de la construction de la nef et de la massive tour du clocher, vers le milieu ou la seconde moitié du XVIe siècle. L’ensemble est couvert de voûtes d’ogives à pénétration dans des colonnes, avec clés pendantes — programme ambitieux pour un village de cette taille. Un contrefort du bras nord du transept porte la date de 1759, signe d’une restauration. Le clocher présente une ouverture de tir sur sa face nord, dispositif défensif qui le rattache au réseau des églises fortifiées de la Thiérache. La nef est précédée d’une tribune portée par deux colonnes en fonte. Le chœur est élevé en pierre de taille en petit et moyen appareil, le reste de l’édifice en moellon calcaire ; le sol des parties orientales est pavé d’un damier d’ardoise de trois couleurs.

Sources historiques

Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 501 (notice Servion, châtellenie de Wathephal) — Chanoine C.-G. Roland, Histoire généalogique de la maison de Rumigny-Florennes, Annales de la Société archéologique de Namur, t. XIX, 1891 — Collection Gourjault, Portefeuille 9 (Hardoncelle, Montcornet, Wathephal) — Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA08001502 (église Saint-Martin).

Illustration photo Francis Neuvens