Présentation
Le Fréty, commune de la Thiérache ardennaise, s’étend à quelques kilomètres au nord-ouest de Rumigny, dont il relevait pour la poste et pour la foire. Le village a longtemps constitué une seigneurie particulière, tenue par la famille de la Chevardière, distincte de la grande baronnie voisine, avant de perdre, autour de la Révolution, deux châteaux dont l’état actuel des vestiges n’a pas été vérifié sur le terrain.
Géographie
Le territoire, d’environ 700 hectares, est drainé par la Serre. Il relevait de la coutume de Reims et fournissait des marnes crayeuses exploitées localement. La foire s’y tenait le dimanche qui suit le 9 septembre, date qui correspond à la fête de saint Gorgon, patron de la paroisse. Riche en sources et en étangs, il conserve aujourd’hui un milieu naturel préservé de pâtures, de haies et de bois ; le long de la Serre et au pied du bois d’Estrémont, une zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) abrite plusieurs espèces rares, que deux sentiers pédagogiques permettent de découvrir. Meyrac relevait en 1900 plusieurs écarts, dont le Fief d’Arlois, seul nom à demeurer clairement identifiable sur les cartes actuelles ; les autres (la Dauphinée, le Pont-Mahon, Magenta, Mexico, Thierry-Pré, la Monidée) appartiennent à l’état du village tel qu’il était alors, sans qu’on puisse affirmer leur persistance aujourd’hui.
Histoire
Les seigneurs de la Chevardière
Le Fréty forma, du XVIe au XVIIIe siècle, une terre seigneuriale propre à la famille de la Chevardière. Thomas de la Chevardière, écuyer, en fut seigneur et occupait en 1520 la charge de lieutenant général du bailliage de Rethélois. La seigneurie, tenue conjointement avec celles de Jumont, Novion, Provizy et Mesmont, se transmit sur six générations, la famille s’alliant notamment aux maisons du Guet, le Cerf, de Castignau, la Félonnière et de Sandras.
Un lien tardif avec les Rumigny ?
En 1750, selon l’étude généalogique de Paul Pellot consacrée à ces familles, un certain Jean-Louis de Rumigny de Florenne, présenté comme descendant de l’antique lignage de Rumigny et seigneur du Bois d’Ogny, résidait au Fréty. Le lien précis entre ce personnage et la grande maison de Rumigny-Florennes, qui domina la région voisine durant tout le Moyen Âge, resterait à établir par une seconde source avant toute affirmation.
Patrimoine
Église Saint-Gorgon et presbytère
L’église actuelle, de dimension notable pour la taille du village, fut bâtie en 1884 dans le style néogothique alors en vogue pour la reconstruction des édifices paroissiaux. L’ancien presbytère, contigu, forme avec elle l’essentiel du patrimoine bâti du Fréty.
Deux châteaux disparus
Une verrerie, deux châteaux et des forges auraient existé sur le territoire du Fréty avant de disparaître, sans doute au XVIIe siècle. Le premier château se dressait au lieu-dit le Mont de Pierre, relié au bourg par une allée de tilleuls ; une chapelle attenante, qui servait de paroisse bien que le village possédât par ailleurs sa propre église, fut détruite en même temps que lui — son emplacement est aujourd’hui celui du cimetière. La tradition locale situe cette destruction un matin de 1797 : le berger du seigneur du lieu, M. de Pause, trouve les fenêtres ouvertes et plusieurs portes brisées ; le château est déserté, et les habitants, accourus au village, le pillent puis l’incendient à coups de hache. Cette date est cependant contestée par l’érudit local J. Hubert, qui situait plutôt la ruine du domaine au siècle précédent.
Un second château s’élevait au lieu-dit le Fief d’Arlois ; on y percevait un droit de péage, une chaîne barrant la route jusqu’à son paiement. Comme pour le premier château, l’état actuel de ses vestiges n’a pas été vérifié sur le terrain.
Sources historiques
Paul Pellot, « Les familles de la Chevardière & du Guet », Revue d’Ardenne et d’Argonne, t. X, 1903, p. 145-152 — Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900.
Illustration photo Havang(nl)