Présentation

Antheny, village de la Thiérache ardennaise est situé à la lisière du canton de Signy-l’Abbaye. Au XIXe siècle, la commune relevait du canton de Rumigny. Le hameau de Fontenelle, à l’écart du bourg, comptait encore 105 habitants en 1900. D’après la Nomenclature des Communes, Antheny formait autrefois un seul ensemble villageois avec Champlin et Auge.

Géographie

Le territoire vallonné d’environ mille hectares, est drainé par le Ton. Le sous-sol fournissait des carrières de pierres de taille, de moellons et de pierres à chaux. La commune relevait de la coutume de Vitry. L’écart des Carrières et celui de Fontheny complétaient le paysage habité autour du bourg et de Fontenelle.

Histoire

Un ancien château-fort et trois passages espagnols

Meyrac signale les traces d’un ancien château-fort sur le territoire d’Antheny, où l’on retrouva des pièces de monnaie du temps de la Ligue. Ce château fut ravagé par les Espagnols en 1638, puis brûlé par eux en 1643, l’année de Rocroi. Il avait alors pour seigneur le sire de Froidchapelle, gouverneur de Fumay, qui trouva la mort en 1653 dans un combat au lieu-dit la Tuerie, sur le territoire de Bossus-lès-Rumigny. Hubert, cité par Meyrac, mentionne que le village conservait encore à son époque plusieurs maisons du XVIe siècle à mâchicoulis et créneaux.

Seigneuries et décimateurs

La seigneurie d’Antheny apparaît dans les papiers du marquis Olivier de Gourjault, donnés à la Bibliothèque de Sedan en 1902 : en 1683, Jean d’Antissanty est reçu en foi et hommage pour un quart de la seigneurie ; un dénombrement de la terre est dressé en 1731. Le même fonds conserve une déclaration des revenus que la manse abbatiale de Saint-Nicaise de Reims percevait à Antheny et dans plusieurs villages voisins. L’abbaye Saint-Nicaise était aussi décimateur de la cure, comme le confirme le marché notarié de 1689 pour la reconstruction de l’église. Par ailleurs, l’abbé de Saint-Denis de Reims était seigneur en partie du lieu jusqu’à la Révolution — rattachement distinct de celui de Saint-Nicaise.

La légende de Charles Martel

Une statistique de 1844, rédigée par l’abbé Geoffroy, curé du village, rapporte une tradition selon laquelle Antheny devrait son origine à une famille émigrée d’Italie à l’époque de Charles Martel, qui aurait bâti une motte sur le site et pris le nom de « la Motte d’Antheny ». Aucune source antérieure ne confirme ce récit, qui reste une légende locale.

Patrimoine

Église Saint-Rémi

L’église Saint-Rémi, classée parmi les églises fortifiées de la Thiérache, est l’un des édifices les plus anciens du corpus. Le mur nord de la nef conserve deux arcades en plein-cintre obturées, et le pignon ouest comportait deux baies encore visibles au niveau des combles : ces éléments remontent à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle. Le clocher, entièrement bâti en pierre de taille calcaire avec baies géminées en arc brisé — aujourd’hui en grande partie bouchées —, constitue le premier élément défensif de l’édifice et date du XIIIe siècle, de même que le mur sud de la nef. Les murs du premier quart de la nef furent épaissis pour recevoir une voûte dont seul le départ subsiste sur le mur ouest — renforcement attribué aux XVe et XVIe siècles. On accède aux parties supérieures du clocher par un escalier en équerre ménagé dans le pignon.

L’abside à trois pans fut reconstruite en 1689. Un marché notarié du 18 mai 1689, passé devant Michel Thouille, notaire royal à Aubenton, détaille les travaux : démolition et reconstruction de la muraille sud, réfection de la muraille nord rehaussée de huit à dix pieds, ajout de deux murs latéraux pour le chœur, ouverture de quatre fenêtres en pierre de taille. Le coût — 350 livres — fut réparti entre les habitants (200 livres) et les décimateurs de Saint-Nicaise de Reims (150 livres), représentés par dom Pierre Saveaumare. Les maçons Jean Jarlot, de Remilly-les-Pothées, et Jean Godart, de Vaux-Villaine, s’engagèrent à livrer les ouvrages pour le 15 août. L’abside porte des arquebusières sur ses pans — dispositif défensif attestant que la reconstruction intégra un souci de protection, dans un village brûlé trois fois en quinze ans.

En 1894, l’architecte Racine dressa des plans pour restaurer le clocher — reconstruction du portail, des baies supérieures, ouverture d’un jour à mi-hauteur. Le projet n’aboutit pas ; un second projet de 1896, pour la reconstruction du reste de l’édifice, resta lui aussi sans suite.

Maison forte de Fontenelle

Au hameau de Fontenelle subsiste une maison forte entourée de douves, plusieurs fois ravagée puis reconstruite. Un site touristique régional la décrit en pierre blanche, avec un front d’entrée à trois pavillons reliés par des bâtiments bas, une maçonnerie de moellons renforcée de chaînes d’angle en besace et une corniche denticulée à la base des combles. L’édifice, aujourd’hui privé, n’est pas ouvert au public. Les dates de destruction avancées par les sources touristiques (1559, 1589) n’ont pas été recoupées par une source primaire.

Sources historiques

Albert Meyrac, Géographie illustrée des Ardennes, 1900, p. 486 (notice Antheny) et p. 493 (notice Bossus-lès-Rumigny, combat de la Tuerie) — J. Souchon, « Travaux exécutés, en 1689, à l’église d’Antheny », transcription du marché notarié de Michel Thouille, notaire royal à Aubenton, 18 mai 1689 (Arch. de l’Aisne, E. 342-398) — Collection Gourjault : foi et hommage d’Antissanty (1683) ; dénombrement (1731) ; déclaration de revenus de Saint-Nicaise (B.N., F.F. 8338) — Inventaire général du patrimoine culturel, notice IA08001999 (église Saint-Rémi).

Illustration photo Havang(nl)