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La
bataille de GUISE.
A Guise, le 228ème Régiment d'Infanterie
fait face aux allemands dans des combats de rue, et
doit se replier par la rue Camille Desmoulins, la rue
Chantraine, le jeu de paume ; il perd cent cinquante
et un hommes sur deux cent dix sept. Voici à
ce sujet le témoignage d'un civil de Guise (2)
«Au lever du jour les hauteurs de la ville,
lesquelles forment le fer à cheval, étaient
garnies de pièces de canon, et on cite le «clos
gosse» au dessus des fermes de Robbé, où
les anglais s'étaient établis pour surveiller
la route d'HIRSON par où il fallait s'attendre
à voir déboucher l»ennemi. La première
ligne d'infanterie, la plus exposée, avait pris
place tant aux abords du Familistère, derrière
les arbres, que dans les greniers de la cité.
C'est même de là que partirent les premiers
coups de fusils sur quatre Uhlans venus en reconnaissance,
tuant l'un d'eux et son cheval. Fixés sur les
intentions que les français avaient de défendre
la ville, les allemands surgirent en masse d'Etreux,
et de Villers les Guise, et aussitôt engagèrent
l'action. Il était dix heures et demie. Les rues
furent criblées de balles et d'obus, tirés
de part et d'autre. Les combattants tombaient sans se
voir presque. Sur la place du Familistère, on
a relevé dix sept allemands, deux français
et un anglais. Les deux français sont enterrés
derrière la cité, au bord de l'Oise.»
Cependant, nos soldats tenaient bon. Les maisons étaient
disputées une à une. Une maison de la
rue Sadi Carnot fut le théâtre de combats
acharnés entre un turc et sept allemands qui
finirent par trouver la mort. Sur la place d'armes,
un bataillon du 228ème de ligne se montra admirable
d'ardeur et de courage. Menacé de face par une
mitrailleuse allemande qui était braquée
du côté du Familistère, il résista
à l'attaque et ne se retira qu'après trois
quarts d'heure d'une lutte inégale. Cette belle
défaillance livrait la ville à l'ennemi,
mais la bataille n'allait pas moins continuer sur les
hauteurs, nourrie par une cannonade incessante et terrifiante.
Le nombre de coups de canon tirés ce jour-là
a été évalué à dix
mille. Lors, le pillage des maisons commença.
Chez Monsieur CLEMENT, quincailler, les allemands pendirent
un vieillard, exigeant qu'il leur livra des clés
qu'il n'avait pas, celles du coffre fort. A l'hospice,
ils chassèrent les soeurs, les malades et les
vieillards pour y mettre leurs blessés. Ailleurs,
ils terrorisèrent les habitants en les plaçant
devant des murs, comme pour les passer par les armes.
Il leur restait à mettre le feu. A quatre heures
et demie, le Familistère commençait à
flamber et, le jour couché, ils s'en prirent
à la rue Camille Desmoulins. «Nous allons
fumer la ville, dit un officier à un habitant.
Allez vous-en!»La nuit, ce fut terrifiant. On
eut dit que toute la ville flambait, et des fenêtres
de son logement, VON BULOW contemplait ce spectacle
avec la satisfaction d'un barbare." Il
faut savoir que les allemands avaient conservé
un mauvais souvenir de la Thiérache lors de la
guerres précédente, celle de 1870. Il
y avait là pour le conquérant une revanche
notoire.
L'armée française
s'arc-boute.
A l'Est de GUISE, la garde allemande est stoppée
à PROISY ; elle est surprise de rencontrer une
telle résistance. Le 29 Août au matin,
la bataille s'engage à nouveau. Le 28ème
corps, commandé par le Général
MALLATRIE attaque dès six heures et débouche
sur la rive droite de l'Oise. A sept heures, LANREZAC
fait connaître la défection des Anglais
et leur remplacement par le 4ème groupe de divisions
de réserve du Général VALBREGE.
Il indique comme objectif général : SAINT-QUENTIN.
La 5ème division est
refoulée.
Le 18ème corps d'armée est arrêté
par prudence. La 36ème division d'infanterie
se replie. A la nuit, le 18ème corps d'armée
repasse l'Oise, tout en conservant les ponts. Pendant
ce temps les anglais se replient toujours.
Témoignage.
Voici maintenant le témoignage d'un Lieutenant
mitrailleur du 48ème Régiment d'Infanterie.(2)
«Le 48ème s'est battu, le samedi
29, près de GUISE, à LE SOURD. C'est une
nouvelle hécatombe : dix sept autres officiers
sont tués ou blessés. Le lendemain, je
reste sous un feu d'artillerie pendant plus d'une demi-heure,
sans être touché. Plus de cent obus éclatent
dans un rayon de soixante mêtres autour de nous.
Le 29, j'ai pu tirer huit mille cartouches de mitrailleuse
à en voir les bons effets... Quelle âpre
joie ! J'ai été légèrement
blessé d'une balle de schrapnell au coude droit.
Cela ne m'a presque pas gêné. C'est presque
fermé. Dimanche soir, nous restions comme combattants
de l'active : deux commandants, deux capitaines, deux
lieutenants (Boyer et moi). Trente quatre étaient
tombés sur cinquante trois. Au milieu de ce feu
infernal, on est lucide et calme, on pense froidement
à ce qui vous attend, à la maisonnée
qui ne vous reverra plus et on souffre affreusement,
puis quand c'est fini, quand les derniers obus s'éloignent
et que le feu s'éteint, on se dit que c'est reculer
pour mieux sauter et que ce sera pour les jours suivants.»
Contre-attaque.
Vers midi, le Général FRANCHET D'ESPEREY,
avec le 1er corps d'armée, est autorisé
à s'engager au combat, au mieux, en liaison avec
le 3ème et le 10ème corps. Au début
de la guerre de 14-18, les combats cessent encore avec
la tombée de la nuit. Le 29 août, le soleil
se couche à 18h30. Le crépuscule s'étend
jusque vers 21h15. Franchet d'Esperey, fait se prolonger
sa préparation d'Artillerie. Il arpente le champ
de bataille sur un bel alezan, au grand étonnement
de ses hommes de troupe. Sous une avalanche d'obus,
au Nord-Ouest, la ferme de Bertaignemont flambe. Au
Nord, des meules sont en feu. Au Nord-Est, Clanlieu,
Audigny, commencent à être incendiés.
Franchet d'Esperey rejoint alors le général
PETAIN, commandant la 4ème brigade. Il lui demande
s'il est satisfait dee préparation d'artillerie.
Celui acquisce ; on a fait du mieux que l'on pouvait,
en fonction des moyens dont on disposait. Cependant,
l'artillerie ennemie n'est pas totalement détruite.
A vingt et une heure, ses unités ayant refoulé
l'ennemi, ont atteint CANLIEU et prennent contact avec
le 10ème corps. Le 30, il reprend son mouvement
en direction de GUISE. A doite de la 5ème armée,
c'est la 3ème allemande de VON HAUSEN qui est
arrêtée par la 4ème armée
de LANGLE de CARY. Les anglais reculent toujours et
vont franchir l'Aisne. Le 30 au matin, LANREZAC, qui
n'ose plus rompre comme il l'avait fait à CHARLEROI,
reprend son chemin en direction de GUISE. Les allemands
refusent le combat et repassent l'Oise. A sept heures
du matin; il reçoit un message de JOFFRE, qui
aurait dû lui parvenir la veille. Ce message lui
donne l'ordre de décrocher et de se replier en
deçà de la Serre. Dans les communiqués
officiels. Le communiqué du 29 Août au
soir dira : «A notre aile gauche, une véritable
bataille a été menée par quatre
de nos corps d'armée. La droite de ces quatre
corps, prenant l'offensive, a repoussé sur GUISE
et à l'est une attaque conduite par le Xème
corps allemand et la garde, qui ont subi des pertes
considérables. La gauche a été
moins heureuse : les forces allemandes progressent dans
la direction de La Fère. Ultérieurement,
un télégramme officiel anglais donnera
sur cette journée les détails suivants
: « Depuis la bataille de Cambrai, la 7ème
armée française est entrée en opération
sur notre gauche, unie à la 5ème armée
sur notre droite. Elle a beaucoup contribué à
délivrer nos hommes de l'effort et de la pression
exercés sur eux. La 5ème armée
française, en particulier, avança le 29
Août de la ligne de l'Oise pour s'opposer au mouvement
en avant des Allemands, et une bataille considérable
s'engagea au sud de GUISE. Dans cette rencontre, l'armée
française obtint un succès marqué
et solide, repoussant en désordre et avec de
fortes pertes trois corps allemands, le Xème,
la garde et un corps de réserve. En dépit
de ce succès, cependant, et malgré les
avantages qui en résultaient, la retraite générale
vers le sud a continué, et l'armée allemande,
poursuivant avec persistance les troupes britanniques,
est restée pratiquement en contact avec notre
arrière garde.»
Quelles seront les conséquences
de la bataille?
Au niveau de l'ensemble de la guerre elle-même,
le commandement en chef de l'armée française
aurait voulu faire de la bataille de GUISE un arrêt
définitif de la progression allemande. Ce but
ne fut donc pas atteint. On peut décomposer cette
bataille en deux parties, la première ayant pour
cadre la rive Ouest de l'Oise, et qui est qualifiée
par les allemands de victoire de SAINT-QUENTIN ; la
seconde partie, qui eut pour cadre le Sud de GUISE,
fut incontestablement une victoire française.
On peut d'ailleurs peut-être regretter que la
contre-attaque française du 30 au matin ait été
arrêtée. Neuf mille allemands sont tombés
dans cette bataille. Ils reposent dans les cimetières
militaires de la région de GUISE : LE SOURD,
LA DESOLATION, COLONFAY. Les combats très intenses
firent beaucoup de morts. De nombreux cadavres furent
déchiquetés et ne purent être identifiés.
Il est cependant très net que ce fut là
un coup d'arrêt à la progression allemande,
qui permit en particulier aux troupes anglaises du Maréchal
FRENCH de se replier et de retrouver à la fois
un moral et une organisation qui leur faisaient particulièrement
défaut depuis les combats livrés en Belgique.
La 6ème armée française, nouvellement
créée, fut également soustraite
à l'étreinte de la 1ère armée
allemande de VON KLUCK. Ce dernier est également
contraint d'infléchir la direction de son avance
vers le Sud, dégarnissant et étirant son
flanc droit, ce qui constituera le prélude à
la bataille de la MARNE. Le général BESSON,
alors jeune capitaine et officier d'ordonnance de LANREZAC,
dit au sujet de l'importance de cette bataille : «J'ai
vécu en Août 1914, les heures tragiques
de cette longue retraite depuis CHARLEROI pendant laquelle
nous n'avons échappé à l'étreinte
allemande que grâce à la vigilance du général
LANREZAC. Il est exact d'affirmer qu'il fut le principal
artisan trop méconnu, hélas, de notre
redressement initial et sans sa bataille de Guise, la
victoire de la Marne n'aurait pas été
possible.» Quand au général
LANREZAC, malgré cette belle victoire, il fut
privé de commandement en Septembre 1914. On se
souvient à ce sujet des querelles qui l'avaient
opposé à JOFFRE, au sujet des choix tactiques
et des hypothèses de bataille." Aurait-il
à l'époque, eu tendance par ses justes
prévisions, à faire de l'ombre à
ses chefs ?
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