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 | Le fromage de Maroilles : origines et fabrication |  |
Ecrit par terascia le Tuesday 10 December à 11 h 36
Contribution de terascia
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La gastronomie
de Thiérache
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Le
fromage de Maroilles, origines et fabrication

Au plus loin
que l'on remonte, c'est au VIIème siècle que l'on trouve les
premières traces du fromage de Maroilles. Une antique ordonnance
"l'Ecrit des pâturages" prescrivait aux habitants des villages
de Marbaix, Taisnières en Thiérache, Noyelles, et Maroilles
de convertir le lait de leurs bêtes en fromage le jour de la
Saint-Jean-Baptiste (24 juin) pour les remettre aux commis de
l'abbaye de Maroilles le jour de la Saint-Remy (1er octobre)
soit près de cent jours plus tard.
Abbaye de Maroilles en 1598.
En 1245 un arrêt de l'évêque
de Cambrai confirmait cette ordonnance. En 1356, la Cour de Mons
rappelle la redevance du "Fromage à la vache" :
"Tout li manant et habitant ens dittes
villes qui avoient vache donnant laye devoient et estoient tenus
annuellement de tout ce lait que toutes lesdites biestes donnoient
en cestienne nuit Saint jean Baptiste, faire fromage et ychiaux
porter ou envoyer lendemain à l'église de cescune ville Saint Humbert,
u as lieux accoutumés et délivrer as comis u députés en che cas
dudit labbet, et on otel manière à cestienne nuit el jour Saint
Remy"
On trouve aussi que l'Empereur Charles-Quint devait en faire ses
délices, puisque l'Intendant de la cour d'Espagne s'inquiétait
de son transport, afin qu'il soit présent sur la table royale.
Longtemps, sa fabrication se cantonne à l'Avesnois, puis
à la Thiérache toute entière, avant de le trouver
sur tous les étals de France ou presque. C'est que ce fromage
ne voyage pas bien. Il faut donc attendre les progrès du
transport pour le voir un peu partout. Encore que nombre de régions
françaises ne le connaissent pas bien. Les caves du Nord
et de la Thiérache lui manquent curieusement. Le Maroilles
est un fromage au lait de vaches, qui contient au plus 45% de matières
grasses. Il fait partie des fromages à pâte molle et
croûte lavée, comme le Pont-l'évêque et
le Munster. Comme les autres fromages, comme les vins français,
chacun de ses fromages possède son cru, et notre Maroilles,
bien que de la même famille que les deux autres, en diffère
un peu. On le trouve sous quatre formats de conditionnement, et
de fabrication. Les puristes vous diront aussi que selon son format,
sa grosseur, les onctuosités sont différentes. |
Sa
fabrication
C'est
bien sûr un fromage au lait cru, et tant pis pour
tous ces fanatiques de la pasteurisation, peureux de la
bouche. A quand la pasteurisation de l'air qu'ils respirent
? Comme pour les autres fromages, la première étape
est la préparation du caillé, par adjonction
au lait de "présure" (extrait de la caillette
des ruminants ; la meilleure qualité vient de la
caillette de veau ; pour ce qui est des produits"naturels").
Tout l'art du
fromager consiste à amener le lait à la température optimum, et
de tenir compte des données météorologiques du moment, de l'acidité
naturelle du lait, de la saison, pour faire le bon dosage de la
présure. Après coagulation du lait, le "caillé" est alors mis dans
des moules (carrés et munis de stries qui permettent l'évacuation
du "petit lait"). Le lendemain, les fromages sont démoulés puis
salés une première fois par frottement. Ils seront salés une seconde
fois, par immersion dans une saumure, afin de donner à la pâte plus
de souplesse et d'homogénéité. A ce stade, le produit "brut" est
appelé "Maroilles blanc". Le fromage passe alors au "séchoir", où
il va se couvrir d'une légère moisissure bleue. Ce sont des variétés
du "Pénicillium" qui s'installent, et qui vont neutraliser l'acidité
du fromage, ce qui permettra son affinage. Lors
de l'étape suivante, les fromages sont "débleuis" ; on supprime
cette moisissure bleue en les frottant avec une eau légèrement
salée. Ils passeront ensuite en cave, pour y être affinés.
C'est l'affinage qui va conditionner la qualité du fromage,
ou plutôt, c'est la cave, et la constitution géologique
des terrains dans lesquels elle est située, qui va donner
au Maroilles les qualités de son terroir. Comme on ne fait
de Roquefort que dans la région de Roquefort, on ne fait
de Maroilles que dans l'Avesnois - Thiérache. Quelques temps
après avoir été descendu en cave, le fromage prend une couleur
blonde. On l'appelle d'ailleurs à ce stade, le "blondin",
et il faudra encore ensuite trois à quatre mois pour qu'il
soit affiné. Pendant toute cette période, le maroilles sera
régulièrement visité, lavé, brossé, retourné, pour éviter
l'installation de moisissures défavorables. Affiné, le maroilles
prend une couleur extérieure naturellement rouge, due à
l'effet des ferments, et intérieurement, la pâte est pleine,
blonde, onctueuse, sans amertume ni forte odeur ammoniaquée.
Le
Gris, le vieux Lille
Dérivé du Maroilles, on trouvera "le Gris", ou "Vieux Lille".
Ces deux fromages ne sont nullement fabriqués à Lille, mais seulement
en Thiérache. Les fromages sont un peu plus salés, placés dans
des caves où l'humidité est un peu plus importante, ce qui va
favoriser un peu plus le développement du "gras". Au XIX ème siècle,
ce fromage était resalé au départ, pour en assurer une meilleure
conservation, et dessalé à son arrivée à Lens ou à Lille, ce qui
lui donnait son aspect plus gris, et contribua à cette appellation
de "Vieux Lille".
Le
dauphin
On trouvera également le dauphin, qui est aussi un fromage à pâte
molle, et à croûte lavée. Ce fromage possède deux versions de
l'histoire de son origine et de son nom. La première date la création
de ce fromage à l'occasion d'une visite de Louis XIV et de son
fils dans le pays. Une autre explication a été recherchée dans
un texte daté de mars 1400 "l'acte du roi "signé Charles VI déterminant
les droits du "dauphin". Les charretiers de Maroilles étaient
exemptés du droit d'un denier qui était perçu à Cambrai, au profit
du prince, sur chaque chariot du Hainaut passant à Cambrai. En
reconnaissance un fromage aurait été créé avec le nom de dauphin.
Ce fromage est fabriqué en forme de croissant, de baguette ou
de poisson, il est épais de 4 à 5 cm, de 200 à 500 gr. C'est un
fromage très épicé à l'odeur relevée.
La
boulette d'Avesnes
Elle apparaît vers 1760. Jadis elle était appelée " le dauphin
du pauvre ". Le lactosérum provenant de la fabrication du Maroilles,
mélangé parfois au babeurre, constituait la base de la boulette.
Elle était façonnée à la main, consommée fraîche ou affinée avec
des aromates. Aujourd'hui c'est un fromage caractéristique de
la valorisation des fromages de Maroilles déclassés. Ils sont
repétris, re-salés et poivrés. La boulette est en forme de cône
de 8.5 à 20 cm de haut, de 6 cm de base, d'un poids de180 à 300
gr., l'extérieur est rougeâtre lorsqu'elle est affinée et blanc
lorsqu'elle est fraîche. A manier avec la pointe du couteau, sur
une bonne tranche de pain de campagne enduite de beurre fermier
! A noter que toutes les "bonnes caves à Maroilles", sont maçonnées
en brique, avec un sol pavé en terre cuite, et des canaux de réception
de l'eau, afin d'écouler l'humidité. La brique, cette véritable
"pompe à eau", favorise la conservation d'une humidité importante
dans la cave, et ceci dans une région dont les caractéristiques
climatiques sont aussi l'importance des précipitations. |
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